Le Cycle du Dieu Noir - les ténèbres sous une couche d'or 4/4

Les ténèbres sous une couche d’or 4/4

Retrouvez l’épisode précédent par ici

— Je sens quelque chose, répondit-elle de sa voix rauque. Un parfum.

— Quel genre de parfum ?

— Du genre bien trop subtil pour ce taudis. Une senteur musquée et capiteuse, de très bonne facture. De la cire pour cheveux. Un parfum de femme, de toute évidence.

— Une catin, sans doute, commenta Thaïs.

— Non, pas une simple catin. Les filles du coin empestent. Tout embaume la crasse ici. Si c’est une prostituée, elle vient de la ville haute.

Tahura fila dans une direction, le nez au vent, obsédée par cette nouvelle piste. Tasmin haussa les épaules.

— Viens, pas la peine de tenter de la dissuader quand elle est dans cet état.

Toutes trois suivirent la fragrance détectée par Tahura. La femme-chacal s’immobilisa au coin d’une maison, non loin du mur d’enclave du quartier des étrangers. Son sourire dévoila ses canines proéminentes.

— Regardez-moi ça…

Deux silhouettes évoluaient dans la pénombre. Une grande femme athlétique, dont la capeline ne suffisait pas à dissimuler sa pique de bronze et son khépesh ni ses jambières renforcées, et une autre créature plus petite, vêtue d’une robe dont les broderies délicates n’échappèrent pas à la vision de Thaïs. Chevelure aux boucles cirées pour leur conférer un aspect faussement paresseux, main indolente maintenant son fin manteau de nuit, ongles polis et brillants.

— C’est ce que je crois ? s’enquit Thaïs à l’attention de Tahura.

— Une Ishtarienne, à n’en pas douter. Escortée d’une Meshekebou, mais bien loin de son nid douillet.

— Tout comme nous…

Les trois femmes échangèrent un regard. Discrètes comme leur maître le leur avait recommandé, elles filèrent les deux inconnues, aussi incongrues que des perles dans du crottin.

Celles-ci marchaient en direction du mur menant au quartier des étrangers, mais au lieu d’y pénétrer, elles bifurquèrent entre deux rangées de maisons tordues et prirent la direction d’un bâtiment éclairé de torchères d’où s’échappaient des bruits de percussions et des chants masculins. Perplexes, les trois espionnes marquèrent une halte. Un vieux panneau de bois indiquait la devise « De la bière et toutes les bonnes choses » surmontée du glyphe représentant les voyageurs.

— La Maison des Voyageurs ? Que viennent-elles faire dans cet endroit de perdition ? Depuis quand les Ishtariennes se vendent-elles aux souillures venues des ports étrangers ?

Le dégoût était perceptible dans la voix de Tahura. Ses doigts tirèrent sur les lanières de son fouet dans un léger craquement de cuir. Elle n’aimait pas grand-chose ni grand-monde en général, mais les servantes d’Ishtar lui inspiraient le mépris le plus absolu, pour des raisons que Thaïs brûlait de connaître.

— Il me semble que notre mission n’est pas la filature d’une servante d’Ishtar, intervint silencieusement Tasmin.

— Aucune Ishtarienne saine d’esprit ne se rendrait dans ce bouge sans raison valable. Sa présence est suffisamment intrigante pour qu’au moins nous y prêtions attention.

— Que proposes-tu ? ironisa la première épouse. Qu’on aille siroter une coupe de bière frelatée en toute discrétion ?

Quand elle était énervée, Tahura se montrait stupide. Et elle était souvent énervée. Thaïs observa Tasmin, dont les yeux luisaient d’un éclat rouge derrière son masque.

— Sens-tu quelqu’un dans les parages ?

— Oui, signa la femme-chat. Ils ont un enfant de Bastet à l’intérieur.

Elle s’accroupit, ses mains griffues posées au sol, et émit un ronronnement sourd. Thaïs en frémit de plaisir ; elle adorait ce son et n’aimait rien autant que cette vibration contre sa peau. Elle se retint de se coller contre sa sœur pour la savourer : pas question de dévoiler une faiblesse coupable à Tahura. Celle-ci surveillait les alentours, insensible à l’effet réconfortant du don de sa rivale muette.

— Je l’ai trouvé, il est rassasié et coopératif, confirma Tasmin.

La femme-ibis poussa un soupir ravi. La soirée se révélait passionnante.

Votre soutien est grandement apprécié

Cette histoire vous plait ? Si vous souhaitez m’encourager ou me donner votre avis, laissez-moi un commentaire, je vous répondrai avec plaisir. 
Je vous invite également 
à vous abonner à ma newsletter mensuelleLibre comme l’art, où je vous propose (entre autre) de suivre mon parcours pour vivre de mes crayons.
Je suis très heureuse de partager Le Cycle du Dieu Noir gratuitement avec vous. Une histoire est faite pour être lue. Si vous le souhaitez, vous pouvez soutenir ma création en devenant mécène sur Patreon, à partir du prix d’un café.

Become a Patron!

One thought on “Les ténèbres sous une couche d’or 4/4”

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.