Vendre sur Instagram | Mon expérience d’artiste

par | Jan 25, 2021 | Communication | 8 commentaires

Un petit incident de rien du tout arrivé ce week-end m’a donné envie de te raconter ma merveilleuse expérience avec Instagram Shopping ou comment vendre sur Instagram (ou pas) quand on est une artiste. 

J’ai lancé ma boutique en ligne début janvier 2020 sur mon site web. Je communiquais sur mes œuvres à vendre en story sur Instagram puisqu’à l’époque, en compte créateur pour avoir le sticker musique*, je n’étais pas éligible à l’ouverture d’Instagram shopping.

Malheureusement, étant loin des 10000 abonnés nécessaires pour avoir le droit de mettre un lien vers ma boutique en story, c’était un peu la misère question visibilité. Le dilemme était cornélien : garder le sticker musique ou gagner des clients. En larmes (non), j’ai modifié mon compte de créatrice à compte professionnel pour tenter ma chance de vendre sur Instagram. 

Echec cuisant.  

J’avais pourtant tout bien paramétré, mis en place le pixel Facebook qui va bien, lancé la boutique Facebook sans souci. Instagram ne voulait rien savoir parce qu’ils considéraient que je vendais des produits numériques et non physiques. Mais les gars, je sais pas comment vous faire comprendre qu’une aquarelle, c’est palpable en fait ! J’ai eu beau insister, rien à faire.  

En désespoir de cause, j’ai lâché l’affaire et suis repassée en compte créateur parce que le sticker musique, quoi. J’avais abandonné l’idée d’Instagram shopping quand ils m’ont finalement envoyé un email m’informant que ma boutique était disponible ! Youpi ! Et en gardant mon compte créateur ! Top ! 

Vendre sur Instagram | comment ça marche 

En gros, pour vendre sur Instagram, tu dois avoir une boutique sur un site web (où tu commercialises des produits et non des services) et le relier à Facebook Business. Tu y crées ton catalogue de produits et si tout va bien, tu reçois un accord sous 7 à 14 jours. Une fois que c’est validé, ton profil Instagram mentionne un nouvel onglet : boutique. 

Vendre sur Instagram - onglet boutique

Instagram shopping te permet d’ajouter un sticker lié à tes produits dans tes stories et dans tes publications. Enfin, tu as un lien qui emmène les gens dans ta boutique ! 

Vendre sur Instagram - produits instagram shopping

Je vais être honnête, c’est un gros plus pour les e-commerces. En effet, c’est le seul moyen simple de mener la clientèle vers tes produits sans devoir attendre le fameux swipe accessible aux 10K abonnés.   

Sauf que… 

Vendre sur Instagram | Les règles de la plateforme 

Sur Instagram (et Facebook), tes produits doivent respecter un certain nombre de critères pour être accessibles sur la boutique. Il doit s’agir de produits licites (pas de drogues, de recel, d’incitation à la prostitution etc.) et ils ne doivent pas être sexuellement explicites. (Quand j’y pense, ça doit être compliqué de vendre des sextoys sur Insta ! Peut-être plus que vendre des armes.) 

Pour les artistes, ça soulève un certain nombre de problèmes : quid des œuvres de nu ? Quid des œuvres érotiques ? Eh bien, ça ne passe pas. Et quand je dis, ça ne passe pas, ce n’est pas de la blague. 

Instagram me rejette systématiquement les peintures où l’on distingue les tétons de mes personnages. Par exemple Rhéa ne passe pas, Danse divine non plus, Danse d’écailles pas mieux. 

Rhéa - mythologie grecque - déesse

Tu vois le mini bout de téton là ? Instagram le repère et refuse l’intégration du produit dans le catalogue.

Danse-divine-aquarelle-originale

Oh mon dieu ! Des seins nus ! Dieu sait à quel point c’est sale et explicite !

Danse d'écailles- aquarelle originale

Franchement, j’adore Danse d’écailles et je suis super triste de ne pas pouvoir en faire plus de promo sur Instagram vu qu’elle aussi est rejetée.

Je ne peux pas les lier à la boutique Instagram car ils “ne respectent pas les règles commerciales nia nia nia”.  

J’ai accepté ça le jour où j’ai créé mon compte Instagram donc bon, même si je trouve absurde de traiter le corps féminin comme un objet sexuellement explicite, je fais contre mauvaise fortune bon cœur et je m’attelle tous les jours à créer du contenu, mettre des stories en ligne quotidiennement et faire mon boulot pour essayer de gagner en visibilité. Après tout, je ne suis pas sur Instagram que pour faire joli, hein. J’ai une entreprise à faire tourner. 

Je ne peux pas dire qu’Instagram shopping révolutionne ma vie quand j’y pense. Je ne fais pas tellement plus de ventes depuis que je l’ai lancé, mais je suis les conseils des pros de la plateforme et je persévère. Ça va finir par payer, c’est mécanique, lis-je à longueur de temps. Je m’épuise à montrer mon travail, à partager, échanger, engager comme on dit. 

Mais soudain, c’est le drame 

Je reçois un email de Facebook business : un de mes produits est rejeté, m’annoncent-ils. Rejeté car sexuellement explicite. À ma stupeur il s’agit de Film Noir. 

Film noir - dessin au crayons de couleurs aquarellables sur papier gris

J’avoue, ça peut donner des idées malsaines une femme avec un bouquet de fleurs………….

Je sais pas toi, mais là je ne pige pas. Pire, je suis super énervée. Alors oui, on me propose un réexamen, mais punaise ! Comment on peut considérer que Film noir soit sexuellement explicite ? D’où ça sort ?  

La colère monte très fort parce que je me rends compte aussi à quel point je m’abaisse pour répondre aux exigences de la plateforme. À quel point je me restreins artistiquement. Je n’ose pas publier telle ou telle photo par crainte d’être frappée de shadow ban, voire qu’elle soit retirée. Et petit à petit, je modifie ma façon de travailler. Je n’ose plus autant dénuder mes personnages parce que j’intériorise la censure permanente imposée par les réseaux sociaux. 

Pourquoi laisserais-je Instagram influencer mes choix artistiques ? 

Je ne veux plus de ça. Pas question de me brider pour plaire à l’algorithme d’Instagram ou Facebook. Si pour ça je dois m’éloigner de la plateforme, c’est ce qui se passera. Pour l’heure, je n’ai pas encore pris de décision à ce sujet. Ce dont je suis certaine en revanche, c’est que désormais, je ne posterai plus mes œuvres finies sur mon mur. Elles seront destinées au site et aux abonnés de Libre comme l’art. Je posterai des coulisses sur Instagram, des travaux en cours, mais ce sera tout.

J’ai envie de communiquer plus librement et je pense que mon site et mes emails sont les supports idéaux pour entretenir un lien sincère avec toi sans interférence d’une plateforme américaine aux idées empreintes de puritanisme à géométrie variable.  
C’est d’ailleurs pour ça que je m’attache à poster régulièrement sur le blog : c’est mon journal de bord officiel, l’endroit où je documente mon travail. Quelle que soit la réponse de Facebook business à ma réclamation, je sais que désormais, je ne laisserai plus autant de pouvoir aux réseaux sociaux.

*Celleux qui regardent mes stories savent que j’utilise le sticker musique probablement une ou deux fois par an. Mais pour le principe, je l’ai je le garde ! 

Marie-Gaëlle

Marie-Gaëlle

Artiste indépendante - Illustratrice

Je personnalise les murs des fans de fantasy grâce à mes aquarelles peuplées de déesses, de fées et de sorcières.

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8 Commentaires

  1. Rainbow Sheep

    C’est super intéressant de voir les coulisses de la vente par Instagram, c’est vrai que c’est super dommage de se brider à cause de leur censure >< (surtout que derrière ça démontre bien tout un système qui pose le corps des femmes en objet sexuel et provoque tout un tas de problèmes en legitimant une certaine vision…) mais heureusement que tu as une autre solution ^^ c'est super de voir que tu ne te laisse pas abattre

    Réponse
    • Aemarielle

      Oui c’est un truc qui va surtout toucher les artistes, d’ailleurs. Quand tu vends des sacs à mains, tu te poses moins de questions alors que dès que tu touches à l’art et au corps, boum, l’ogre Instagram débarque pour te dire ce qui est acceptable ou non. Heureusement, comme tu dis, il y a des moyens de faire autrement, même si ça peut faire peur et prendre du temps.

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  2. Nathalie Bagadey

    Tout à fait d’accord : crée ta boutique, sur ton site, ce sera bien mieux.
    Et laisse les esquisses ou, comme tu le fais parfois, le dessin fini avec un pinceau aux «  » »endroits choquants » » », sur ces sites-vitrines.

    Bon courage !

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    • Aemarielle

      Héhé, la boutique existe déjà sur mon site depuis 1 an maintenant, mais elle reste assez confidentielle. Instagram devait me servir à faciliter la venue des clients depuis l’appli sur mon site, mais ça reste très marginal.

      Réponse
    • Virginie

      Pour avoir parlé avec toi sur IG tu sais combien je suis d’accord avec toi. Tu as eu raison de faire ce très bon article, les choses ont besoin d’être posées et éclaircies parfois

      C’est vrai que c’est pénible de subir cette tyrannie des réseaux sociaux alors que malheureusement, pour essayer de se faire connaître on peut difficilement faire sans.
      Ça devient schizophrénique…

      Bon courage à toi et j’espère que ta demande pour Film noir, que je te trouve très beau, va être être acceptée (c’est vraiment aberrant qu’il est pu être rejeté)

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      • Aemarielle

        Merci beaucoup de ton soutien, Virginie. Pour le moment, je n’ai pas de nouvelle de la part de Facebook Business, qui sait quand j’en aurai une. Tant pis, on va trouver des moyens pour se débrouiller autrement 🙂

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  3. Germain HUC

    La pudibonderie des plateformes américaines…

    Le paradoxe que tu décris est terrible : un outil dont le but devrait être de te permettre de montrer toute la créativité que tu as en toi qui se retourne contre ta propre créativité en te forçant presque à ton insu à te censurer.

    Si l’on peut comprendre le but louable de protéger les « âmes sensibles », il y a là un point d’achoppement, un bug dans la Matrice.

    Je crois que la langue anglaise peut résumer la solution que j’y vois, et la résumer à merveille : « there is no place like home ».
    Chez toi, dans ton domaine, au moins tu es maîtresse de tout, tu décides de ce que tu veux montrer ou pas.

    En tous les cas, je préfère largement te suivre ici, parce qu’en plus d’avoir des aperçus non censurés de ton travail, on peut aussi en suivre les coulisses et l’évolution.

    Réponse
    • Aemarielle

      Je suis parfaitement d’accord avec cette citation : on n’est jamais mieux que chez soi et je compte bien l’appliquer sérieusement. Comme tu dis, on devrait pouvoir mettre en avant toute sa créativité et son inspirations sur les réseaux, mais ça devient de plus en plus compliqué de jongler entre nos valeurs artistiques et la pruderie de l’outil. Bref, je suis toujours heureuse de vous retrouver ici, au calme, là où je peux étaler ma pensée en articles longs comme le bras ! 😀

      Réponse

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