Le cycle du Dieu Noir - Les ténèbres sous une couche d'or 1/4

Le Cycle du Dieu Noir | les ténèbres sous une couche d’or 1/4

Si vous n’avez pas encore lu La main dans le sac, ça pourrait vous être utile pour la compréhension de l’histoire !

Nous avons laissé Aenar en plein dilemme, mais notre héros a d’autres chats à fouetter. Djedou recèle bien des dangers, et ceux-ci revêtent des apparences étonnantes. Cet épisode tient en 4 parties et s’intitule Les ténèbres sous une couche d’or.

Le Cycle du Dieu Noir - les ténèbres sous une couche d'or
De gauche à droite : Tahura, Tasmin et Thaïs

Les ténèbres sous une couche d’or 1/4

Adossée au mur du couloir, Thaïs écoutait le vieux soliloquer en farfouillant dans son bric-à-brac. Il s’était levé en trombe au beau milieu de sa méditation et avait dévalé les marches à une allure stupéfiante pour son âge vénérable afin de rejoindre son étude au sous-sol. Lui qui passait son temps à se plaindre de ses articulations pour se faire cajoler par ses épouses, il cachait bien son jeu !

— Où est-ce ? Où l’ai-je rangé, par Set ?

Thaïs l’entendit s’énerver un bon moment en se gardant bien de lui proposer son aide. Dans cet état d’exaltation, le vieux avait tendance à se montrer… désagréable. Elle leva son poignet pour contempler la dernière cicatrice qu’il lui avait infligée, une brûlure au fer rouge qui laisserait une marque indélébile sur sa peau cuivrée. Une de plus dans sa collection déjà très étendue. Ces châtiments étaient supposés la guérir de ses insolences. Thaïs mesurait parfaitement l’inefficacité de la méthode.

Un sourire se dessina sur ses lèvres fines quand elle entendit un son feutré dans l’escalier. Elle posa l’index sur sa bouche en apercevant sa « sœur », toute drapée de lin écarlate, quelques marches au-dessus d’elle. Son masque à tête de chat projeta une kyrielle de reflets d’or contre le mur. Tasmin s’accroupit, aussi souple et discrète que son animal fétiche et de ses doigts fins aux ongles griffus, elle esquissa une série de gestes.

— Que fait-il ?

— Je l’ignore, répondit Thaïs d’une autre série de signes. Il cherche quelque chose on dirait.

Perplexe, Tasmin se mit à jouer avec ses épaisses bacchantes noires. La femme-chat n’avait plus ouvert la bouche depuis des années. Thaïs n’était même pas certaine de se rappeler son timbre de voix. Toutes deux avaient développé ce langage compréhensible d’elles seules, ainsi qu’un lien de sororité que la cruauté d’Hetephros n’avait jamais réussi à rompre.

— On devrait remonter, conseilla Tasmin, il va nous punir s’il voit qu’on l’espionne.

Tasmin avait toujours été la plus calme et la plus raisonnable des épouses du vieil homme. Au début, Thaïs la trouvait ennuyeuse, mais au fil du temps, elle s’était prise d’intérêt pour ses conseils. La deuxième épouse arborait beaucoup moins de marques qu’elle sur son corps magnifique ; elle savait se faire apprécier quand cela s’avérait utile et oublier le reste du temps. Au moment où elles firent volte-face, elles se figèrent en découvrant la silhouette puissante de Tahura en surplomb. La femme au masque de chacal les contempla avec un sourire dépourvu de chaleur.

— Vous ne serez jamais que des enfants désobéissantes, les réprimanda-t-elle à voix basse. Que faites-vous ici, à écouter aux portes ?

Tahura n’avait jamais daigné s’intéresser au langage mystérieux de Tasmin. Les deux autres épouses d’Hetephros lui inspiraient un mépris qu’elle ne prenait pas la peine de dissimuler. Elle était la puissante, la favorite, la servante de Set, dont elle portait le symbole en guise de couvre-chef. À elle les bijoux les plus raffinés et les robes surpiquées de fleurs d’or. Tasmin et Thaïs venaient bien après dans la hiérarchie. Dans sa main, son accessoire préféré : un petit martinet à bandes de cuir qu’elle aimait utiliser sur les serviteurs fautifs ou parfois sur ses « sœurs ».

Tasmin se lova contre le mur comme si elle voulait y disparaître. Thaïs se contenta de sourire ; c’était sa réponse à tout et cela avait le don d’agacer Tahura.

Celle-ci tirait sèchement sur les lanières de son jouet quand un vacarme venu de l’étude se fit entendre. On eût dit qu’une étagère s’était effondrée avec tout son contenu. L’angoisse se lisant sur le « O » formé par ses lèvres, Tahura poussa ses sœurs et se précipita dans la salle. Comme un chien inquiet pour son maître vénéré, se moqua Thaïs en lui emboîtant le pas.

— Seigneur Hetephros, que se passe-t-il ? demanda Tahura de sa voix rauque.

Ledit seigneur redressa la tête, une expression victorieuse sur son visage parcheminé. Il portait encore sa tunique de méditation, qui dévoilait sans pudeur son corps aussi sec et maigre que s’il avait été embaumé de longue date.

— Comment ? Quoi ? Oh ! Non, ma belle, que tu es prévenante de t’inquiéter ainsi ! Non, non, je vais bien, j’ai enfin remis la main sur cette vasque. (Il brandit une sorte d’écuelle en bronze poli.) Tu te souviens ? Nous nous en servions autrefois pour espionner qui tu sais !

— Je vois, répondit Tahura avec une grimace carnassière. Pourquoi ressortir cette babiole, seigneur ? As-tu un problème ? 

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