Les bonnes affaires se font de nuit 2/4

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— Bonsoir, maître Aenar, salua poliment la jeune femme d’une voix melliflue.

— Tu es Merikara ? bafouilla le guerrier.

— La révérée Merikara ne se déplace pas. Je suis son émissaire, Nahili. 

Ses iris noisette luisaient sous le feu des braseros. Elle avait fardé ses paupières avec soin, de sorte à rendre son regard encore plus hypnotique.

— Tu es très séduisant, commenta-t-elle avec un naturel désarmant. Je pensais rencontrer une bête sauvage.

— Quoi ?

— Oh ! Pardon, je m’exprime trop vite, tu ne parles pas bien notre langue. Peut-être pourrions-nous trouver une langue commune ?

— Tu parles le mède ?

— Bien entendu. Je suis étonnée et impressionnée : rares sont les gens ici à être instruits dans l’idiome des anciens rois.

Elle baissa d’un ton et coula un regard vers la porte.

— Évitons d’en faire étalage.

Cette fille se pavanait dans un taudis en robe de soie et sandales fines, mais elle s’inquiétait que quelqu’un découvre qu’elle parlait le mède. Bah, du moment qu’elle payait !

— Tu ne veux pas lâcher cela et nous servir à boire ? s’enquit-elle, amusée.

— Bonne idée.

Aenar posa le plateau sur une petite table à côté de la couche. Il versa du lait fermenté dans une coupe qu’il tendit à Nahili et se servit de la bière qu’il avala d’un trait pour se redonner contenance.

L’Ishtarienne dégusta son breuvage avec une lenteur consommée, tout en scrutant Aenar avec une certaine perplexité.

— Tu es seul, nota-t-elle.

— Oui, pourquoi ?

— Non, pour rien. Je pensais que…

— Tu veux peut-être voir ce que Merikara souhaite acquérir ? coupa Aenar, pressé d’en venir au fait.

— Oui, bien sûr, se reprit Nahili, à nouveau maîtresse d’elle-même.

Elle se pencha pour gratter le menton du chat. Celui-ci se lova contre sa cuisse, le ventre exposé, oublieux de sa dignité féline. Voilà à quoi elle te réduira si tu lui tiens trop longtemps compagnie, s’alarma Aenar en fourrageant dans sa besace.

Une fois sur la table, le rubis ressemblait à n’importe quelle autre gemme, si ce n’était son aspect parfaitement rond et poli. Nahili le contempla, le prit entre ses doigts pour jouer avec ses reflets. Aenar n’était pas dupe : cette fille ne savait pas du tout ce qu’elle cherchait. On l’avait envoyée récupérer la commande, alors elle se sentait obligée de montrer qu’elle maitrisait la situation.

— Où l’as-tu trouvé ? souffla-t-elle.

— Sur le cadavre d’un homme. Simrod, la terreur de la Grande Verte, précisa-t-il.

La jeune femme haussa les sourcils et coula un regard impressionné vers lui. Connaissait-elle Simrod ? Sans doute pas, mais le sobriquet suffisait à effrayer les esprits innocents comme le sien. Elle glissa le rubis à l’intérieur d’une poche cousue dans les plis de sa robe

— Merikara sera heureuse, déclara-t-elle. Voici ton paiement, maître Aenar.

Elle lui tendit une bourse en cuir de chèvre dont le poids rappela à son nouveau propriétaire de ne pas l’exhiber à la vue de tous. Il la rangea dans sa gibecière pendant que Nahili terminait sa coupe de lait fermenté.

— Je dois partir, à présent. Ce fut un plaisir.

Elle se leva, une bouffée de son parfum enivrant mêlant jasmin et figues monta aux narines d’Aenar. D’une main délicate, elle persuada le chat de lui rendre son manteau, qu’elle enfila sur ses épaules avec la grâce d’une princesse. Alors qu’elle ouvrait la porte, le guerrier la retint.

— Tu ne veux pas que je te raccompagne chez toi ? C’est risqué de t’envoyer seule dans un quartier pareil.

— Elle n’est pas seule, corrigea froidement sa garde du corps. Reste à ta place, étranger.

— Bahouet est tout à fait capable de me protéger, rassure-toi. Si l’on te surprenait dans le quartier des temples sans autorisation officielle, tu finirais en prison sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Et s’il te plait, ne parle surtout pas de tout ceci autour de toi, nous préférons que cela ne s’ébruite pas.

Tout sourire, Aenar se pencha sur Nahili.

— Si tu pars tout de suite, les gens vont se poser des questions…

L’Ishtarienne hésita. Elle se mordit la lèvre, les yeux pétillants.

— Eh bien, je ne sais pas.

— Nous sommes attendues, mahila, coupa Bahouet.

Ses iris aussi froids que la glace de Sörter traduisaient tout le bien qu’elle pensait de cette idée.

— Bahouet a raison, j’en ai peur, se ravisa la jeune femme en rougissant légèrement.

— Comme tu veux. Dis à ta maîtresse que l’équipage du Serpent Écarlate sera ravi de lui rendre d’autres services à l’occasion.

Nahili hocha la tête avant de quitter la maison de bière, sous l’étroite surveillance de la dénommée Bahouet. Aussitôt qu’Aenar fût de retour dans la salle principale, plusieurs types s’amassèrent autour de lui, tels des vautours sur une charogne.

— J’l’avais dit que la chanson serait pas finie ! railla un petit abyssinien râblé.

— Par les mamelles rebondies d’Hathor, ça, c’est une femme…

Un marin au teint olivâtre typique des îles Élènes se porta à ses côtés, un sourire avenant aux lèvres.

— Raconte, sois pas chien !

— Entre elle et moi ! Vous taire et boire !

Pour moucher la curiosité, rien ne valait une tournée générale. Aenar brandit un shât en hélant le tenancier, pour le plus grand plaisir de l’assistance. Non loin de lui, le chat le fixait de ses yeux d’ambre. Le guerrier lui jeta un morceau de pain entre les pattes pour détourner son attention. Il en avait soupé des enfants de Bastet, ce soir.

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Les bonnes affaires se font de nuit…

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Aenar avait une faim de loup. Il dévorait sa deuxième assiette de lentilles et ingurgitait sa troisième coupe de bière d’orge en prêtant l’oreille aux musiciens installés au fond de la salle. Il ne pensait pas dire cela, mais l’atmosphère lui plaisait. Dans son pays, on tenait les skaldrs, poètes et musiciens en haute estime. Bien que la musique fût très différente ici, elle embaumait le cœur fruste d’un guerrier égaré en terre étrangère comme lui. La Maison des Voyageurs abritait beaucoup d’autres spécimens dans son genre, elle résonnait de langues exotiques : mède, abyssinien, dialecte scythe et d’autres dont Aenar ignorait tout.

Cette population hétéroclite se délassait sur des bancs fixés aux murs, autour de tables au bois imbibé de bière. Des joncs recouvraient le sol nu. L’endroit était propre, relativement accueillant et proposait les services de jeunes femmes avenantes pour tenir compagnie aux visiteurs. Une façon de les dissuader d’épancher leurs envies en dehors du quartier portuaire.

L’estomac plein, le guerrier bâilla et s’étira le long de sa banquette. Lui qui pensait être en retard ! Se pouvait-il que son contact ait annulé le marché ? Il jeta un œil nerveux vers la porte. Tout ce chemin pour ne pas être payé, c’était inenvisageable. Hrolf, son capitaine, se foutrait de lui jusqu’à son dernier souffle.

— Encore à boire ? proposa gentiment une petite serveuse à la peau sombre et aux cheveux ras.

— Ja ! répondit-il en tendant sa coupe.

Elle le servit en lui offrant un sourire amène. Il détailla son visage et son crâne presque nu. La plupart des gens ici se dépouillaient de leur pilosité, sans doute pour s’épargner les infestations de vermine liées à la chaleur et à la saleté. Dommage. Elle devait posséder une de ces crinières volumineuses qui eût fait pâlir de jalousie les femmes de son pays. Lorsqu’elle s’éloigna, le guerrier admira le délicat balancement de ses hanches sous les plis de sa robe.

Son attention se tourna brusquement vers la porte qu’on ouvrait avec discrétion. Deux personnes se glissèrent dans la salle. L’œil exercé d’Aenar identifia tout de suite une combattante entraînée dissimulée sous un manteau de lin. Juste derrière elle, une femme à l’apparence plus frêle, apprêtée à l’absurde dans un endroit pareil.

Leur entrée suscita bien des commentaires et des onomatopées peu reluisantes. Néanmoins, la plus grande des deux arrivantes brandit un médaillon fait d’or et de lapis-lazuli ; immédiatement, le propriétaire des lieux intervint pour calmer la clientèle.

— Vous voulez finir dans les geôles de la Medjaï ? Bande de cancrelats, écartez-vous !

Le Kémite se fendit d’une courbette obséquieuse, les mains jointes devant lui.

— Mahila, que… Que puis-je faire pour toi ? C’est un honneur, laisse-moi t’offrir à boire. Est-ce que… C’est une inspection ? Viens-tu contrôler la santé de mes filles ? Je t’assure qu’elles sont bien soignées et en parfait état.

D’un geste, la garde du corps le dissuada d’approcher davantage de sa protégée. Celle-ci repoussa d’une main ses boucles de cuivre ardent – qu’Aenar identifia comme une perruque de très belle facture – et parcourut l’assistance du regard. Avisant le guerrier aux nattes blondes, elle sourit et s’adressa d’une voix suave au tenancier.

— Il me semble que tu possèdes une chambre à l’écart des autres, n’est-ce pas ?

— En effet, mahila. Elle se trouve en haut.

— Est-elle propre ?

— Toujours, j’y veille personnellement.

— Je vais l’occuper un moment. Veux-tu bien y faire porter de la bière et un pichet de lait fermenté ? Je te remercie.

Les yeux aussi ronds que des pièces mèdes, le propriétaire acquiesça. La femme posa la main sur le bras de sa garde et murmura quelques mots à son oreille, avant de gravir l’escalier menant à l’étage.

D’un pas résolu, la garde du corps se dirigea tout droit vers Aenar. Ses yeux, durs et noirs comme la nuit, se plantèrent dans les siens.

— Ma maîtresse t’attend.

Elle se tenait légèrement en arrière, une moue contrariée sur les lèvres, comme si la proximité avec un étranger l’incommodait. Sa main jouait nerveusement sur le manche de son khépesh.

— Ne faisons pas attendre la dame, décréta Aenar en avalant d’un trait sa coupe de bière.

Il émit un rot sonore en passant devant la Kémite, un rictus narquois devant son expression horrifiée.

— La dame veut connaître l’Aiguillon de Sörter ! lança-t-il à la cantonnade.

Aussitôt, sa pique provoqua l’hilarité générale, mais aussi un brouhaha d’admiration.

— Allez, sois pas chien, invite-nous !

— J’parie que tu redescends avant la fin de la chanson !

Le regard sombre de la guerrière ne suffit pas à éteindre la liesse. Elle monta les marches derrière Aenar en maugréant des jurons dans sa langue. Un couloir étroit menait à une seule et unique chambre, dont le prix exorbitant dissuadait la plupart des visiteurs de la louer.

Une employée les rejoignit, les bras chargés d’un plateau contenant les boissons commandées par la mystérieuse beauté. Le chat de la maison, un mendiant professionnel à la robe marbrée et à la queue tordue, lui emboîtait le pas en miaulant pour réclamer son attention.

— Laisse, proposa Aenar en retirant son fardeau des mains de la serveuse.

Celle-ci déguerpit sous le regard glacé de la garde, qui ouvrit la porte. À l’intérieur, assise sur la modeste couche comme s’il s’agissait d’un trône façonné pour elle, la jeune femme patientait, les mains posées sur ses cuisses. Son manteau reposait à côté d’elle, révélant la transparence de sa robe sur ses seins à la rondeur troublante.

Aenar resta un instant bouche bée, son plateau dans les mains. Le chat se faufila dans la chambre et se coucha directement sur le précieux vêtement de la visiteuse, qui s’esclaffa. La garde secoua la tête et ferma la porte derrière lui, restant en sentinelle à l’extérieur.

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Les ténèbres sous une couche d’or 4/4

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— Je sens quelque chose, répondit-elle de sa voix rauque. Un parfum.

— Quel genre de parfum ?

— Du genre bien trop subtil pour ce taudis. Une senteur musquée et capiteuse, de très bonne facture. De la cire pour cheveux. Un parfum de femme, de toute évidence.

— Une catin, sans doute, commenta Thaïs.

— Non, pas une simple catin. Les filles du coin empestent. Tout embaume la crasse ici. Si c’est une prostituée, elle vient de la ville haute.

Tahura fila dans une direction, le nez au vent, obsédée par cette nouvelle piste. Tasmin haussa les épaules.

— Viens, pas la peine de tenter de la dissuader quand elle est dans cet état.

Toutes trois suivirent la fragrance détectée par Tahura. La femme-chacal s’immobilisa au coin d’une maison, non loin du mur d’enclave du quartier des étrangers. Son sourire dévoila ses canines proéminentes.

— Regardez-moi ça…

Deux silhouettes évoluaient dans la pénombre. Une grande femme athlétique, dont la capeline ne suffisait pas à dissimuler sa pique de bronze et son khépesh ni ses jambières renforcées, et une autre créature plus petite, vêtue d’une robe dont les broderies délicates n’échappèrent pas à la vision de Thaïs. Chevelure aux boucles cirées pour leur conférer un aspect faussement paresseux, main indolente maintenant son fin manteau de nuit, ongles polis et brillants.

— C’est ce que je crois ? s’enquit Thaïs à l’attention de Tahura.

— Une Ishtarienne, à n’en pas douter. Escortée d’une Meshekebou, mais bien loin de son nid douillet.

— Tout comme nous…

Les trois femmes échangèrent un regard. Discrètes comme leur maître le leur avait recommandé, elles filèrent les deux inconnues, aussi incongrues que des perles dans du crottin.

Celles-ci marchaient en direction du mur menant au quartier des étrangers, mais au lieu d’y pénétrer, elles bifurquèrent entre deux rangées de maisons tordues et prirent la direction d’un bâtiment éclairé de torchères d’où s’échappaient des bruits de percussions et des chants masculins. Perplexes, les trois espionnes marquèrent une halte. Un vieux panneau de bois indiquait la devise « De la bière et toutes les bonnes choses » surmontée du glyphe représentant les voyageurs.

— La Maison des Voyageurs ? Que viennent-elles faire dans cet endroit de perdition ? Depuis quand les Ishtariennes se vendent-elles aux souillures venues des ports étrangers ?

Le dégoût était perceptible dans la voix de Tahura. Ses doigts tirèrent sur les lanières de son fouet dans un léger craquement de cuir. Elle n’aimait pas grand-chose ni grand-monde en général, mais les servantes d’Ishtar lui inspiraient le mépris le plus absolu, pour des raisons que Thaïs brûlait de connaître.

— Il me semble que notre mission n’est pas la filature d’une servante d’Ishtar, intervint silencieusement Tasmin.

— Aucune Ishtarienne saine d’esprit ne se rendrait dans ce bouge sans raison valable. Sa présence est suffisamment intrigante pour qu’au moins nous y prêtions attention.

— Que proposes-tu ? ironisa la première épouse. Qu’on aille siroter une coupe de bière frelatée en toute discrétion ?

Quand elle était énervée, Tahura se montrait stupide. Et elle était souvent énervée. Thaïs observa Tasmin, dont les yeux luisaient d’un éclat rouge derrière son masque.

— Sens-tu quelqu’un dans les parages ?

— Oui, signa la femme-chat. Ils ont un enfant de Bastet à l’intérieur.

Elle s’accroupit, ses mains griffues posées au sol, et émit un ronronnement sourd. Thaïs en frémit de plaisir ; elle adorait ce son et n’aimait rien autant que cette vibration contre sa peau. Elle se retint de se coller contre sa sœur pour la savourer : pas question de dévoiler une faiblesse coupable à Tahura. Celle-ci surveillait les alentours, insensible à l’effet réconfortant du don de sa rivale muette.

— Je l’ai trouvé, il est rassasié et coopératif, confirma Tasmin.

La femme-ibis poussa un soupir ravi. La soirée se révélait passionnante.

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Les ténèbres sous une couche d’or 3/4

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Trois silhouettes couraient à travers la place des Coffres d’Ouadjour. Trois créatures féminines, souples, rapides et silencieuses dans leurs tenues couleur de nuit. Autour d’elles se dessinaient les contours austères des bâtiments administratifs de la cité. Prudentes, elles se fondirent dans les ombres au passage des patrouilles de la Medjaï chargées de veiller à la sécurité du quartier des affaires de Djedou.

Hetephros leur avait ordonné de procéder le plus discrètement possible. Thaïs avait pris la tête, puisqu’elle était supposée mener l’équipée. Dans son dos pesait le courroux d’une Tahura frustrée de devoir s’en remettre à sa rivale autant que de quitter ses appartements confortables pour se rendre dans l’un des endroits les plus pouilleux de la ville. Pour ne rien arranger, le port se trouvait à l’opposé de leur domicile. Ami personnel du Kohani Sokar, Hetephros s’était vu offrir une superbe demeure située non loin de la nécropole, là où personne ne viendrait l’importuner ; une situation calme, avec une vue imprenable sur les abords du désert, mais qui ne facilitait pas la tâche de ses épouses.

— Est-ce qu’on sait au moins ce qu’on cherche ? signa Tasmin en se portant à sa hauteur.

Thaïs opina du chef sans s’arrêter. L’objet de leur convoitise était ce guerrier étranger aux cheveux de blé et au physique appétissant. Quel dommage ! S’emparer de son bien signifierait à coup sûr lui trancher la gorge. Thaïs avait effleuré son aura et ce qu’elle avait perçu lui plaisait. Même un mendiant de la Ruche t’inspirerait plus de désir que cette vieille carcasse pourrissante, songea-t-elle avec amertume. Elle avait à peine douze ans lorsqu’on l’avait offerte au sorcier. La colère raviva son goût du sang. Une décennie ! Dix ans depuis son union avec Hetephros, dix années de souffrance, de perfidie. Enfin, l’occasion de se défouler se présentait à elle, hors de question de la laisser filer. Elle se concentra sur son masque. Aide-moi à voir au plus profond de la nuit, ô Ibis.

Les contours des maisons se dessinèrent, les détails apparurent devant elle avec une précision surnaturelle. L’Œil de Thoth, le présent nuptial d’Hetephros, était le seul bijou véritablement précieux qu’il lui ait offert. Grâce à lui, elle développait une acuité visuelle hors du commun. Elle devenait aussi sujette à des accès de prédiction incontrôlables ; le revers du masque aux capacités issues du dieu lunaire lui-même, d’après le vieux mage. Comment avait-il pu s’emparer d’un pouvoir divin, Thaïs l’ignorait, mais l’artefact s’avérait indéniablement puissant.

À présent nyctalope, elle accéléra l’allure en direction d’une volée de marches taillées dans la roche. Les sentiers des serviteurs facilitaient l’accès aux différents quartiers de Djedou et leur évitaient de perdre du temps dans leur travail. Emprunter ces escaliers n’avait rien de noble, rien d’honorable, mais les épouses d’Hetephros ne s’arrêtaient pas à ce genre de détail quand il s’agissait de contenter la momie qui leur tenait lieu de conjoint. Tasmin, dotée de l’esprit d’un enfant de Bastet, se déplaçait avec la célérité d’un chat. Seule Tahura restait à la traîne et exprimait sa frustration par des grognements furieux. Finalement, elle se laissa distancer ; la vitesse n’était pas son fort.

Même si Tahura les perdait de vue, Thaïs savait son odorat suffisamment affûté pour les suivre à la trace. Elle poursuivit son chemin en direction du port sans un regard pour sa sœur. Après avoir dévalé un nouvel escalier, elle marqua une halte, imitée par Tasmin, afin d’examiner le paysage en contrebas.

Son masque lui révéla chaque détail du port, de ses quais poisseux aux habitations miteuses noyées sous une croûte de limon séché. Elle scruta les rares silhouettes encore présentes à cette heure avancée de la nuit. Tous des marginaux, des sicaires et autres rebuts de la société, occupés à parier, guetter leurs proies et régler leurs comptes. Mais parmi ses déchets, elle ne repéra pas l’imposante carcasse de l’homme aux cheveux blonds.

— Tu ne le trouves pas, n’est-ce pas ? demanda silencieusement Tasmin.

— Nous avons été trop lentes, il a eu le temps de disparaître.

— Cet endroit ne nous est pas familier, il faut agir prudemment, ma sœur.

Tahura les rattrapa et leva le menton avec morgue.

— Alors ? Où est notre cible, Thaïs ?

— Tu penses qu’il est aisé de trouver quelqu’un de cette façon ? Le masque ne me dit pas tout.

— Hetephros a bien de la patience avec toi.

Les remarques acerbes de la femme-chacal rebondirent sur la carapace de son indifférence. Malheureusement, il fallait se rendre à l’évidence : Thaïs n’avait pas la moindre idée de l’endroit où se cachait leur proie.

— Descendons, signa Tasmin. Ton point de vue n’est pas le bon.

— Tu as une idée ?

— Cet homme n’est pas Kémite, il n’est donc pas supposé pouvoir quitter cette zone sans autorisation spéciale. Selon toute vraisemblance, il est confiné dans le quartier des étrangers.

Raisonnable, calme et logique. Tasmin concevait toujours des théories plausibles.

Djedou avait beau être une cité accueillante, elle ne laissait pas n’importe qui rôder dans ses murs, surtout pas les marins étrangers qui avaient tendance à causer le trouble là où ils passaient. L’administration de la ville leur avait donc alloué une zone près du port, loin des yeux des honnêtes sujets kémites. Ils ne pouvaient sortir qu’avec l’accord du maître des activités portuaires, lui-même sous l’autorité de Sahouré, le plus haut fonctionnaire de Djedou. Leur guerrier blond ne pouvait se trouver que là-bas, à moins qu’il ait décidé de se jouer des patrouilles chargées de surveiller les portes menant vers des quartiers plus accueillants.

— Quelle puanteur, commenta Tahura.

— Je préfère encore l’odeur du fleuve et du limon à celle des épices nauséabondes d’Hetephros, rétorqua Thaïs.

— Insolente ! gronda la première épouse.

La femme-ibis pouvait presque deviner le froncement de ses sourcils sous le masque de Tahura. Elle se contenta de sourire et reprit sa marche en direction du quartier des étrangers. La chair de poule se répandit le long de ses bras. Accoutumée au luxe et au confort de la demeure d’Hetephros, elle éprouvait une profonde aversion pour cet endroit. Tous ses sens étaient en alerte, son regard scrutait chaque ombre et recoin. On n’aimait pas trop les créatures de leur qualité ici.

Un autre grognement la tira de ses réflexions. Agacée, elle se tourna vers Tahura.

— Qu’ai-je encore fait ?

Or, cette fois, La femme-chacal n’en avait pas après elle. Elle humait l’air, la bouche ouverte, le corps tendu.

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Les ténèbres sous une couche d’or 2/4

Pour lire l’épisode précédent, cliquez par ici : les ténèbres sous une couche d’or 1/4

Les ténèbres sous une couche d’or 2/4

Le vieillard posa la vasque sur son bureau encombré de rouleaux de fleur-du-roi et de fioles de pigments, puis se frotta les mains comme pour se motiver.

— Ma méditation a été très intéressante, ma petite chérie. (Il leva la tête en direction de la porte ouverte.) Que de public, ce soir ! Entrez, mes toutes belles, nous allons procéder à une expérience.

Thaïs se glissa dans la pièce tandis que Tasmin demeurait sur le seuil ; toujours prudente, prête à s’écarter si besoin.

— Approche, oiseau-de-nuit, ordonna Hetephros, j’ai besoin de ton assistance.

Thaïs dissimula son anxiété derrière son éternel sourire et rejoignit son époux à la table. L’homme empestait les épices et le camphre, même après des années auprès de lui, ce parfum la rebutait toujours.

Hetephros versa une poudre blanche au centre de la cuvette, puis y adjoignit de minuscules cristaux noirs. S’armant de son poignard, il marmonna un chant, aussitôt repris par Tahura, qui semblait comprendre les tenants et aboutissants du rituel en cours. Thaïs, quant à elle, n’y entendait goutte. Elle frémit et retint un gémissement quand le sorcier saisit sa main gauche, la dirigea au-dessus de la vasque et entailla sa paume d’un coup sec de son couteau. Le sang coula dans le récipient, se mêla aux ingrédients dans une vapeur blanche et un grésillement de mauvais augure. Sans plus de cérémonie, Hetephros plongea la main blessée de Thaïs dans la mixture.

D’abord, elle tenta de se débattre, mais la poigne ferme de Tahura s’abattit sur elle et la maintint immobile. La douleur était si cuisante, si aiguë qu’elle crut s’évanouir. La voix d’Hetephros résonna près de son oreille.

— Laisse-toi faire ! Observe et dis-moi ce que tu vois. N’écoute pas la douleur, elle est là pour révéler la vérité.

Thaïs sentait les larmes couler sous le masque de l’ibis. L’oiseau sacré de Thoth, celui qui voit tout. Elle serra les dents, tentant d’apaiser ses gémissements. Ouvrir son troisième œil ! Maudit soit ce vieux fou ! Tout ce qu’elle voulait ouvrir, c’était le ventre du sorcier, celui de Tahura, et leur arracher ce qui en sortirait !

Petit à petit, la brûlure s’apaisa. Elle était toujours vive, mais l’esprit de Thaïs la reléguait au second plan. Devant elle, le rideau noir s’estompa, la brume de la souffrance se dissipa et elle aperçut une longue allée baignée de ténèbres. La vision se clarifia, une silhouette massive se matérialisa dans la rue, au milieu des détritus du bas quartier.

— Le port… Un homme de haute taille, à la chevelure aussi pâle que la lune. Il avance, son arme brille dans la nuit. Il porte quelque chose, non quelqu’un. Une enfant.

— Continue, Thaïs, l’encouragea Hetephros. Que ressens-tu ? Concentre-toi sur la couleur, c’est important.

Il émanait de l’homme une aura puissante, mais la présence de l’impressionnante hache dans son dos la rendait presque indécelable.

— Je distingue son ba, d’un vert presque bleu. Il possède une arme dont le pouvoir surpasse tout ce que j’ai pu voir jusqu’ici.

Soudain, Thaïs remarqua une autre aura, venue de l’homme, ou plutôt d’un objet proche de lui. Une lumière rouge, suave et avide se mit à briller de plus en plus fort, au point d’effacer tout le reste.

— Par Set…

— Raconte, que vois-tu ?

La voix du sorcier se faisait pressante, Thaïs avait l’impression d’avoir un mouflet impatient de recevoir son cadeau accroché à elle.

— Une pierre, si éclatante qu’elle occulte tout. Elle est rouge sang, mais elle enveloppe tout dans ses ténèbres. Elle me fascine, elle me parle, je n’entends pas ce qu’elle me dit…

— Set soit loué, c’est bien ça, je ne me suis pas trompé, murmura Hetephros. Continue, mon enfant. Dis-moi où elle se trouve.

Thaïs essayait de voir, elle essayait aussi fort qu’elle pouvait, mais l’éclat de la gemme inondait son esprit. Elle s’acharna au point d’en crier de rage, quand soudain, il n’y eut plus rien que du noir devant ses iris.

— Je suis désolée, je ne vois plus rien.

Hetephros lui lâcha le poignet avec un glapissement de dépit. Tahura se pencha vers Thaïs et lui embrassa l’oreille.

— À mon avis, le seigneur va bien s’amuser avec toi ce soir, chuchota-t-elle.

Le sorcier faisait les cent pas en ramassant tout ce qu’il avait renversé durant ses recherches. Étonnamment, il ne paraissait pas en colère, nota Thaïs, il donnait plutôt l’impression d’être en pleine réflexion. Elle reprit son souffle, se dégagea de l’étreinte de Tahura, et se rapprocha de Tasmin, qui saisit sa main blessée dans la sienne sans se soucier du sang qui en coulait. D’un signe, Thaïs la remercia.

Hetephros marqua une pause dans sa frénésie de rangement.

— Reconnaîtrais-tu l’endroit où tu as perdu cet homme de vue ? demanda-t-il en jetant un regard en biais à Thaïs.

— Je le crois, Seigneur. Il ne s’est pas vraiment éloigné du port.

— On se demande bien comment tu connais ce genre d’endroit, railla Tahura.

— Silence ! intima Hetephros d’un ton qui cloua la femme-chacal sur place. Ce soir, j’ai eu une vision. Thaïs m’a conforté dans mes certitudes. Préparez-vous, mes femmes. Thaïs vous guidera jusqu’à l’homme qu’elle a vu. Récupérez la gemme qu’il transporte et rapportez-la-moi. Quoi qu’il arrive, vous devez la rapporter, c’est compris ?

— C’est compris, seigneur Hetephros, confirma Tahura de son obséquiosité coutumière. Thaïs, panse ta main et conduis-nous sur place.

Guidées par la première épouse, Thaïs et Tasmin remontèrent au rez-de-chaussée. Contrairement au sous-sol, la maison, décorée avec sobriété par leurs soins, rutilait de propreté.

— Par le bec pointu de Thoth, ça fait un mal de chien !

Tahura se tourna et leva la paume de sa main gauche, révélant une série de striures entremêlées, plus ou moins bien cicatrisées.

— Épargne-moi tes jérémiades, tu veux. Je sais très bien par quoi tu es passée, je sais aussi que tu as connu pire, alors silence et au travail !

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Le Cycle du Dieu Noir | les ténèbres sous une couche d’or 1/4

Si vous n’avez pas encore lu La main dans le sac, ça pourrait vous être utile pour la compréhension de l’histoire !

Nous avons laissé Aenar en plein dilemme, mais notre héros a d’autres chats à fouetter. Djedou recèle bien des dangers, et ceux-ci revêtent des apparences étonnantes. Cet épisode tient en 4 parties et s’intitule Les ténèbres sous une couche d’or.

Le Cycle du Dieu Noir - les ténèbres sous une couche d'or
De gauche à droite : Tahura, Tasmin et Thaïs

Les ténèbres sous une couche d’or 1/4

Adossée au mur du couloir, Thaïs écoutait le vieux soliloquer en farfouillant dans son bric-à-brac. Il s’était levé en trombe au beau milieu de sa méditation et avait dévalé les marches à une allure stupéfiante pour son âge vénérable afin de rejoindre son étude au sous-sol. Lui qui passait son temps à se plaindre de ses articulations pour se faire cajoler par ses épouses, il cachait bien son jeu !

— Où est-ce ? Où l’ai-je rangé, par Set ?

Thaïs l’entendit s’énerver un bon moment en se gardant bien de lui proposer son aide. Dans cet état d’exaltation, le vieux avait tendance à se montrer… désagréable. Elle leva son poignet pour contempler la dernière cicatrice qu’il lui avait infligée, une brûlure au fer rouge qui laisserait une marque indélébile sur sa peau cuivrée. Une de plus dans sa collection déjà très étendue. Ces châtiments étaient supposés la guérir de ses insolences. Thaïs mesurait parfaitement l’inefficacité de la méthode.

Un sourire se dessina sur ses lèvres fines quand elle entendit un son feutré dans l’escalier. Elle posa l’index sur sa bouche en apercevant sa « sœur », toute drapée de lin écarlate, quelques marches au-dessus d’elle. Son masque à tête de chat projeta une kyrielle de reflets d’or contre le mur. Tasmin s’accroupit, aussi souple et discrète que son animal fétiche et de ses doigts fins aux ongles griffus, elle esquissa une série de gestes.

— Que fait-il ?

— Je l’ignore, répondit Thaïs d’une autre série de signes. Il cherche quelque chose on dirait.

Perplexe, Tasmin se mit à jouer avec ses épaisses bacchantes noires. La femme-chat n’avait plus ouvert la bouche depuis des années. Thaïs n’était même pas certaine de se rappeler son timbre de voix. Toutes deux avaient développé ce langage compréhensible d’elles seules, ainsi qu’un lien de sororité que la cruauté d’Hetephros n’avait jamais réussi à rompre.

— On devrait remonter, conseilla Tasmin, il va nous punir s’il voit qu’on l’espionne.

Tasmin avait toujours été la plus calme et la plus raisonnable des épouses du vieil homme. Au début, Thaïs la trouvait ennuyeuse, mais au fil du temps, elle s’était prise d’intérêt pour ses conseils. La deuxième épouse arborait beaucoup moins de marques qu’elle sur son corps magnifique ; elle savait se faire apprécier quand cela s’avérait utile et oublier le reste du temps. Au moment où elles firent volte-face, elles se figèrent en découvrant la silhouette puissante de Tahura en surplomb. La femme au masque de chacal les contempla avec un sourire dépourvu de chaleur.

— Vous ne serez jamais que des enfants désobéissantes, les réprimanda-t-elle à voix basse. Que faites-vous ici, à écouter aux portes ?

Tahura n’avait jamais daigné s’intéresser au langage mystérieux de Tasmin. Les deux autres épouses d’Hetephros lui inspiraient un mépris qu’elle ne prenait pas la peine de dissimuler. Elle était la puissante, la favorite, la servante de Set, dont elle portait le symbole en guise de couvre-chef. À elle les bijoux les plus raffinés et les robes surpiquées de fleurs d’or. Tasmin et Thaïs venaient bien après dans la hiérarchie. Dans sa main, son accessoire préféré : un petit martinet à bandes de cuir qu’elle aimait utiliser sur les serviteurs fautifs ou parfois sur ses « sœurs ».

Tasmin se lova contre le mur comme si elle voulait y disparaître. Thaïs se contenta de sourire ; c’était sa réponse à tout et cela avait le don d’agacer Tahura.

Celle-ci tirait sèchement sur les lanières de son jouet quand un vacarme venu de l’étude se fit entendre. On eût dit qu’une étagère s’était effondrée avec tout son contenu. L’angoisse se lisant sur le « O » formé par ses lèvres, Tahura poussa ses sœurs et se précipita dans la salle. Comme un chien inquiet pour son maître vénéré, se moqua Thaïs en lui emboîtant le pas.

— Seigneur Hetephros, que se passe-t-il ? demanda Tahura de sa voix rauque.

Ledit seigneur redressa la tête, une expression victorieuse sur son visage parcheminé. Il portait encore sa tunique de méditation, qui dévoilait sans pudeur son corps aussi sec et maigre que s’il avait été embaumé de longue date.

— Comment ? Quoi ? Oh ! Non, ma belle, que tu es prévenante de t’inquiéter ainsi ! Non, non, je vais bien, j’ai enfin remis la main sur cette vasque. (Il brandit une sorte d’écuelle en bronze poli.) Tu te souviens ? Nous nous en servions autrefois pour espionner qui tu sais !

— Je vois, répondit Tahura avec une grimace carnassière. Pourquoi ressortir cette babiole, seigneur ? As-tu un problème ? 

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La main dans le sac 5/5

Pour lire le 4/5, c’est par ici

Le temple de la déesse à tête de vache, dont Aenar ne parvenait pas à se souvenir du nom, se détachait dans la crasse environnante par ses murs de calcaire blanc qui se distinguaient même sous l’épais rideau de la nuit. Un fronton à l’effigie de la voluptueuse dame des cultures rehaussé d’un disque d’or – trop lourd pour être volé – accueillait les visiteurs. L’extérieur de l’édifice paraissait minuscule, mais Aenar savait que de nombreux bâtiments de la ville basse s’enfonçaient dans la colline contre laquelle était construite Djedou. Celui-ci ne faisait sans doute pas exception. Un instant, Aenar redouta qu’on le refoule au vu de l’heure tardive, mais dès qu’il eut franchi le seuil et que ses pas résonnèrent sur la pierre froide, une silhouette pelotonnée dans un châle aussi noir que le limon du Neilos émergea de la pénombre en baillant. Un prêtre au crâne nu et à la stature encore adolescente, les yeux bouffis de sommeil, tendit son bâton vers les arrivants.

— Qui va là ? ânonna-t-il.

— Voyageur, répondit Aenar. Accueil.

— La Maison des Voyageurs est là pour t’aider, ami. Nous ne sommes pas autorisés à recevoir les profanes.

— Pas moi, elle.

Aenar brandit Alaia devant lui comme un paquet de linge sale. L’enfant s’éveilla et écarquilla les yeux. Un torrent de larmes inonda ses joues. Elle s’accrocha à lui en gémissant :

— Me laisse pas, siteplé. Me laisse pas…

Au prix d’un immense effort de volonté, Aenar déposa la petite sur les dalles froides en évitant de s’attarder sur son visage froissé de chagrin. On peut vraiment s’attacher à quelqu’un aussi vite, quand on est môme ?

— Non, non et non ! Je ne l’accepte pas, s’offusqua le prêtre. Elle… C’est une souillure pour cet endroit !

Aenar fouilla dans sa besace et en tira une bourse, où il puisa une épaisse roue de cuivre. À sa vue, le visage du jeune Kémite se radoucit. Un soupir magnanime s’échappa de ses narines.

— Bon, je pourrais peut-être faire quelque chose pour cette pauvre enfant.

Alaia tendit ses petits bras vers Aenar, qui fit de son mieux pour l’ignorer.

— Elle dort et elle mange, décréta-t-il à l’attention du prêtre si aisément corruptible.

— Pour le repas, il en faudra plus, l’ami.

Le prêtre tendit la main de manière explicite. En dépit de ses difficultés linguistiques, Aenar le voyait venir avec ses gros sabots. Il fourra un deuxième shât dans la paume du freluquet et le saisit fermement par l’épaule. Le jeune homme frémit et son teint vira au gris.

— Elle dort, elle mange et si problème, je reviens te trouver. Compris ?

— C’est très clair. Que vas-tu imaginer ? Elle peut rester jusqu’au matin, je veillerai à ce qu’il ne lui arrive rien.

Le prêtre déposa les deux shât près de l’autel de sa déesse. Aenar était persuadé qu’il les conserverait pour lui ; il se trompait souvent sur les gens, ces derniers temps.

— Tu reviens ? demanda la petite, soudain pleine d’espoir.

Elle l’avait entendu. La guigne !

Alaia sécha ses joues d’un revers de sa menotte et le regarda avec tout le sérieux dont pouvait faire preuve une gamine de son âge.

— Tu reviens, hein ? Je veux pas rester ici, me laisse pas toute seule.

— Tu es bien ici. Prêtre gentil.

— Je parle pas d’ici, répondit Alaia, je veux pas rester avec Them. Il est méchant, il me punit tout le temps. Toi tu es gentil, je veux rester près de toi.

Pourquoi pas, après tout ? songea Aenar. Qu’est-ce que ça lui coûterait ? Par réflexe, il saisit le manche de Skaering. Non mais quelle idée ! T’es pas venu ici pour adopter tous les gamins perdus du patelin !

— T’es un grand, ajouta la fillette. Them osera jamais venir m’embêter si tu me gardes.

Aenar leva les yeux au ciel. Comment gérer une situation de la sorte ? Il choisit la solution qu’il maîtrisait le mieux.

— Écoute. Moi, travail ici. Quand fini, je viens.

— Demain matin ?

— Ja. Oui, corrigea-t-il.

L’expression de soulagement de la fillette s’enfonça dans le cœur d’Aenar comme un poignard. Le prêtre et lui échangèrent un regard ; le Kémite esquissa un sourire sans équivoque. Les épaules d’Aenar s’affaissèrent et il rajouta un shât dans le réceptacle avant de partir.

Ce petit mensonge lui coûtait décidément très cher !

Fin de la première partie, à vendredi pour la suite !

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La main dans le sac 4/5

Avez-vous lu le 3/5 ?

Aenar n’avait pas mis les pieds à Djedou depuis une paire d’années et il n’était plus certain du chemin à suivre pour accéder au temple de la déesse-vache qui, s’il se souvenait bien, était une divinité nourricière et protectrice. Les rues serpentaient sans logique entre de vieilles maisons de guingois aux murs effrités. Seules quelques lampes distillant une lueur tamisée lui permettaient de se repérer dans l’obscurité. À chaque pas, il devait prendre garde à ne pas trébucher sur tout ce que les habitants laissaient à l’extérieur : tabourets vermoulus, tables branlantes et empilements d’ordures en tout genre.

— For porkker ! jura-t-il en se cognant le bout du pied dans une brique de terre cuite.

Il s’attira un regard effrayé de la petite accrochée à sa pogne. Cette môme n’avait pas les yeux dans ses poches. Elle inspectait tout autour d’elle, ne se cognait nulle part, sursautait au moindre son, agitant ses doigts minuscules dans la main d’Aenar. Il raffermit sa prise pour la calmer. Que fichait-elle dehors au beau milieu de la nuit ? Les Kémites ne veillaient-ils pas sur leur progéniture ?

Soudain, la fillette lui tira gentiment le bras en désignant une grosse amphore près d’une masure aux murs rongés de lézardes.

— Quoi ?

— T’es couvert de sang…, expliqua-t-elle en pointant son index vers son arme et ses joues.

Aenar se dirigea vers le conteneur et en souleva le couvercle. Il y découvrit de l’eau fraîche, ainsi qu’une sorte de louche en bois à l’aspect grossier. Cette petite avait de la suite dans les idées ; non pas que la Medjaï patrouillât souvent dans les parages, mais mieux valait éviter d’attirer l’attention sur lui. Il s’aspergea rapidement, soucieux de ne pas souiller l’eau laissée gracieusement à disposition des habitants, et effaça les traces écarlates de son visage et de ses bras. Puis il nettoya soigneusement la lame de Skaering avant de reprendre sa route, l’enfant sur les talons.

— Naeme ? demanda-t-il avant de se corriger. Nom ?

— Alaia, répondit la gosse après un instant d’hésitation. Et toi ?

— Aenar.

Elle acquiesça sans plus de commentaire. Comme elle peinait à suivre ses grandes enjambées, il la prit dans ses bras. D’abord surprise, l’enfant se laissa aller à sourire, puis saisit une des nattes d’Aenar pour l’examiner attentivement.

— Beau comme or, comprit-il au milieu d’une phrase au contenu énigmatique.

— Merci !

L’enfant était sale, empestait le vieux poisson, mais son sourire détonnait au milieu de toute cette crasse. Blanches et en parfait état, les dents de lait qui lui restaient démontraient une bonne santé générale.

— Bons dieux, tu pues ! cracha-t-il dans sa langue.

Le pli de son nez rendait sa phrase limpide ; la petite tira la langue et porta son regard au loin, vers un établissement où s’attroupait une faune intimidante. Prudent, Aenar évita les abords du Mulet, la maison de bière la plus mal famée du coin ; il risquait d’y croiser d’autres bougres désireux de s’approprier son bien. Mieux valait encore se perdre dans le dédale du quartier portuaire.

Pour passer le temps, Aenar échangea quelques phrases avec l’enfant, qui semblait ne pas avoir le moins du monde sommeil. Il posait des questions, elle répondait de sa voix flûtée, riait parfois lorsqu’il se trompait. C’était agréable d’avoir un peu de compagnie après un début de soirée aussi agité.

Le guerrier soupira et observa le ciel à la recherche de la lune, réduite à un faible croissant suspendu au-dessus des toits de la cité. Difficile de savoir s’il serait à l’heure pour son rendez-vous après avoir déposé la gamine à l’abri. Une envie fugace de la garder près de lui titilla son esprit. Il la rejeta avec force : la Maison des Voyageurs n’était pas un endroit pour une fillette des rues. Il pullulait de marins, de soiffards et d’ « honnêtes marchands » qui ne feraient qu’une bouchée d’une petite au sourire aussi tendre.

— Temple de Vache, bon endroit pour toi, dit-il.

Alaia ne répondit pas. Ses yeux étaient fixés vers la sacoche accrochée à l’épaule d’Aenar. Elle la scrutait avec tant d’attention qu’elle n’en cillait plus. À la lumière d’une torchère, il remarqua qu’elle avait les yeux bleus, d’une nuance plus sombre que les siens, aussi vive que le lapis-lazuli dont se paraient les dames Kémites. Elle murmurait des mots dans sa langue.

— Hé, ça va ? s’enquit Aenar en claquant des doigts près de son oreille.

La fillette mit quelques instants à s’extraire de sa contemplation. Elle cligna des paupières et bâilla sans retenue avant de se lover contre l’épaule de son porteur. Son absence était sans doute liée à la fatigue, imagina Aenar. Les enfants sont comme ça, on pense qu’ils n’arrêteront jamais, et ils tombent comme des mouches quand on ne l’espère plus.

Malgré tout, un léger malaise s’empara de lui. D’instinct, il soupesa sa musette, où le rubis était en sécurité. Une part de lui avait hâte de s’en défaire. Une autre était pétrie de la désagréable sensation d’être observé. Pourtant, les rues étaient désertes, à peine avaient-ils croisé un chien errant et un homme endormi dans une allée, enveloppé d’une couverture rongée aux mites. Non, cela n’avait rien à voir ; un fourmillement caractéristique s’immisçait dans ses doigts quand son instinct pressentait un danger. La fillette dormait déjà à poings fermés, elle ne sentit pas son geste en direction de Skaering. La présence de la hache apaisait toujours Aenar. Avec elle à son bras, il ne risquait rien, se rassura-t-il. 

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En route pour la fin de ce chapitre !

En route pour le 4/5

La main dans le sac 2/5

Si vous préférez, commencez donc par le chapitre 1/5 !

Une fois son repas avalé, Alaia serra son compagnon dans ses bras, enfouit son nez dans la fourrure noire et respira son odeur : musc et poisson mort. Elle s’en fichait. Tout ce qui lui importait, c’était ne plus être seule dans la nuit. Un frisson lui parcourut alors l’échine.

— Viens, décida-t-elle, on va chercher un endroit où tu seras bien au chaud.

À dire vrai, elle ignorait où trouver un tel refuge, aussi se borna-t-elle à gagner le port. Avec de la chance, elle pourrait chiper une couverture et dormir dans un entrepôt sans être ennuyée par les soûlards sortis des infâmes maisons de bière des quais.

« Ne t’approche pas de ceux-là ! »

Les conseils de Them l’énervaient. Le simple fait de penser à lui l’irritait. Guidée par l’odeur du fleuve, elle se faufila à travers des rues aussi étroites que des coursives, franchit des porches minuscules, jusqu’à aboutir dans le chaos du port, amoncellement de maisonnettes et de greniers à grains, repères à mouettes et nids à rats. À cette heure-ci toutefois, le calme y régnait, à l’opposé de la fièvre des journées.

Parvenue à proximité des embarcadères, elle s’immobilisa et étreignit le chat un peu plus fort : un navire massif à l’allure sinistre dominait les bateaux de pêche kémites. Même avec sa voile repliée, d’un rouge grenat, il surpassait les frêles esquifs par la taille de sa coque. Alaia ignorait sa provenance, mais sa proue, un immense serpent de mer à la gueule béante, lui donna la chair-de-poule.

« Viens, petite étincelle ! »

Alaia sursauta. Le chaton feula avant de lover sa tête au creux de son épaule. Elle promena son regard un peu partout autour d’elle sans voir personne.

— C’était quoi ?

Elle se mordilla les lèvres avec angoisse. Son ouïe perçut bientôt des notes de musique émanant du navire étranger : plusieurs hommes chantaient au son d’un instrument à cordes. Alaia soupira de soulagement.

— On va se cacher dans les entrepôts, chuchota-t-elle à l’attention de son compagnon. Personne ne viendra nous déranger là-bas.

Les employés portuaires n’étaient pas du genre à rester éveillés pour en protéger l’accès. Alaia savait qu’elle pourrait facilement se glisser à leur insu dans l’un des bâtiments.

Alors qu’elle se coulait dans l’ombre des baraquements, elle entendit des bruits suspects et des voix provenant d’une ruelle. À la lueur d’une lampe à huile abandonnée sur le bord d’une lucarne, Alaia repéra quatre silhouettes. Intimidée, elle se pelotonna contre un mur et ne bougea plus.

Dagues brandies, trois hommes vêtus de pagnes et de châles en lin encerclaient un gigantesque étranger, dont les longues tresses blondes se détachaient dans la nuit.

Son torse massif disparaissait sous une carapace de cuir renforcée de métal. Alaia n’avait jamais rien vu de tel. Dans son dos reposait un bouclier rond et à son côté, une hache dont le tranchant luisait malgré la pénombre. Il patientait, la main tapotant une besace à bandoulière bien garnie.

— On sait ce que tu transportes, le sauvage. Remets-nous ton butin et on te laissera partir.

Du kémite local, mâtiné de l’accent du coin. De son côté, le géant sourit et rétorqua d’une voix caverneuse et traînante :

— Si vous tenez votre vie, vous partez. Je donne pas ça. Pas à vous.

— On est plus nombreux et t’as pas envie de te mettre la Confrérie à dos, insista le Kémite. Fais pas le malin.

La Confrérie.

Alaia frémit et se recroquevilla davantage. Them avait peur d’eux. Il prétendait ne craindre personne, mais sa voix tremblait quand il prononçait ce nom. L’étranger lui, ne se départait ni de son calme ni de son sourire.

— Il entrave même pas ce que tu racontes, s’énerva l’un des voleurs, servons-nous !

Sur ces mots, il se précipita sur le colosse, la dague tendue vers sa cuisse. Celui-ci se contenta de saisir le bras et de le retourner. Alaia entendit craquer les os de l’épaule. Avec un grognement de douleur, le Kémite lâcha son arme, la surprise et l’incompréhension se reflétant dans ses iris. D’un ample mouvement, l’étranger leva haut la hache.

Alaia ferma les yeux. Le hurlement s’éteignit dans un bruit écœurant de métal qui pénètre la chair. Dans ses bras, le chat restait immobile, indifférent à toute cette agitation. Elle le sentit ronronner contre elle, mais se garda d’ouvrir les paupières. À quelques pas, la rixe se poursuivait sous un tombereau d’insultes et de cris.

Finalement, la curiosité l’emporta. Elle risqua un regard, vit le colosse empoigner les cheveux de l’un de ses adversaires et lui fracasser la mâchoire contre son genou levé. Des dents volèrent autour des deux combattants et du sang éclaboussa l’étranger.

— Dum Kahël ! exulta-t-il, hilare.

Terrorisée, Alaia aperçut le troisième larron tenter de frapper le géant par sa droite. Hélas pour lui, rien ne semblait échapper à la vigilance de ce monstre. Il n’eut qu’à pivoter et la dague glissa sur l’armure, ne réussissant qu’à s’accrocher à la lanière de la besace, la sectionnant net. Le contenu du sac tomba par terre et dans un bruit désagréable, un coffret de bois se brisa sous l’impact.

Alaia vit briller l’or et les gemmes quand une avalanche de bijoux se répandit sur le ponton.

— Ach, braend im Hilverde ! Dom !

Nul besoin de connaître sa langue pour comprendre que l’homme était furieux. D’un coup rageur, il fendit le crâne du malheureux qui titubait devant lui, les mains crispées sur ses maxillaires. Puis il dégagea son arme ensanglantée et se tourna vers le dernier sicaire. Mû par la terreur, celui-ci s’enfuit avec sagesse.

Alaia éprouva un bref soulagement. Jamais elle n’avait assisté à un tel déferlement de violence et elle en venait à plaindre ces pauvres hères.

— Flyven, Skaering, entendit-elle.

Elle se mordit la lèvre pour ne pas crier quand l’homme projeta sa hache. Dans un sifflement lugubre, celle-ci se ficha dans le dos du bandit. L’infortuné s’effondra dans la poussière.

— Bastet, supplia-t-il, protège-moi, par pitié.

Déjà l’étranger marchait dans sa direction. Il posa son pied sur le dos de son adversaire et en extirpa son arme avec autant de désinvolture que s’il avait fendu une bûche. Un flot de sang accompagna son geste et les prières cessèrent.

La main dans le sac - l'homme à la hache- Le Cycle du Dieu Noir

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En route pour la suite (3/5)