Le cycle du Dieu Noir - Les ténèbres sous une couche d'or 2/4

Les ténèbres sous une couche d’or 2/4

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Les ténèbres sous une couche d’or 2/4

Le vieillard posa la vasque sur son bureau encombré de rouleaux de fleur-du-roi et de fioles de pigments, puis se frotta les mains comme pour se motiver.

— Ma méditation a été très intéressante, ma petite chérie. (Il leva la tête en direction de la porte ouverte.) Que de public, ce soir ! Entrez, mes toutes belles, nous allons procéder à une expérience.

Thaïs se glissa dans la pièce tandis que Tasmin demeurait sur le seuil ; toujours prudente, prête à s’écarter si besoin.

— Approche, oiseau-de-nuit, ordonna Hetephros, j’ai besoin de ton assistance.

Thaïs dissimula son anxiété derrière son éternel sourire et rejoignit son époux à la table. L’homme empestait les épices et le camphre, même après des années auprès de lui, ce parfum la rebutait toujours.

Hetephros versa une poudre blanche au centre de la cuvette, puis y adjoignit de minuscules cristaux noirs. S’armant de son poignard, il marmonna un chant, aussitôt repris par Tahura, qui semblait comprendre les tenants et aboutissants du rituel en cours. Thaïs, quant à elle, n’y entendait goutte. Elle frémit et retint un gémissement quand le sorcier saisit sa main gauche, la dirigea au-dessus de la vasque et entailla sa paume d’un coup sec de son couteau. Le sang coula dans le récipient, se mêla aux ingrédients dans une vapeur blanche et un grésillement de mauvais augure. Sans plus de cérémonie, Hetephros plongea la main blessée de Thaïs dans la mixture.

D’abord, elle tenta de se débattre, mais la poigne ferme de Tahura s’abattit sur elle et la maintint immobile. La douleur était si cuisante, si aiguë qu’elle crut s’évanouir. La voix d’Hetephros résonna près de son oreille.

— Laisse-toi faire ! Observe et dis-moi ce que tu vois. N’écoute pas la douleur, elle est là pour révéler la vérité.

Thaïs sentait les larmes couler sous le masque de l’ibis. L’oiseau sacré de Thoth, celui qui voit tout. Elle serra les dents, tentant d’apaiser ses gémissements. Ouvrir son troisième œil ! Maudit soit ce vieux fou ! Tout ce qu’elle voulait ouvrir, c’était le ventre du sorcier, celui de Tahura, et leur arracher ce qui en sortirait !

Petit à petit, la brûlure s’apaisa. Elle était toujours vive, mais l’esprit de Thaïs la reléguait au second plan. Devant elle, le rideau noir s’estompa, la brume de la souffrance se dissipa et elle aperçut une longue allée baignée de ténèbres. La vision se clarifia, une silhouette massive se matérialisa dans la rue, au milieu des détritus du bas quartier.

— Le port… Un homme de haute taille, à la chevelure aussi pâle que la lune. Il avance, son arme brille dans la nuit. Il porte quelque chose, non quelqu’un. Une enfant.

— Continue, Thaïs, l’encouragea Hetephros. Que ressens-tu ? Concentre-toi sur la couleur, c’est important.

Il émanait de l’homme une aura puissante, mais la présence de l’impressionnante hache dans son dos la rendait presque indécelable.

— Je distingue son ba, d’un vert presque bleu. Il possède une arme dont le pouvoir surpasse tout ce que j’ai pu voir jusqu’ici.

Soudain, Thaïs remarqua une autre aura, venue de l’homme, ou plutôt d’un objet proche de lui. Une lumière rouge, suave et avide se mit à briller de plus en plus fort, au point d’effacer tout le reste.

— Par Set…

— Raconte, que vois-tu ?

La voix du sorcier se faisait pressante, Thaïs avait l’impression d’avoir un mouflet impatient de recevoir son cadeau accroché à elle.

— Une pierre, si éclatante qu’elle occulte tout. Elle est rouge sang, mais elle enveloppe tout dans ses ténèbres. Elle me fascine, elle me parle, je n’entends pas ce qu’elle me dit…

— Set soit loué, c’est bien ça, je ne me suis pas trompé, murmura Hetephros. Continue, mon enfant. Dis-moi où elle se trouve.

Thaïs essayait de voir, elle essayait aussi fort qu’elle pouvait, mais l’éclat de la gemme inondait son esprit. Elle s’acharna au point d’en crier de rage, quand soudain, il n’y eut plus rien que du noir devant ses iris.

— Je suis désolée, je ne vois plus rien.

Hetephros lui lâcha le poignet avec un glapissement de dépit. Tahura se pencha vers Thaïs et lui embrassa l’oreille.

— À mon avis, le seigneur va bien s’amuser avec toi ce soir, chuchota-t-elle.

Le sorcier faisait les cent pas en ramassant tout ce qu’il avait renversé durant ses recherches. Étonnamment, il ne paraissait pas en colère, nota Thaïs, il donnait plutôt l’impression d’être en pleine réflexion. Elle reprit son souffle, se dégagea de l’étreinte de Tahura, et se rapprocha de Tasmin, qui saisit sa main blessée dans la sienne sans se soucier du sang qui en coulait. D’un signe, Thaïs la remercia.

Hetephros marqua une pause dans sa frénésie de rangement.

— Reconnaîtrais-tu l’endroit où tu as perdu cet homme de vue ? demanda-t-il en jetant un regard en biais à Thaïs.

— Je le crois, Seigneur. Il ne s’est pas vraiment éloigné du port.

— On se demande bien comment tu connais ce genre d’endroit, railla Tahura.

— Silence ! intima Hetephros d’un ton qui cloua la femme-chacal sur place. Ce soir, j’ai eu une vision. Thaïs m’a conforté dans mes certitudes. Préparez-vous, mes femmes. Thaïs vous guidera jusqu’à l’homme qu’elle a vu. Récupérez la gemme qu’il transporte et rapportez-la-moi. Quoi qu’il arrive, vous devez la rapporter, c’est compris ?

— C’est compris, seigneur Hetephros, confirma Tahura de son obséquiosité coutumière. Thaïs, panse ta main et conduis-nous sur place.

Guidées par la première épouse, Thaïs et Tasmin remontèrent au rez-de-chaussée. Contrairement au sous-sol, la maison, décorée avec sobriété par leurs soins, rutilait de propreté.

— Par le bec pointu de Thoth, ça fait un mal de chien !

Tahura se tourna et leva la paume de sa main gauche, révélant une série de striures entremêlées, plus ou moins bien cicatrisées.

— Épargne-moi tes jérémiades, tu veux. Je sais très bien par quoi tu es passée, je sais aussi que tu as connu pire, alors silence et au travail !

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