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La main dans le sac 5/5

Pour lire le 4/5, c’est par ici

Le temple de la déesse à tête de vache, dont Aenar ne parvenait pas à se souvenir du nom, se détachait dans la crasse environnante par ses murs de calcaire blanc qui se distinguaient même sous l’épais rideau de la nuit. Un fronton à l’effigie de la voluptueuse dame des cultures rehaussé d’un disque d’or – trop lourd pour être volé – accueillait les visiteurs. L’extérieur de l’édifice paraissait minuscule, mais Aenar savait que de nombreux bâtiments de la ville basse s’enfonçaient dans la colline contre laquelle était construite Djedou. Celui-ci ne faisait sans doute pas exception. Un instant, Aenar redouta qu’on le refoule au vu de l’heure tardive, mais dès qu’il eut franchi le seuil et que ses pas résonnèrent sur la pierre froide, une silhouette pelotonnée dans un châle aussi noir que le limon du Neilos émergea de la pénombre en baillant. Un prêtre au crâne nu et à la stature encore adolescente, les yeux bouffis de sommeil, tendit son bâton vers les arrivants.

— Qui va là ? ânonna-t-il.

— Voyageur, répondit Aenar. Accueil.

— La Maison des Voyageurs est là pour t’aider, ami. Nous ne sommes pas autorisés à recevoir les profanes.

— Pas moi, elle.

Aenar brandit Alaia devant lui comme un paquet de linge sale. L’enfant s’éveilla et écarquilla les yeux. Un torrent de larmes inonda ses joues. Elle s’accrocha à lui en gémissant :

— Me laisse pas, siteplé. Me laisse pas…

Au prix d’un immense effort de volonté, Aenar déposa la petite sur les dalles froides en évitant de s’attarder sur son visage froissé de chagrin. On peut vraiment s’attacher à quelqu’un aussi vite, quand on est môme ?

— Non, non et non ! Je ne l’accepte pas, s’offusqua le prêtre. Elle… C’est une souillure pour cet endroit !

Aenar fouilla dans sa besace et en tira une bourse, où il puisa une épaisse roue de cuivre. À sa vue, le visage du jeune Kémite se radoucit. Un soupir magnanime s’échappa de ses narines.

— Bon, je pourrais peut-être faire quelque chose pour cette pauvre enfant.

Alaia tendit ses petits bras vers Aenar, qui fit de son mieux pour l’ignorer.

— Elle dort et elle mange, décréta-t-il à l’attention du prêtre si aisément corruptible.

— Pour le repas, il en faudra plus, l’ami.

Le prêtre tendit la main de manière explicite. En dépit de ses difficultés linguistiques, Aenar le voyait venir avec ses gros sabots. Il fourra un deuxième shât dans la paume du freluquet et le saisit fermement par l’épaule. Le jeune homme frémit et son teint vira au gris.

— Elle dort, elle mange et si problème, je reviens te trouver. Compris ?

— C’est très clair. Que vas-tu imaginer ? Elle peut rester jusqu’au matin, je veillerai à ce qu’il ne lui arrive rien.

Le prêtre déposa les deux shât près de l’autel de sa déesse. Aenar était persuadé qu’il les conserverait pour lui ; il se trompait souvent sur les gens, ces derniers temps.

— Tu reviens ? demanda la petite, soudain pleine d’espoir.

Elle l’avait entendu. La guigne !

Alaia sécha ses joues d’un revers de sa menotte et le regarda avec tout le sérieux dont pouvait faire preuve une gamine de son âge.

— Tu reviens, hein ? Je veux pas rester ici, me laisse pas toute seule.

— Tu es bien ici. Prêtre gentil.

— Je parle pas d’ici, répondit Alaia, je veux pas rester avec Them. Il est méchant, il me punit tout le temps. Toi tu es gentil, je veux rester près de toi.

Pourquoi pas, après tout ? songea Aenar. Qu’est-ce que ça lui coûterait ? Par réflexe, il saisit le manche de Skaering. Non mais quelle idée ! T’es pas venu ici pour adopter tous les gamins perdus du patelin !

— T’es un grand, ajouta la fillette. Them osera jamais venir m’embêter si tu me gardes.

Aenar leva les yeux au ciel. Comment gérer une situation de la sorte ? Il choisit la solution qu’il maîtrisait le mieux.

— Écoute. Moi, travail ici. Quand fini, je viens.

— Demain matin ?

— Ja. Oui, corrigea-t-il.

L’expression de soulagement de la fillette s’enfonça dans le cœur d’Aenar comme un poignard. Le prêtre et lui échangèrent un regard ; le Kémite esquissa un sourire sans équivoque. Les épaules d’Aenar s’affaissèrent et il rajouta un shât dans le réceptacle avant de partir.

Ce petit mensonge lui coûtait décidément très cher !

Fin de la première partie, à vendredi pour la suite !

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La main dans le sac 4/5

Avez-vous lu le 3/5 ?

Aenar n’avait pas mis les pieds à Djedou depuis une paire d’années et il n’était plus certain du chemin à suivre pour accéder au temple de la déesse-vache qui, s’il se souvenait bien, était une divinité nourricière et protectrice. Les rues serpentaient sans logique entre de vieilles maisons de guingois aux murs effrités. Seules quelques lampes distillant une lueur tamisée lui permettaient de se repérer dans l’obscurité. À chaque pas, il devait prendre garde à ne pas trébucher sur tout ce que les habitants laissaient à l’extérieur : tabourets vermoulus, tables branlantes et empilements d’ordures en tout genre.

— For porkker ! jura-t-il en se cognant le bout du pied dans une brique de terre cuite.

Il s’attira un regard effrayé de la petite accrochée à sa pogne. Cette môme n’avait pas les yeux dans ses poches. Elle inspectait tout autour d’elle, ne se cognait nulle part, sursautait au moindre son, agitant ses doigts minuscules dans la main d’Aenar. Il raffermit sa prise pour la calmer. Que fichait-elle dehors au beau milieu de la nuit ? Les Kémites ne veillaient-ils pas sur leur progéniture ?

Soudain, la fillette lui tira gentiment le bras en désignant une grosse amphore près d’une masure aux murs rongés de lézardes.

— Quoi ?

— T’es couvert de sang…, expliqua-t-elle en pointant son index vers son arme et ses joues.

Aenar se dirigea vers le conteneur et en souleva le couvercle. Il y découvrit de l’eau fraîche, ainsi qu’une sorte de louche en bois à l’aspect grossier. Cette petite avait de la suite dans les idées ; non pas que la Medjaï patrouillât souvent dans les parages, mais mieux valait éviter d’attirer l’attention sur lui. Il s’aspergea rapidement, soucieux de ne pas souiller l’eau laissée gracieusement à disposition des habitants, et effaça les traces écarlates de son visage et de ses bras. Puis il nettoya soigneusement la lame de Skaering avant de reprendre sa route, l’enfant sur les talons.

— Naeme ? demanda-t-il avant de se corriger. Nom ?

— Alaia, répondit la gosse après un instant d’hésitation. Et toi ?

— Aenar.

Elle acquiesça sans plus de commentaire. Comme elle peinait à suivre ses grandes enjambées, il la prit dans ses bras. D’abord surprise, l’enfant se laissa aller à sourire, puis saisit une des nattes d’Aenar pour l’examiner attentivement.

— Beau comme or, comprit-il au milieu d’une phrase au contenu énigmatique.

— Merci !

L’enfant était sale, empestait le vieux poisson, mais son sourire détonnait au milieu de toute cette crasse. Blanches et en parfait état, les dents de lait qui lui restaient démontraient une bonne santé générale.

— Bons dieux, tu pues ! cracha-t-il dans sa langue.

Le pli de son nez rendait sa phrase limpide ; la petite tira la langue et porta son regard au loin, vers un établissement où s’attroupait une faune intimidante. Prudent, Aenar évita les abords du Mulet, la maison de bière la plus mal famée du coin ; il risquait d’y croiser d’autres bougres désireux de s’approprier son bien. Mieux valait encore se perdre dans le dédale du quartier portuaire.

Pour passer le temps, Aenar échangea quelques phrases avec l’enfant, qui semblait ne pas avoir le moins du monde sommeil. Il posait des questions, elle répondait de sa voix flûtée, riait parfois lorsqu’il se trompait. C’était agréable d’avoir un peu de compagnie après un début de soirée aussi agité.

Le guerrier soupira et observa le ciel à la recherche de la lune, réduite à un faible croissant suspendu au-dessus des toits de la cité. Difficile de savoir s’il serait à l’heure pour son rendez-vous après avoir déposé la gamine à l’abri. Une envie fugace de la garder près de lui titilla son esprit. Il la rejeta avec force : la Maison des Voyageurs n’était pas un endroit pour une fillette des rues. Il pullulait de marins, de soiffards et d’ « honnêtes marchands » qui ne feraient qu’une bouchée d’une petite au sourire aussi tendre.

— Temple de Vache, bon endroit pour toi, dit-il.

Alaia ne répondit pas. Ses yeux étaient fixés vers la sacoche accrochée à l’épaule d’Aenar. Elle la scrutait avec tant d’attention qu’elle n’en cillait plus. À la lumière d’une torchère, il remarqua qu’elle avait les yeux bleus, d’une nuance plus sombre que les siens, aussi vive que le lapis-lazuli dont se paraient les dames Kémites. Elle murmurait des mots dans sa langue.

— Hé, ça va ? s’enquit Aenar en claquant des doigts près de son oreille.

La fillette mit quelques instants à s’extraire de sa contemplation. Elle cligna des paupières et bâilla sans retenue avant de se lover contre l’épaule de son porteur. Son absence était sans doute liée à la fatigue, imagina Aenar. Les enfants sont comme ça, on pense qu’ils n’arrêteront jamais, et ils tombent comme des mouches quand on ne l’espère plus.

Malgré tout, un léger malaise s’empara de lui. D’instinct, il soupesa sa musette, où le rubis était en sécurité. Une part de lui avait hâte de s’en défaire. Une autre était pétrie de la désagréable sensation d’être observé. Pourtant, les rues étaient désertes, à peine avaient-ils croisé un chien errant et un homme endormi dans une allée, enveloppé d’une couverture rongée aux mites. Non, cela n’avait rien à voir ; un fourmillement caractéristique s’immisçait dans ses doigts quand son instinct pressentait un danger. La fillette dormait déjà à poings fermés, elle ne sentit pas son geste en direction de Skaering. La présence de la hache apaisait toujours Aenar. Avec elle à son bras, il ne risquait rien, se rassura-t-il. 

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En route pour la fin de ce chapitre !

La main dans le sac 3/5

Vous avez manqué le volet 2/5 ? Il est là

Si Bastet avait assisté au massacre, elle avait jugé bon de s’en tenir à l’écart. Le chat ronronnait doucement contre Alaia. Elle contempla les joyaux épars et y vit l’occasion d’obtenir la clémence de Them. Si ça brille, ça vaut cher !

Ses pensées s’emballèrent : courir, prendre ce qu’elle pouvait et fuir pendant que le démon à la peau pâle était occupé ailleurs. Elle posa le chat et s’élança. Parmi les colliers, bracelets et anneaux, un superbe caillou écarlate, rond et poli, attira son attention. Magnifique et solitaire, d’une beauté incongrue sur la pierre sale du quai. Elle hésita, avant de reporter son intérêt sur un sautoir en or orné d’éclats bleu. Plus grand, plus cher. Alors qu’elle tendait la main vers lui, la gemme rouge s’illumina. Son halo flamboyant captiva Alaia. Elle brûlait d’envie de le toucher, son appel l’attirait comme la flamme d’une chandelle appâte le papillon.

« Viens, mon étincelle, viens à moi, je t’attends. »

L’ordre résonna dans son esprit, suave et étrangement familier. Des images épouvantables envahirent son esprit : un palais dont les tours effilées s’effondraient sous les flammes d’un brasier incontrôlable, le fracas assourdissant de milliers d’armes qui s’entrechoquent et l’air envahi de cendres et de hurlements inhumains. Enfin, la chute, la sensation trop réelle de tomber dans le vide.

Un feulement la tira de sa torpeur, suivi d’un coup de griffes sur les doigts. Surprise, Alaia recula la main avant de décoller du sol. Elle cria de terreur en croisant les yeux délavés du colosse qui la tenait par le col de sa tunique, dont les coutures déjà moribondes craquèrent sous l’étreinte.

— Oh, petite chose ! Pas touche !

Sous sa masse de cheveux blonds, le démon montrait figure humaine, malgré le sang Kémite qui maculait ses pommettes saillantes et son nez légèrement de travers. Son visage arborait une multitude de cicatrices blanchies par le temps, dont une plus marquée sur son front. La férocité qui émanait de lui contrastait cruellement avec son apparente jeunesse. Il fronça les sourcils et agita la hache près du visage d’Alaia en grognant. Celle-ci répondit par la seule stratégie de défense qu’elle connaissait : elle fondit en larmes, ses pieds battant désespérément dans le vide.

Le désarroi se peignit sur les traits bourrus de l’étranger. Suivi de la contrariété quand le chat entreprit de grimper le long de sa jambe.

— Ach, for porkker ! grogna le colosse.

Il posa Alaia et décrocha l’animal de sa chausse avant de le projeter à quelques pas. Offusqué, le félin cracha et s’éloigna en arquant le dos. L’homme rassembla son butin et referma sa besace, non sans avoir soigneusement examiné le joyau rouge, comme pour s’assurer qu’il n’était pas abîmé.

Alaia voulait partir, mais ses pieds ne lui obéissaient plus. L’inconnu se pencha vers elle.

— Toi. Arrête larmes. Retourne chez mama. Ja ?

— J’ai pas de maman, je sais pas où aller. Me frappe pas, s’il te plaît !

Le guerrier maugréa dans sa langue en se grattant la tête. Alaia se ratatina : allait-il la tuer comme ces hommes ? Finalement, il soupira et décréta d’un ton las :

— Allez, viens. J’emmène toi chez prêtres de… (Il hésita.) Vache ! Tu dors avec eux et tu arrêtes larmes. Compris ?

— Oui, promis… balbutia Alaia en ravalant ses pleurs.

Il ne projetait donc ni de la tuer ni de la battre ? Soulagée, elle essuya son nez dans sa tunique avant de glisser sa main dans la pogne du guerrier. Rugueuse comme du cuir, plus grande et forte que celle de Them, pourtant plus délicate autour de la sienne.

— Le chat ! s’exclama-t-elle soudain.

— Na ! Le galeux reste ici !

Ce dernier, nonchalamment étendu sur le flanc, procédait à sa toilette avec indifférence. Attristée, Alaia n’insista pas.

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En route pour le 4/5

La main dans le sac 2/5

Si vous préférez, commencez donc par le chapitre 1/5 !

Une fois son repas avalé, Alaia serra son compagnon dans ses bras, enfouit son nez dans la fourrure noire et respira son odeur : musc et poisson mort. Elle s’en fichait. Tout ce qui lui importait, c’était ne plus être seule dans la nuit. Un frisson lui parcourut alors l’échine.

— Viens, décida-t-elle, on va chercher un endroit où tu seras bien au chaud.

À dire vrai, elle ignorait où trouver un tel refuge, aussi se borna-t-elle à gagner le port. Avec de la chance, elle pourrait chiper une couverture et dormir dans un entrepôt sans être ennuyée par les soûlards sortis des infâmes maisons de bière des quais.

« Ne t’approche pas de ceux-là ! »

Les conseils de Them l’énervaient. Le simple fait de penser à lui l’irritait. Guidée par l’odeur du fleuve, elle se faufila à travers des rues aussi étroites que des coursives, franchit des porches minuscules, jusqu’à aboutir dans le chaos du port, amoncellement de maisonnettes et de greniers à grains, repères à mouettes et nids à rats. À cette heure-ci toutefois, le calme y régnait, à l’opposé de la fièvre des journées.

Parvenue à proximité des embarcadères, elle s’immobilisa et étreignit le chat un peu plus fort : un navire massif à l’allure sinistre dominait les bateaux de pêche kémites. Même avec sa voile repliée, d’un rouge grenat, il surpassait les frêles esquifs par la taille de sa coque. Alaia ignorait sa provenance, mais sa proue, un immense serpent de mer à la gueule béante, lui donna la chair-de-poule.

« Viens, petite étincelle ! »

Alaia sursauta. Le chaton feula avant de lover sa tête au creux de son épaule. Elle promena son regard un peu partout autour d’elle sans voir personne.

— C’était quoi ?

Elle se mordilla les lèvres avec angoisse. Son ouïe perçut bientôt des notes de musique émanant du navire étranger : plusieurs hommes chantaient au son d’un instrument à cordes. Alaia soupira de soulagement.

— On va se cacher dans les entrepôts, chuchota-t-elle à l’attention de son compagnon. Personne ne viendra nous déranger là-bas.

Les employés portuaires n’étaient pas du genre à rester éveillés pour en protéger l’accès. Alaia savait qu’elle pourrait facilement se glisser à leur insu dans l’un des bâtiments.

Alors qu’elle se coulait dans l’ombre des baraquements, elle entendit des bruits suspects et des voix provenant d’une ruelle. À la lueur d’une lampe à huile abandonnée sur le bord d’une lucarne, Alaia repéra quatre silhouettes. Intimidée, elle se pelotonna contre un mur et ne bougea plus.

Dagues brandies, trois hommes vêtus de pagnes et de châles en lin encerclaient un gigantesque étranger, dont les longues tresses blondes se détachaient dans la nuit.

Son torse massif disparaissait sous une carapace de cuir renforcée de métal. Alaia n’avait jamais rien vu de tel. Dans son dos reposait un bouclier rond et à son côté, une hache dont le tranchant luisait malgré la pénombre. Il patientait, la main tapotant une besace à bandoulière bien garnie.

— On sait ce que tu transportes, le sauvage. Remets-nous ton butin et on te laissera partir.

Du kémite local, mâtiné de l’accent du coin. De son côté, le géant sourit et rétorqua d’une voix caverneuse et traînante :

— Si vous tenez votre vie, vous partez. Je donne pas ça. Pas à vous.

— On est plus nombreux et t’as pas envie de te mettre la Confrérie à dos, insista le Kémite. Fais pas le malin.

La Confrérie.

Alaia frémit et se recroquevilla davantage. Them avait peur d’eux. Il prétendait ne craindre personne, mais sa voix tremblait quand il prononçait ce nom. L’étranger lui, ne se départait ni de son calme ni de son sourire.

— Il entrave même pas ce que tu racontes, s’énerva l’un des voleurs, servons-nous !

Sur ces mots, il se précipita sur le colosse, la dague tendue vers sa cuisse. Celui-ci se contenta de saisir le bras et de le retourner. Alaia entendit craquer les os de l’épaule. Avec un grognement de douleur, le Kémite lâcha son arme, la surprise et l’incompréhension se reflétant dans ses iris. D’un ample mouvement, l’étranger leva haut la hache.

Alaia ferma les yeux. Le hurlement s’éteignit dans un bruit écœurant de métal qui pénètre la chair. Dans ses bras, le chat restait immobile, indifférent à toute cette agitation. Elle le sentit ronronner contre elle, mais se garda d’ouvrir les paupières. À quelques pas, la rixe se poursuivait sous un tombereau d’insultes et de cris.

Finalement, la curiosité l’emporta. Elle risqua un regard, vit le colosse empoigner les cheveux de l’un de ses adversaires et lui fracasser la mâchoire contre son genou levé. Des dents volèrent autour des deux combattants et du sang éclaboussa l’étranger.

— Dum Kahël ! exulta-t-il, hilare.

Terrorisée, Alaia aperçut le troisième larron tenter de frapper le géant par sa droite. Hélas pour lui, rien ne semblait échapper à la vigilance de ce monstre. Il n’eut qu’à pivoter et la dague glissa sur l’armure, ne réussissant qu’à s’accrocher à la lanière de la besace, la sectionnant net. Le contenu du sac tomba par terre et dans un bruit désagréable, un coffret de bois se brisa sous l’impact.

Alaia vit briller l’or et les gemmes quand une avalanche de bijoux se répandit sur le ponton.

— Ach, braend im Hilverde ! Dom !

Nul besoin de connaître sa langue pour comprendre que l’homme était furieux. D’un coup rageur, il fendit le crâne du malheureux qui titubait devant lui, les mains crispées sur ses maxillaires. Puis il dégagea son arme ensanglantée et se tourna vers le dernier sicaire. Mû par la terreur, celui-ci s’enfuit avec sagesse.

Alaia éprouva un bref soulagement. Jamais elle n’avait assisté à un tel déferlement de violence et elle en venait à plaindre ces pauvres hères.

— Flyven, Skaering, entendit-elle.

Elle se mordit la lèvre pour ne pas crier quand l’homme projeta sa hache. Dans un sifflement lugubre, celle-ci se ficha dans le dos du bandit. L’infortuné s’effondra dans la poussière.

— Bastet, supplia-t-il, protège-moi, par pitié.

Déjà l’étranger marchait dans sa direction. Il posa son pied sur le dos de son adversaire et en extirpa son arme avec autant de désinvolture que s’il avait fendu une bûche. Un flot de sang accompagna son geste et les prières cessèrent.

La main dans le sac - l'homme à la hache- Le Cycle du Dieu Noir

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En route pour la suite (3/5)


Voyager sereinement en Kemet

Aujourd’hui, je laisse la parole à Corina, voyageuse insatiable et chroniqueuse pour la revue Conquêtes et cultures, numéro un des ventes sur l’archipel de Minos. Corina va nous expliquer comment voyager sereinement en Kemet, profiter des meilleures adresses et s’intégrer en toute subtilité à la population. Son article du jour: le « bien manger ». J’en salive d’avance !

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À toi Corina !

Que manger lorsqu’on voyage en terre étrangère ?

Il y a des étapes essentielles quand on voyage : découvrir les joyaux architecturaux, les piller, savoir comment se comporter avec les autochtones et trouver de quoi satisfaire son appétit ou simplement sa curiosité culinaire. En tant que chroniqueuse influente pour Conquêtes et cultures, j’ai la chance de voir du pays et de pouvoir vous conseiller au mieux durant vos pérégrinations.

Vous venez d'arriver en Kemet et vous êtes curieux de goûter les spécialités locales ? Ne cherchez plus, voici mes astuces pour bien manger sur les terres de Pharaon
J’ai déjà faim, pas vous?

Le Kemet, terre de saveurs et de couleurs

Après un long périple sur les étendues limpides de la Grande Verte, la première chose que vous noterez en accostant sur les côtes Kémites, c’est leur luxuriance. Les contes dépeignent souvent cette contrée comme une terre désertique, où les héros agonisants rampent le long des dunes ocre de Décheret, « le désert rouge », jusqu’à ce que Nebetou, la déesse protectrice des voyageurs ne leur vienne en aide.

Leurs auteurs oublient de décrire les innombrables nuances de vert qui accueillent les visiteurs dès leur arrivée au port d’Aqabir. Car aucun pays ne peut s’enorgueillir de posséder une terre plus riche, plus fertile que celle du Ventre-de-la-Vache. C’est à cet endroit, irrigué par Neilos, le fleuve dieu, que les récoltes sont les plus prolifiques. Hathor, la dame des cultures, oeuvre main dans la main avec Neilos pour nourrir le peuple Kémite et leur prodiguer des aliments variés et délicieux.

Les aliments préférés des Kémites

Légumineuses et céréales, les bases de l'alimentation kémite. Guide pour voyager sereinement en Kemet

Les basiques | Céréales

Le Kemet est un des plus grands producteurs de céréales, du blé principalement, mais aussi de l’orge du seigle ou de l’avoine. Un des en-cas les plus courants et accessibles est un pain compact et plat à base d’orge et d’amidonnier que vous trouverez aisément sur tous les étals. Alors, je l’ai goûté – je suis une chroniqueuse sérieuse – et on ne va pas se mentir, ce n’est clairement pas le met le plus savoureux que j’ai mangé dans ma vie. Néanmoins, il tient au corps et ne vaut qu’un deben de cuivre la miche.

Si vous avez une petite soif (vous aurez forcément une petite soif par cette fournaise!) et que vous en avez assez de l’eau tiède, je ne saurais trop vous conseiller une coupe de heneqet, petite bière d’orge sans prétention, mais très rafraîchissante. Il est courant de voir les ouvriers se rassembler après une journée de travail pour la déguster à l’ombre d’un figuier. C’est une bière pour le peuple, mais il y a un côté très immersif à la déguster tout en faisant le tour des échoppes.

Où trouver de la bière? C’est un peu la boisson nationale, on la consomme en toutes circonstances, et ce qu’importe le niveau social. Les Kémites la surnomment leur « pain liquide » et toutes les maisons de détente en proposent. On appelle ces établissements des maisons de bière. Pour les localiser, chercher la mention « du pain et de la bière » sur les enseignes.

Les fruits et légumes

Les Kémites sont friands de préparations mijotées à base de légumineuses. S’ils adorent les lentilles, ils ne rechignent pas non plus à consommer des fèves, des pois-chiches, des petits pois. Ils aiment y mêler de l’ail, des oignons, du chou, des poireaux, mais aussi des radis, du lotus ou de la fleur-du-roi, cette plante qui pullule au bord du Neilos.

J’ai goûté un succulent écrasé de concombre, huile d’olive, oignons et pois-chiche dans un roulé de feuille de laitue croquante. Un régal !

Plus onéreux, mais savoureux, vous pourrez vous procurer sur les marchés « haut-de-gamme » des fruits comme du raisin, des dattes confites au miel, de la grenade (excessivement cher!), des figues, de la pastèque et des melons gorgés de soleil.

La viande

Sujet épineux que la viande en Kemet. Certaines sont autorisées, d’autres font l’objet de tabous. Vous pourrez vous régaler d’œufs, de brochettes de mouton grillé, de volaille et de porc sans grande difficulté. Attention néanmoins aux périodes de fêtes religieuses – elles sont légions en Kemet : durant ces journées, le végétarisme est de rigueur pour tous ceux qui foulent la Terre Noire. Il faut également savoir que nombre de Kémites refusent de consommer de la viande au quotidien, pour éviter de froisser les dieux.

Heureusement, le poisson ne fait l’objet d’aucun tabou. Le plus fréquent dans les assiettes est le mulet, prisé pour sa chair et ses œufs. On le sert séché, confit, grillé, mariné, mijoté.

Outarakhon: cette recette m’a été servie lors d’un déjeuner aux Coffres d’Ouadjour, la plus grande place marchande de Djedou. Il s’agit d’une poche d’œufs de mulet ( les gonades femelles, quoi!), salée et séchée, accompagnée de laitue fraîche. En dehors de l’aspect déroutant, ce plat est succulent. Et je dois dire que l’atmosphère du lieu a beaucoup contribué à faire de ce repas un moment exceptionnel. Ajoutez à cela quelques coupes de seremet ( la bière de dattes) et vous avez tous les ingrédients pour une journée idéale.

Les impairs à éviter

Si vous avez préparé convenablement votre voyage, vous savez certainement que le peuple de Kemet est zoolâtre. Selon la nome (ils nomment – jeu de mots!– leurs provinces ainsi) où vous vous trouvez, il est strictement interdit de mettre à mort ou de consommer la chair de certains animaux. Un exemple: Djedou se trouve sur la nome de l’Aigle, sous le protectorat d’Ishtar. Vous vous dites sûrement: Bon, ça ne risque rien, je ne compte pas chasser l’aigle durant mon voyage. Mais attention: Ishtar est aussi connue pour ses chevaux à la robe d’or sur lesquels elle traverse le désert au grand galop. Donc, si vous ne voulez pas finir démembré en place publique, ne vous faites pas prendre en train d’acheter ou de manger de la viande équine, mes chéris ! Conseil d’amie.

Amis minoens qui me lisez fidèlement: je sais que comme moi, vous adorez la viande d’âne séchée accompagnée de tomates confites et de fromage de brebis. Ne vous laissez pas aller à en consommer en Kemet, sous aucun prétexte. Les ânes sont des offrandes pour Set, surtout si leur robe est noire. Mieux vaut ne pas s’attirer de problème. Ne me demandez pas pourquoi le roi des dieux Kémites affectionne les ânes, je n’ai pas eu l’occasion (ni l’envie) d’aller interroger un prêtre de Set à ce sujet.

Les mets réservés à l’élite

Le grenade, le fruit des rois. Guide pour voyager sereinement en Kemet
Les grenades, fruits des rois et des reines

Eh oui mes chéris ! Corina a ses entrées dans les plus prestigieuses maisons. J’ai adoré profiter du confort de la demeure de mon grand ami Kleios. C’est un proche du nomarque, mais c’est avant tout quelqu’un de très humble. J’ai pu déguster en toute quiétude des vins de dattes et d’orge absolument divins. Comme nous n’étions pas en période de végétarisme, il m’a fait goûter une viande de bœuf marinée dans des épices et du miel. C’était… déroutant. Sur Minos, nous ne cuisinons pas la viande rouge de cette façon. D’ailleurs, nous la cuisinons rarement. Kleios m’a expliqué que Kemet considère les bovins comme les enfants d’Hathor. Leur viande est certes sacrée, mais Hathor est la déesse de l’abondance et de la fertilité. Elle leur offre la chair de ses enfants avec amour. C’est une belle histoire, je trouve.

Pour clore le repas, nous avons bu une délicate infusion de menthe rehaussée de gingembre en dégustant de sympathiques souchet, des petit gâteaux coniques à base de miel et de rhizomes de fleur-du-roi. Je pense qu’on peut la reproduire chez nous avec des rhizomes de roseaux.

Alors, mes chéris, j’espère que vous avez apprécié ce petit tour culinaire en ma compagnie ! J’espère que vous ferez de belles découvertes durant votre séjour et surtout, n’oubliez pas de tout bien noter pour votre rapport votre carnet de voyage.

Affectueusement.

Voyager sereinement en Kemet par la chroniqueuse Corine
Corina, chroniqueuse influente pour la revue Conquêtes et cultures et maîtresse-espionne de l’Académie de Minos

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La main dans le sac 1/5

Le Cycle du Dieu Noir, roman-feuilleton
dark-fantasy

Titre de la saison 1 : Les enfants de Djedou

Au royaume de Kemet, les destins croisés d’un guerrier venu d’au-delà les mers et d’une jeune voleuse des rues, tous deux prisonniers d’une toile qu’Ishtar, déesse assoiffée de vengeance, a tissé pour eux. À leur insu, Aenar et Alaia pourraient bien attirer sur eux l’attention du redoutable Set. Mais les plans de la déesse ne risquent-ils pas d’entraîner des conséquences plus graves encore ?

Synopsis de l’épisode:

Aenar a un objectif : livrer discrètement une gemme à une cliente ; sûrement pas de s’occuper d’une gosse perdue. Pourtant elle est là, et en prime elle essaye de lui voler son butin. Le pirate n’est pas un monstre, il dépose Alaia à l’abri pour la nuit. Mais par les dieux, pourquoi la guigne s’acharne-t-elle désormais sur lui ?

Le Cycle du Dieu Noir - Le port de Djedou
Le port de Djedou, où se situe notre action. Carte réalisée par Steph.D

Première partie

La nuit tombait sur la Ruche. La chaleur accablante de la journée laissait place à la fraîcheur du crépuscule, lequel nimbait progressivement les murs en terre cuite des maisons d’un camaïeu d’ombres inquiétantes. À tout instant, Alaia redoutait de voir surgir d’horribles créatures tapies dans les ruelles, derrière les replis des tentures des échoppes.

L’enfant se frotta les paupières. Depuis combien de temps marchait-elle à la recherche de ses camarades ? Them lui avait pourtant ordonné de rester cachée, de se contenter de regarder, mais l’attente s’était révélée trop longue pour elle.

Elle s’ennuyait vite. Merit disait que c’était normal, qu’elle était « trop jeune pour le boulot », ce à quoi Them lui répondait de se taire ; lui seul en jugeait.

Alaia le détestait. Il était méchant, constamment de mauvaise humeur. Il la traînait chaque jour derrière lui comme un poids mort. Parfois, il lui pinçait le bras très fort ou lui tirait l’oreille quand elle n’écoutait pas.

« Tu me dois tout, espèce d’ingrate ! répétait-il. Si tu veux manger, t’as intérêt à apprendre fissa ! »

L’apprentissage selon le garçon revenait à dérober leur bourse aux badauds. Lui-même excellait à cet exercice, mais se montrait piètre professeur. Alaia aurait préféré rester avec Merit, plus gentille, malheureusement Them refusait. Et Them était le chef. Un chef qui criait tout le temps, surtout le soir, quand tout le monde se rassemblait dans le terrier. Sa main, délicate quand elle fouillait les affaires des gens, devenait brique lorsqu’elle distribuait les coups.

Aujourd’hui, elle aurait dû lui obéir, se tenir tranquille derrière les jarres d’huile du vieux Kop et le regarder œuvrer, mais elle avait remarqué ce joli lézard se faufiler sur un mur chauffé par le soleil et n’avait pas pu résister à l’envie de l’attraper.

La vitesse du reptile l’avait surprise ; à peine parvenait-elle à l’effleurer qu’il reprenait sa course. Pour autant, ses yeux ne lâchaient pas leur proie. Sa vue était excellente, de jour comme de nuit, et Them l’encourageait à profiter de ce don. C’était comme un exercice après tout…

Finalement, le lézard avait disparu entre deux briques en terre crue, la laissant frustrée et surtout perdue. D’habitude, elle se contentait de suivre Them ; à présent, les rues lui paraissaient immenses, les allées innombrables et bruyantes. Comment le retrouverait-elle ? Il allait encore s’énerver. À cette pensée, son nez se mit à couler, des larmes embuèrent ses yeux. Elle glissa son pouce dans sa bouche et arpenta la Ruche en pleurnichant, à bonne distance des marchands qui, à cette heure avancée, commençaient à ranger leurs étals.

« Tu ne dois pas t’approcher d’eux, pas maintenant, avait expliqué Them, ces gens n’ont que des coups de bâton à t’offrir, voire pire. »

Parfois, Alaia écoutait ses conseils.

Maintenant, il faisait noir et elle sentait son cœur battre à tout rompre. Elle risquait de mourir dévorée par un monstre aux aguets et en plus, elle avait les pieds en feu et l’estomac dans les talons.

Une odeur de vase parvint à ses narines : les effluves du Neilos, comprit-elle. Elle se dirigeait vers le port, l’un des pires quartiers de la ville. Un rire gras résonna dans une allée toute proche ; d’instinct, elle rasa les murs.

Des flambeaux éclairaient la façade d’une maison devant laquelle se pressaient des silhouettes effrayantes. Sur le perron, des femmes dévêtues les accueillaient avec des sourires et des postures étranges. Les visiteurs se collaient à elles et les embrassaient goulûment sur les lèvres. C’était dégoûtant, comme lorsque Nizul explorait la bouche de Merit avec sa langue.

Alaia bâilla et son estomac enchérit en gargouillant. Elle n’avait rien avalé de la journée. Peut-être qu’une de ces dames accepterait de l’aider ? Alaia s’approcha de la maison, avisant une jeune fille copieusement fardée. Comme elle était jolie ! s’extasia-t-elle.

Sitôt qu’elle l’aperçut, la beauté écarquilla les yeux et la poussa dans l’ombre d’une ruelle.

— File ! la houspilla-t-elle. Allez, fiche le camp d’ici !

Aussi méchante que Them…

Vexée, Alaia tira la langue et s’enfuit sans demander son reste. Soudain, elle se figea : un bruit suspect s’échappait d’un tas d’immondices au fond de la rue. Elle sursauta quand, en un éclair, une ombre toute de poils et de griffes jaillit devant elle dans un éboulis de déchets. Le cœur d’Alaia fit des bonds dans sa poitrine à l’idée d’un monstre s’arrachant aux ténèbres pour la dévorer toute crue. Son cri mourut au fond de sa gorge à l’instant où la créature terrifiante poussa un feulement presque inaudible, se révélant n’être qu’un minuscule chat noir à la queue ébouriffée de surprise.

Sa peur oubliée, elle souffla, s’accroupit et appela d’une voix douce :

— Oh, tu es tellement mignon… Viens, j’te veux pas de mal, sois gentil.

Elle offrit sa main ; l’animal la considéra avec distance avant de tendre le museau pour humer son odeur. Il frotta sa tête contre les doigts et se mit à ronronner. Comme la plupart des chats à Djedou, il ne craignait pas les humains. Merit racontait souvent des histoires formidables sur les enfants de Bastet, la dame de la chance.

« La protectrice des gens comme nous, disait-elle. Pour ne pas s’attirer la mauvaise fortune, les Kémites prennent soin des enfants de Bastet, bien plus que de leurs nécessiteux. »

Affamée, Alaia scruta le tas de déchets et entreprit de le fouiller, priant la déesse d’y trouver de la nourriture. Elle poussa un cri de joie en dénichant des pelures de légumes ainsi qu’un vieux morceau de pain rassis au milieu d’entrailles de poisson puantes. La chance lui souriait, en effet.

— Merci, dit-elle au chat en espérant que sa divine mère l’entende.

L’animal, les pupilles fendues de plaisir, se frotta contre ses jambes couvertes d’écorchures.

Le Cycle du Dieu Noir épisode 1 - l'homme à la hache - la main dans le sac

Lire La main dans le sac 2/5

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Mermay #2 | Ces outils qu’on ne maîtrise pas

Mermay 2 - tester des outils qu'on ne maîtrise pas

Bienvenue pour ce deuxième jour du Mermay. Si vous n’avez pas vu le jour 1, je vous invite à cliquer ici.

Ce matin, après avoir fini mon travail, je me suis attaquée à la sirène du jour. Je n’avais pas la moindre idée de ce que je voulais en dehors du fait que je la voyais assez grande. Et après quelques traits de crayon, j’ai jeté un coup d’œil torve vers mon ennemi, ma Némésis, rangé dans un pot avec tous mes feutres : le pocket brush pen de chez Pentel.

Le monde se divise en deux catégories: ceux qui savent utiliser le brush et ceux qui rament.

Pour ceux qui ne voient absolument pas de quoi il s’agit, c’est un stylo à encre de Chine dont la pointe est un pinceau effilé. Quand on le maîtrise, on obtient des lignes gracieuses, élégantes, régulières, des courbes propres, comme une calligraphie japonaise. Quand on n’en maîtrise pas l’usage, en revanche, on fait de bien jolis pâtés !

J’appartiens à la deuxième catégorie. Pourtant, ce n’est pas faute d’essayer de l’apprivoiser. Combien de jolis dessins ai-je ruiné en voulant faire mon line au brush pen, je ne saurais le dire, mais beaucoup. Beaucoup.

Ce matin, je me suis rappelée que je suis dans un sketchbook, et que le principe du carnet de croquis, c’est de pratiquer sans jugement. Je me suis emparée sans crainte du pocket brush pen maudit et j’ai fait tout mon dessin avec.

Mermay 2019 jour 2 sirène d'algues
cof

Que dire? Certaines lignes sont tremblantes, malaisées, gauches, mais dans l’ensemble, c’est pas trop mal. Et globalement, j’ai passé un moment agréable à tester les épaisseurs, la pression. Donc, on va recommencer, c’est clair.

Et vous, y a-t-il des outils ou des exercices que vous avez peur d’essayer parce que vous vous êtes convaincus que vous n’y parviendriez pas ? Et si vous retentiez le coup juste pour voir?

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Mermay 2019 |lâcher prise dans son sketchbook

Mon dieu ! Pardon pour cet article improvisé, mais l’heure est grave ! Nous sommes le 1er mai et je commence à voir sur les réseaux sociaux une invasion de sirènes magnifiques et colorées. Le mermay vient de commencer et j’avais totalement oublié.

Mermay 2019

Mermay ? Kékecé?

C’est un challenge annuel qui se déroule tout au long du mois de mai et invite les artistes à dessiner une sirène par jour. Un peu comme Inktober au mois d’octobre.

Il faut bien l’avouer: dessiner des sirènes, c’est cool ! Mais un dessin par jour, c’est un sacré défi. Je ne sais pas si je pourrai le relever intégralement, mais je vais au moins en dessiner quelques unes et ce sera l’occasion pour moi d’expérimenter le lâcher prise.

Le danger des challenges artistiques

Avec la puissance des réseaux sociaux, on est vite submergés par l’avalanche de sublimes dessins pendant les mois de mai et octobre. Et pour une perfectionniste comme moi, on en vient vite à l’ennemi ultime de l’artiste: la comparaison. En général, elle est en notre défaveur et nous pousse à l’abandon. les autres font toujours mieux, ils ont plus de likes, plus de réactions et on se sent dévalorisé.

C’est un peu pour ça que j’ai foiré mes 2 derniers inktober, en plus de l’épuisement.

Lâcher prise et prendre plaisir à dessiner

Vous verrez souvent cette formule « prendre du plaisir » dans mes articles. C’est vraiment un truc sur lequel je travaille, pour que mon métier d’artiste reste une joie et ne devienne pas une corvée comme mon job actuel.

C’est aussi pour ça que je vais privilégier le blog pour partager Mermay. La course aux likes m’épuise et me stresse. Les publications disparaissent et se perdent dans les méandres des algorithmes. Ce blog est là, il vous attend si vous avez envie d’y venir.

Voici donc sous vos yeux ébahis, ma première contribution à Mermay

Mermay 2019
Ne sont-elles pas choux avec leurs petits crocs de lait ?

Dans le genre, j’accepte les erreurs pour ce qu’elles sont, je vous montre aussi la conséquence d’un séchage au sèche-cheveux mal maîtrisé sur mon sketchbook tout neuf ^^

Mermay 2019
Ceci est une grooosse coulure ! Je n’ai raté aucune page ^^

Il y a quelques années, j’aurais probablement considéré ça comme la fin pour mon carnet. Aujourd’hui, ça me fait sourire. Après tout, ce n’est qu’une cicatrice de guerre colorée.

Et vous ? Tentés par le défi ? Vous faites Mermay, vous aussi ? Rien ne vous empêche d’écrire des micro nouvelles si votre truc, c’est plutôt l’écriture. L’essentiel est de booster sa créativité.

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Blog |Comment retrouver plaisir à écrire

Disclaimer: ceci n’est pas un article clé en main avec une liste de réponses toutes prêtes. C’est le fruit de mes questionnements sur le plaisir d’écrire et il évoluera certainement au fil de mes apprentissages.

Aemarielle

Ces derniers temps, j’ai eu beaucoup de mal à me poser devant mon blog pour écrire. J’ouvre mon éditeur, je respire, j’étire mes doigts et rien. Le blanc. Je crée des brouillons, je note des titres, mais en revenant dessus, je tique : rien ne m’inspire.

— Reviens dessus plus tard, ça ira mieux, me dis-je. Tiens, si je cherchais des articles inspirants pour m’aider ?

Après un plongeon dans l’océan des épingles Pinterest, je m’y remets. Mais chaque fois, le phénomène se reproduit. Que dire ? Quel thème aborder de façon « smart » et originale pour procurer à mes lecteurices le contenu passionnant qu’ils sont en droit d’espérer en échange de leur attention ?

Et puis qui le lira de toute façon ? Et puis je sais pas quoi raconter d’intéressant.

Comment retrouver plaisir à écrire sur son blog

Quand trop de théorie tue l’inspiration

Revenons à mon objectif de départ. Je veux devenir artiste à temps plein, vivre de mes créations, et pour cela, il vaudrait mieux que les gens puissent me trouver et voir ce que je propose. Un site solide est un indispensable. J’ai donc commencé par de la recherche. J’ai lu des blogs, regardé des vidéos sur Youtube, observé ce que font les autres. Les bases, je les connais. Je sais qu’il est important d’être soi, mais de penser SEO, mots-clés, de prendre de belles photos, et surtout : apporter de la valeur.

Parfait.

Et une fois que je sais tout ça, je fais quoi ?

C’est quoi de la valeur ?

Après une semaine de recherche « procrastinatoire » dans les méandres de Pinterest, une version résumée du terme valeur correspondrait à :

Problème – besoin – solution (technique de vente niveau maternelle)

Le commercial compétent discute avec son client, lui pose des questions, soulève un problème, découvre un besoin et apporte une solution. Si tout se passe comme il veut, il vend. Sinon, le client « va réfléchir » (spoiler: il ne reviendra jamais). Le grand internet regorge de blogs qui vont m’expliquer pourquoi c’est important de connaître sa cible, créer une landing page, de growing ma mailing list, de créer des appels à l’action, d’optimiser mes épingles pour Pinterest et surtout de créer une formation en ligne pour générer des revenus passifs sur mon blog.

Euh non, ce ne sont pas les articles que je lis ^^

Je vais être honnête : je dévore un nombre incalculable de ce genre d’articles. Pourquoi je m’inflige ça ? Parce que je prends mon activité à cœur. Je veux vous offrir un contenu sympa, échanger avec vous, mais encore faut-il que vous me distinguiez dans la masse de créateurs de contenus. Voilà pourquoi je me forme et pourquoi je cherche des articles sur le sujet.

Sauf qu’ils ne répondent pas à ma problématique : j’écris des textes, je crée des illustrations, je baigne dans un univers et j’ai envie de rassembler des personnes qui partagent mes centres d’intérêts, mes valeurs. Et s’ielles ont envie d’acquérir mes dessins, c’est encore plus cool. Alors oui, je veux des clients (il faut bien vivre, ma bonne dame!), mais pas uniquement.

Et non, je n’ai pas envie de créer des formations en ligne sur l’art de tenir son crayon ou de gérer une composition juste pour enrichir ma mailing list. Et surtout, j’ai très peu de conseils à donner sur le plan technique.

Je n’ai pas non plus envie de rédiger des articles en mode liste : 6 conseils pour ceci, 10 erreurs à ne pas faire, les 25 règles pour bien écrire sur ton blog, les 10 fournitures essentielles pour commencer le dessin.

Je ne suis pas une commerciale, je suis une artiiiiste, moa !

Partiellement faux.

En choisissant de devenir artiste professionnelle, j’ai créé une entreprise individuelle. J’ai donc mis un pied dans l’entreprenariat et de ce fait, mon travail ne peut pas se cantonner à créer. Même si je dessine 8 heures par jour, si personne ne me voit, je vais vite faire face à un problème qu’on appelle l’argent. J’ai donc besoin de ressources qui soient adaptées aux artistes-auteurs et pas aux coachs, rédacteurs web ou community managers freelance.

Mais ne pas détenir ces ressources ne veut pas dire que je ne peux pas expérimenter en attendant. Alors qu’est-ce qui bloque ?

Le perfectionnisme 

Toujours le bon vieux perfectionnisme. Nan, mais je vais attendre, chercher encore, je vais bien finir par trouver l’article magique, la recette pour bien communiquer en tant qu’artiste. Et là, j’écrirai mes supers articles trop bien calibrés pour le SEO (il faudra que je vous parle de Yoast SEO, ma Némésis !) et je les partagerai sur les réseaux sociaux avec des visuels au top ! Et la vie sera parfaite, le trafic de mon site explosera comme jamais et les ventes afflueront.

Ou alors, je pourrais juste arrêter de me remplir la tête de conseils et juste écrire ce qui me fait vibrer. Commencer maintenant, même si mon blog n’est pas encore parfaitement à l’image que je souhaite, créer mes propres ressources, partir en quête d’infos et les partager. Faire des erreurs, les corriger, accepter que développer une communauté prend du temps et des efforts. Et surtout : ne pas me décourager.

Mes actions immédiates :

  • Ecrire cet article !
  • Poster cet article et ne pas l’oublier dans mes brouillons

Mes actions en cours :

  • Créer mon identité visuelle
  • Créer mon portfolio pour l’emmener aux Imaginales avec moi

Je vais créer J’ai créé une nouvelle catégorie pour le blog qui s’appellera Artpreneuriat. J’y partagerai mes trouvailles, mes expériences et des ressources pour les artistes qui veulent développer leur activité sereinement.

Et vous ? Quel est votre rapport avec votre blog ? Vous l’aimez, vous le détestez ? Vous l’avez abandonné ?

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