Créer de la valeur à tout prix | ou comment flinguer sa créativité

par | Juin 11, 2021 | Cultiver sa créativité | 6 commentaires

Il y a quelques jours, j’ai participé à un échange passionnant avec des membres du Cercle des Créateurs. Le sujet : les difficultés que rencontrent les artistes et créateurs à créer de la valeur pour leur audience dans leur communication.

La discussion est partie d’une réflexion de Josh Spector, l’auteur de For the Interested, un blog et une newsletter sur l’art de trouver son audience. Je lis les contenus de Josh Spector avec intérêt depuis longtemps et voici ce qu’il expliquait :

Une erreur classique que je vois dans les newsletters et ce que vous pouvez faire à la place : vous créez une newsletter pour faire grandir votre audience, mais la newsletter tourne autour de vous et de votre travail. Les gens qui ne vous connaissent pas s’en fichent. Votre audience n’augmentera pas.
À la place… Créez une newsletter sur un sujet qui intéresse votre cible. Cela attirera des gens et votre newsletter vous donnera l’opportunité de vous présenter vous et votre travail.
Cette newsletter (si elle est bien) fera grandir votre audience.
Par exemple, une autrice qui écrit des romans de science-fiction ne devrait pas lancer une newsletter axée sur elle et ses romans. Elle devrait plutôt lancer une newsletter autour des romans de science-fiction en général. Cela attirera des personnes intéressées par les romans de science-fiction qui découvriront alors le travail de l’autrice.

Je comprends le raisonnement de Josh Spector. Il n’y a rien de plus ennuyeux que les gens qui ne parlent que d’eux en mode « moi, ma vie, mon œuvre, mes succès, mes vacances ». Pourtant je ne suis pas d’accord avec son texte.

À trop vouloir créer de la valeur, réfléchir au poids intellectuel de nos contenus, à leur pertinence, on grippe notre moteur à idées et on perd le plaisir de créer.

Depuis que j’ai lancé mon activité d’artiste, la question de faire connaître mon travail à mon audience se pose quotidiennement. En m’intéressant aux contenus susceptibles de m’aider à développer ma communauté, me rendre plus visible, je me suis heurtée à trois écueils :

Pour attirer des visiteurs et leur donner envie de rester, il faut :

  • créer de la valeur;
  • se nicher;
  • ne parler que de sujets qui intéressent son audience, pas forcément soi.

Ça paraît logique en effet. Je vois bien que les blogs qui attirent le plus de visiteurs abordent des thèmes ultra restreints qu’ils explorent de fond en comble ; à la fois pour résoudre les problèmes de leur audience et se positionner sur des mots-clés qui cartonnent. C’est pour ça que les articles intitulés 7 conseils pour, 7 erreurs à ne plus faire pour fonctionnent si bien. Ils appuient sur des problèmes que rencontrent les gens et auxquels les moteurs de recherches fournissent des solutions en 1500 mots SEO friendly.

Mais concrètement, quel problème résout un.e artiste ?

Comment évaluer la valeur qu’il ou elle apporte à son public ?

Doit-on se forcer à écrire ou enregistrer des contenus qui ne nous parlent pas juste pour être certain d’attirer des clients potentiels ?

Doit-on appliquer le même raisonnement à la création artistique qu’à des blogs sur le business ?

Comment créer de la valeur quand on est artiste ?

Si je me fie aux explications des spécialistes du web marketing, il s’agit de proposer une expérience qui va transformer ton visiteur. Ce dernier ne doit plus être tout à fait la même personne après avoir consommé ton contenu.

Rien que ça.

Tu dois aider ton audience, lui apporter des solutions, l’aider à grandir…

Quelle pression !

Si je reprends l’exemple de Josh Spector et que je l’applique à mon activité, je ne devrais pas écrire d’articles ou de newsletter qui parlent de moi ou de mon travail, mais aborder l’art ou la fantasy en général pour attirer mon audience et lui faire découvrir mon travail. Cela peut effectivement m’arriver de parler de lectures qui m’ont inspirée, de séries que j’ai aimées.

Mais ne faire que ça ? Franchement, aucune envie.

Plus je me creuse la tête pour créer de la valeur, trouver des idées de contenus « nichés », optimisés pour mon audience, moins j’ai envie de les écrire.

Faut-il à tout prix créer de la valeur en tant qu'artiste - épingle Pinterest

Se nicher, ça veut dire quoi ?

Une niche est un sujet très précis, qui va attirer un public spécifique, peu nombreux, mais hyper intéressé par le sujet.

(Un exemple de blog niché qui cartonne c’est JDR-Mania, qui traite du jeu de rôle sous toutes ses formes. Une mine de ressources créées par un passionné de JDR pour joueurs et MJ débutants ou confirmés.)

À qui doit-on parler en vrai ?

De mon côté, vu que l’aquarelle est ma spécialité, j’aurais pu me nicher et ne faire que des articles conseils autour de l’aquarelle. J’aurais utilisé tout le champ sémantique autour de l’aquarelle pour créer de la valeur à la fois pour mon public et pour les moteurs de recherche.
Sauf que je ne me sens pas l’âme d’une prof d’aquarelle et je n’ai pas prévu de vendre des cours d’aquarelle, même si on me répète que c’est une très bonne solution pour des revenus supplémentaires.
Si je me force à créer une formation sur ce thème, elle sera médiocre.

(Et si je dois donner des cours un jour, alors ce sera en ateliers présentiels, parce que c’est beaucoup plus amusant à mes yeux que les e-learning.)

Je pourrais vendre des formations en ligne pour expliquer aux artistes comment vivre de leur travail et nicher mon blog en conséquence. Mais ça ne me fait pas vibrer. Inspirer oui, coacher non.

Pas plus que de faire de la curation d’actualités artistiques ou de fantasy francophone.

À quoi j’aspire en tant qu’artiste indépendante

Je crée des choses, je blogue, j’écris une newsletter, je suis entrepreneuse. Et j’aime plein de trucs, de l’aquarelle au jdr en passant par les carnets de notes et le marketing de contenu !

J’aspire à vendre mes illustrations à des personnes qui y sont sensibles, qui aiment mon style, ma patte. J’aime l’idée d’inspirer aux autres l’envie de se lancer dans une discipline créative, quelle qu’elle soit. Ça me plaît de raconter les petits secrets derrière mes aquarelles.

Oui, je parle de moi, de ce que je crée, pourquoi je le fais. Dans la mesure de mes moyens, j’essaye de créer de la valeur grâce à mes articles, dans mes emails : celle de l’expérience, du vécu. Mais surtout je veux rester moi-même.

On peut utiliser notre vécu pour créer de la valeur

Un socle essentiel pour un.e artiste qui voudrait lancer son blog aujourd’hui : ne pas se forcer à être autre chose que soi. On met beaucoup de choses dans le mot valeur aujourd’hui, mais notre travail en lui-même porte de la valeur : les émotions qu’il suscite.

Ces émotions sont intimement liées à notre sincérité, à la passion qui nous anime et à l’envie de créer des choses qui nous ressemblent. J’aime beaucoup lire des passionnés comme sur D’Ecaille et de Plume, par exemple. Un blog qui explore des sujets variés avec beaucoup de soin.

Relativisons les choses

Créer de la valeur ne signifie pas bouleverser l’ordre établi, changer le point de vue de ses lecteurs sur un sujet. Ne posons pas des attentes irréalistes sur nos contenus. Leur valeur se traduit par l’email que tu reçois de la part d’une lectrice qui a aimé ce que tu as écrit, ce que tu as peint ; qui s’est senti proche de toi parce que tu as partagé une anecdote personnelle en résonnance avec sa propre expérience.

Cet article n’est pas dans une ligne éditoriale art et fantasy, ça ne m’empêche pas de le partager ici. Parce que ce thème me fait réfléchir, me fait peur aussi parfois. J’ai peur de ne pas trouver suffisamment de clients pour ma boutique, de ne jamais rencontrer mon public, de ne pas réussir à vivre de mon art. Alors j’en parle ici avec toi. Mon blog est ma maison virtuelle, mon espace d’échange. Je ne compte pas m’y interdire quoi que ce soit.

Si toi aussi tu as des trucs à raconter, ne t’en prive pas. On a besoin de contenu plus personnel, moins calibré pour les lois du web marketing.

Si tu veux en apprendre plus sur mon métier, avoir accès aux coulisses de mes créations et profiter de bons plans dans la boutique, rejoins Libre comme l’art, ma newsletter hebdomadaire. Bonne humeur garantie !

Marie-Gaëlle

Marie-Gaëlle

Artiste indépendante - Illustratrice

Je personnalise les murs des fans de fantasy grâce à mes aquarelles peuplées de déesses, de fées et de sorcières.

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6 Commentaires

  1. Germain Huc

    Merci !

    D’abord d’avoir cité mon nid numérique comme exemple de résistance contre la pensée formatée du marketing web. Ça me touche beaucoup. Et ça veut dire que je suis sur la bonne ligne, car je pense comme toi que ces codes rabâchés sur la toile ne font que nous enfermer.

    Car je vais même aller plus loin : je ne cherche pas à « créer de la valeur ». Je trouve même que l’expression est vide. Je cherche à **créer** tout simplement, comme toi. Et éventuellement à **aider** ceux qui se frottent aux mêmes difficultés que moi.
    Dans un monde où tout se mesure, il est logique que les chantres du marketing nous servent leur « valeur » comme but à atteindre. D’ailleurs, leur façon de voir est démasquée quand ils disent « le visiteur **consomme** ton **contenu** ». J’espère que personne ne consomme mon contenu. J’espère au contraire que mes visiteurs réfléchissent à propos de ce que j’écris. Je ne vise pas à ce qu’on consomme, mais à ce qu’on réfléchisse. Tout comme je suis un citoyen, un être humain, et pas un consommateur, je n’ai pas UNE valeur, j’ai DES valeurs.

    L’une de ces valeurs est la Création.

    Comme toi, je ne cherche pas à trouver une niche. J’aspire à embrasser tous les sujets qui m’intéressent dans la vie, c’est-à-dire… presque tous…
    Et ensuite, j’en parle (ou j’écris dessus, plus exactement). Le fait que ce soit suivant mon angle à moi est inévitable. J’essaie de réfléchir sur ce que j’ai compris, appris, retenu. Lire ta façon à toi de faire des croquis préparatoires, ou la façon dont tu as perçu telle œuvre, ou tes habitudes de jeu de rôle, ça me permet de voir d’autres points de vue que le mien.

    Et d’ailleurs, pour bien écrire sur un sujet, je suis persuadé qu’il faut l’aimer, s’y intéresser. Être passionnée, comme toi.

    Pour moi, le Web, c’est ça : des voix multiples pour ouvrir des voies multiples.

    Merci donc de ce manifeste !

    Réponse
    • Aemarielle

      C’était tellement évident de te citer, Germain ! Ton blog est l’exemple parfait des cocons du web où j’aime me poser pour découvrir ce que tu crées. On y sent ta voix, ta présence, ton blog ne ressemble à aucun autre. Et non, on ne consomme pas ton contenu, on le découvre, on le déguste, on y revient.

      Réponse
  2. Edorielle

    Personnellement, j’attends d’une NEWSletter qu’elle m’apporte des NEWS : des articles ou des créas que j’aurais pu louper sur les RS, des informations sur des projets à venir, etc.

    Les newsletters qui sont des contenus à part entière, ça ne m’intéresse pas : il y a les blogs pour ça, qui ont l’avantage de pouvoir être consultés à tout moment.
    J’en lirai sûrement une ou deux avant de décrocher et de ne plus les lires comme c’est le cas pour celles de Digital Painting School ou de Cécile Duquenne que je reçois encore mais que je ne lis plus.

    Réponse
    • Aemarielle

      Ah oui je comprends ton ressenti, c’est vrai que ça peut vite faire beaucoup de contenus à lire entre le blog et la newsletter. De mon côté, j’aime bien développer un thème dans Libre comme l’art, mais ça ne doit pas devenir un truc trop long à lire : comme tu dis, le blog est là pour ça. Quant aux emails quotidiens, là clairement je n’arrive pas à suivre, je finis par me désabonner aussi.

      Réponse
  3. Jeanne

    Ouiii!! Tu touches à un sujet qui doit poser problème à beaucoup d’artistes, je crois (en tout cas, j’en suis). Et, avec tout mon respect, je pense que les marketeurs qui ne sont pas artistes et qui pensent savoir ce qui intéresse les publics d’artistes sont souvent à côté de la plaque (à part, comme tu le dis, pour le cas d’artistes qui enseignent leur savoir-faire à d’autres artistes).
    Les blogs de chroniques qui ne parlent que de livres et de lecture ont déjà du mal à attirer l’attention, alors si les auteurs s’y mettent aussi… Cela dit, le maître mot est sans doute d’être fidèle à soi-même : depuis quelque temps, je ne publie presque plus que mes lectures sur Insta parce que je n’ai plus de temps ni d’inspiration pour le reste, mais je le fais parce que j’ai envie, et j’ai conscience que ce n’est pas de la comm’ efficace pour mes propres écrits.
    En effet, nous ne « résolvons » pas de « problèmes ». Je pense qu’il serait plus juste de dire que nous apportons des émotions, des réflexions, des perspectives… Et que c’est plutôt de ce côté-là qu’il faut creuser.
    Et même si je me sens dans une minorité, je pense aussi que la multiplication des contenus devient à un moment simplement impossible à suivre… et qu’à ce stade, je m’abonnerais plus volontiers à une infolettre qui me promettrait juste un ou deux courriels par an! Parce que j’aurais l’impression qu’on respecte mon temps, et que j’aurais la garantie de tout lire et de profiter de tout. (Mais ceci n’est pas du tout un conseil marketing, car je sais depuis longtemps que je suis une personne étrange aux habitudes peu communes!)

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    • Aemarielle

      Cette sensation d’être inondée de contenus, je la comprends parfaitement. Tout le monde a un peu envie d’être vu et applique les conseils trouvés sur le net : créer du contenu pour apporter de la valeuuuur 😀
      Après, je ne rejette pas du tout le marketing, je pense qu’à partir du moment où l’on a un blog, un réseau social, une plateforme d’expression, qu’on le veuille ou non, on est soi-même marketeur. Et ce n’est pas un gros mot à mes yeux, tant qu’on fait du marketing aligné à ses valeurs, honnête et tourné vers l’autre. Et pour nous artistes, ça passe par l’émotion qu’on est capable de transmettre.
      A l’inverse 1 ou 2 lettres par an, pour moi c’est trop peu, j’aime avoir des news de la personne plus souvent que ça quand même 🙂

      Réponse

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