Le Cycle du Dieu Noir – saison 1 | épisode 5

Et nous voici de retour pour un nouvel épisode de notre série fantasy. Cette semaine, nous revenons à nos petits voleurs, dans un arc assez sombre, pour public averti. Comme toujours, sentez-vous libres d’intervenir, de poser vos questions ou de me laisser un petit mot si vous le voulez. 

Les griffes du Chat

 

Depuis que Thémis leur avait expliqué son plan, Charid se tenait tranquille. L’idée de prendre part à une opération d’envergure semblait le stimuler et lui faire oublier ses griefs. Si le chef avait constaté son changement d’attitude, il ne s’en plaignait pas, au contraire. Les préparatifs de son projet occupaient ses pensées.

Les Musaraignes retournèrent dans la Ruche, où ils notèrent la présence exceptionnelle de la Medjaï : leur coup d’éclat dans les Coffres n’était pas passée inaperçue. Prudents, ils se cachèrent chez la vieille Kalia pour réfléchir.

« On ne devrait pas le faire, dit Alaia. On a déjà attiré l’attention sur nous. Il faut en parler à Thémis.

— Comment tu veux qu’ils sachent ce qu’on prépare ? la rassura Senon. La Medjaï est un peu constipée parce qu’on a souillé leur jolie place de notre présence, c’est tout.

— Senon a raison. En plus, pense à une chose, Alaia : si on réussit notre coup, on pourrait prendre le large avec une part intéressante. On pourrait filer tous les trois et changer de vie. Ça me tente bien, pas toi ?

— Tu sais que ça m’intéresse, soupira-t-elle.

— Alors, de quoi t’as peur ?

— Si Thémis se doute qu’on veut le doubler, il nous tuera. »

Charid s’appuya sur la rambarde de la terrasse et observa les rues en contrebas. Les muscles de ses bras étaient tendus et ses doigts tapaient la pierre avec agacement.

« Tu as une trop haute opinion de lui, dit-il en lui tournant le dos, et pas assez confiance en moi. »

Ces mots jetés d’une voix froide ne lui ressemblaient pas. Alaia se leva et rejoignit son ami. Il refusa obstinément de la regarder.

« C’est ce que tu crois ? Que je ne te fais pas confiance ?

— C’est l’impression que ça donne. Thémis contrôle ta vie et t’as l’air de trouver ça normal.

— Non, protesta Alaia, c’est pas normal, mais comment me défaire de son autorité juste sur de belles paroles ? Thémis a beau crouler sous les défauts, il représente mon premier souvenir. Il m’a trouvée, m’a nourrie, m’a appris des choses. Je le déteste, c’est vrai, mais j’ai du mal à concevoir la vie autrement que sous ses ordres. » Elle jeta un coup d’œil vers Senon. « Pas toi ? 

— J’avoue, je ressens la même chose.

— Et moi, je crois qu’on peut se démerder sans lui, répliqua Charid, une lueur de colère dans ses yeux bruns. C’est notre chance, on n’en aura pas d’autre. »

Senon tendit la main au jeune homme, qui la saisit.

« Moi, j’en suis. Je veux me tirer d’ici avec toi. Avec vous », précisa-t-il en dévisageant Alaia.

Son regard brillait d’excitation et d’enthousiasme, celui de Charid semblait en attente, empreint de dureté. Il n’avait pas apprécié ce qu’elle avait dit au sujet de Them. Elle soupira et esquissa un sourire.

« D’accord. Peu importe Thémis, peu importent les autres. Je pars avec vous. »

Oubliée la colère ! Charid l’étreignit avec fougue et la souleva du sol en riant. En un instant, il redevint l’ami de toujours, le frère protecteur et aimant, puis il souda ses lèvres aux siennes et soudain, tout bascula. Alaia resta figée sous le baiser, à la fois désemparée et incapable d’y mettre un terme.

« Un peu d’eau froide, ça vous ferait pas de mal ! » geignit Senon, outré.

Alaia en profita pour se dégager doucement de l’étreinte du jeune homme. Celui-ci se racla la gorge, comme s’il venait de réaliser son geste.

« On devrait rentrer, non ? Si on veut que ça marche, on devrait se faire tout petits », suggéra-t-il.

Personne n’y trouva à redire.

*

Les yeux mi-clos, lovée dans les bras de Charid, Alaia veillait, frissonnant dans leur vieille couverture rongée aux mites. Sa main droite serrait obstinément le manche d’un petit couteau, dérobé sur un étal. Sa présence la rassurait, bien que l’ambiance au sein du terrier se soit nettement améliorée ces derniers jours.

Thémis avait tout préparé : il avait envoyé un espion repérer les lieux et même soudoyé des serviteurs pour glaner des renseignements. Il avait présenté le plan de la villa aux Musaraignes et leur avait assigné une mission à chacun. C’était dangereux, mais ça en valait la peine. Il visait haut parce que, disait-il, c’était le seul moyen d’obtenir ce qu’il voulait.

Et il voulait aller loin. Alaia l’entendait souvent en discuter avec Nizul. À son ami, il racontait ses espérances, ses craintes et ses rêves. Dans ces moments, Thémis ressemblait à un jeune homme normal, pas à un monstre d’égoïsme et de perversité. Mais elle le connaissait suffisamment pour se méfier des réactions orageuses dissimulées sous son apparente bonne humeur. Elle se modéra : Charid et Senon avaient raison, il ne pouvait pas savoir.

Charid respirait calmement, un bras protecteur posé sur Alaia, le visage caché sous ses boucles brunes. Il montrait une étonnante faculté à dormir profondément, ce dont elle était incapable. Dans l’obscurité, ses yeux scrutaient les petites silhouettes des enfants couchés par terre et les insectes qui se faufilaient le long des murs. Elle ferma les paupières un instant.

La reine se tient agenouillée, en position soumise, et elle déteste cela. Sa chevelure de flammes tombe en corolle autour d’elle, offerte aux regards envieux de la cour. Devant elle, elle distingue la haute silhouette de son ennemi, assis sur le trône d’obsidienne. Sous son heaume de métal noir, ses yeux verts brillent de convoitise en la détaillant de la tête aux pieds. Dans sa main gantée, il tient l’épée, celle par laquelle il a commis son forfait.

« Ton roi est mort, Astarté. Je pourrais me montrer cruel et te faire partager le même sort. Mais je lis dans ton regard toute ta soif de vivre et d’illuminer le ciel de ta beauté. Je te laisse l’opportunité de le faire, à mes côtés. »

À ses côtés… Set veut dire à ses pieds, comme une servante docile. Comme toutes les déesses qu’il a possédées. La reine plonge ses iris d’or dans ceux du Chacal. Elle le hait de toutes ses forces et il le voit. Il se moque d’elle et de sa colère. Tôt ou tard, il le regrettera. Il rêve de pouvoir, de grandeur et de suprématie. Elle veillera à briser ses espoirs, en restant en vie.

Le réveil sera cruel pour toi. Le réveil sera cruel…

Le bruit des pas dans la pièce fit sursauter Alaia. Elle s’était assoupie ! Elle distingua – trop tard – deux grandes formes au-dessus d’elle. On la souleva sans ménagement pour la jeter au sol. Elle se releva d’un bond, son couteau à la main, lorsque quelqu’un lui saisit le bras et le tordit. Thémis se tenait derrière elle, un sourire mauvais sur le visage. 

« Pas bouger ! » ordonna-t-il. 

Les deux hommes qui s’emparèrent de Charid étaient des adultes, musclés, dont l’un était vêtu d’un simple pagne de cuir, l’autre d’une tunique courte et d’un épais ceinturon. Le premier, de haute taille, arborait une joue calcinée jusqu’à la gorge. Les enfants s’éveillèrent en criant, pendant que Charid se débattait comme un possédé. Le grand le plaqua au mur, lui cognant la tête, avant de lui décocher un coup de poing en plein visage. L’impact lui ouvrit la pommette et le nez dans une giclée de sang. L’homme était suffisamment fort pour soulever le garçon du sol. Alaia observa avec terreur les pieds de son ami s’agiter dans le vide.

« Allez tout le monde ! s’exclama Thémis, on se réveille !

— Thémis, qu’est-ce que tu fais ? cria Alaia.

— Silence ! La Confrérie n’aime pas l’insubordination, c’est pas faute de l’avoir répété. Saluez les Griffes du Chat. »

Alaia n’en croyait pas ses oreilles. Les Griffes, les troupes personnelles du maître de la Confrérie ? Impensable !

Chair-brûlée serrait la gorge de Charid contre le mur, l’empêchant de parler.

« Vas-y, Kloros, calme-le… Je le tiens ! »

L’homme à la tunique hocha la tête, grimaçant un sourire cruel. Sans se soucier des grognements de douleur de sa victime, il martela son ventre de coups de poing. Lorsque son genou heurta Charid à l’entrejambe, Alaia vit les yeux de son ami se révulser. Elle se débattit et cria : 

« Ne lui fais pas de mal, espèce de lâche !

— Ferme-la, » répondit Thémis en la giflant.

Il colla ses lèvres sur son oreille et la lécha avant de susurrer : 

« Attend de voir de quelle manière je m’occupe de lui. Crois-moi, je vais faire ça moi-même ! »

Charid tomba à genoux au sol. De la bave rosâtre coulait de sa bouche enflée et son teint avait viré au gris. Il suffoquait. Thémis, serré contre Alaia, se repaissait de la souffrance du garçon. Tétanisée, elle sentit le sexe du chef durcir devant le spectacle. 

« Reste à quatre pattes, gamin, dit le grand type aux cicatrices. Il paraît que tu es incapable de respecter ton patron, hein ? Il est temps que tu apprennes. Crois-moi, ça va pas te plaire !

— Je te tuerai, chien ! cracha Charid entre deux quintes de toux.

— Cause toujours, rétorqua l’homme. Dépêche Thémis, on n’a pas que ça à foutre, montre à tout le monde à quel point t’es viril ! »

Il s’adressait à Thémis avec un mépris évident. Impitoyable, il se saisit des bras de Charid pour l’empêcher de se redresser.

Alaia perçut l’abjecte terreur de son ami tandis que Thémis la confiait à Nizul. Détachant sa ceinture, il roua de coups le dos du malheureux, ponctuant chaque claquement de cuir par des insultes. Puis, il passa ses mains sur les fesses du garçon.

« Tu disais quelque chose à propos de ce que je possédais sous le pagne. Je vais te montrer…

Alaia pouvait presque le voir saliver. Charid replia sa jambe, puis la détendit en visant l’aine de Thémis. Celui-ci s’écarta de justesse.

« Refais ça et je te castre ! » prévint-il.

Alaia chercha du soutien parmi ses camarades, en pure perte. Personne n’oserait s’opposer à ce qui allait arriver.

« Bouge pas, Alaia, murmura Nizul à son oreille. Ne l’énerve pas davantage. »

Non loin d’elle, Senon détourna le regard. Merit, le visage fermé, ne quittait pas le spectacle des yeux.

« Thémis, pitié, ne fais pas ça, implora Alaia. Laisse-le tranquille, j’t’en supplie !

— Et pourquoi je me priverais ?

— S’il te plaît, Thémis. Je ferai ce que tu veux. Laisse-le, je serai à toi si tu me le demandes. Tu n’as pas besoin de faire ça, tout le monde a compris qui commande !

— Oh petite souris, si tu savais comme tu me fais plaisir, dit-il, doucereux. Tu seras à moi, vrai de vrai ?

— Promis, Them, je ferai ce que tu ordonneras. Tu veux bien le laisser partir ? »

Sous le regard lourd de Charid, le chef s’approcha d’Alaia. Il posa un baiser sur ses lèvres, puis sans crier gare, la frappa d’un revers de main. Son oreille siffla après coup, mais elle entendit Thémis répondre d’une voix sourde : 

« Tu crois que t’as le choix ? Tu m’appartiens, que tu le veuilles ou pas. Je ferai ce qui me plaît de toi et je sais que tu te montreras très gentille, parce que tu n’as pas envie de subir le même sort que ton copain ! »

Il l’abandonna, choquée et au bord de la nausée, et retourna auprès de sa proie. Les deux Griffes renforcèrent leur prise, offrant le corps de Charid à la lubricité de son bourreau.

Le supplice parut durer une éternité. D’abord, Charid essaya de ne pas gémir sous les coups de boutoir, mais très vite, la souffrance surpassa sa résistance. Ses cris se mêlèrent à ses larmes et aux injures de Thémis. Terrorisés, les enfants se serraient les uns contre les autres, sous la surveillance d’Azul et Kimbra. Niz raffermit sa prise autour d’Alaia, mais elle ne se débattait plus. Ses yeux étaient fixés sur la scène, gravant chaque détail, chaque son dans sa mémoire.

Avec un grognement rauque, le chef en termina avec le garçon, désormais silencieux et incapable de bouger. Il resta immobile, les fesses relevées, jusqu’à ce que Chair-brûlée ne s’empare de lui.

« Bon, t’as fini ? demanda-t-il, on en fait quoi de celui-là ?

— Balancez-moi ça dans le fleuve ! Que je n’entende plus parler de lui.

— Arrange-toi pour que ça ne se reproduise plus, Thémis. La Confrérie n’a pas que ça à foutre ! On n’est pas là pour pallier ton manque d’autorité.

— Ça n’arrivera plus, Garus. Remercie encore Phéos de ma part.

— C’est ça, on lui dira… »

Garus et Kloros sortirent en tirant leur victime derrière eux. Nizul lâcha Alaia et rejoignit sa compagne. Tous deux s’enlacèrent et quittèrent la pièce.

Le souffle coupé, Alaia ne parvint même pas à pleurer. Bouche bée, elle regarda son ami disparaître. Ses jambes se dérobèrent sous elle. Tout autour, les enfants gardaient un silence de mort.  

« Bon, lâcha froidement Thémis en se rajustant, je crois que nous avons tous bien compris que je ne plaisante plus. Si vous me défiez, vous en répondrez devant la Confrérie. À présent, on va reprendre le cours de nos petites vies, sans trouble-fête. Vous pouvez vous rendormir, les enfants. » Il leur fit un clin d’œil. « Thémis a des tas de choses à faire ! »

Il saisit Alaia par la nuque et fit claquer un baiser sonore sur sa joue meurtrie.

« N’est-ce pas, ma petite souris ? »

Le Cycle du Dieu Noir – saison 1 | Les enfants de Djedou.2

Et voici notre rendez-vous du vendredi ! La semaine dernière, vous avez fait connaissance avec Alaia haute comme trois pommes et perdue dans les rues sombres de Djedou. Quelques années ont filé depuis, comme vous allez le voir…

Ce chapitre est un peu long par rapport à ceux que j’écris d’ordinaire. J’ai hésité à le couper, mais au final, j’ai préféré le laisser en l’état. Après tout, si je publie ici, c’est pour faire ce que je veux avec ce texte, sans considération de stats ou de classement. 

Je vous souhaite une très bonne lecture !

Décherchéni

Djedou, dixième année du règne d’Amosis

 

« Frotte-toi mieux que ça, je ne veux pas trouver de crasse derrière tes oreilles. Allez, de belles poignées de sable !

— Je ne veux pas rester là, Merit. Je suis propre, je t’assure !

— C’est moi qui décide de ça. Moi aussi je préfèrerais partir, alors presse-toi. »

Immergée jusqu’à la taille dans l’eau froide du Neilos, Alaia accéléra l’allure tout en jetant des coups d’œil furtifs autour d’elle. Rê se levait, ses rayons flamboyants se reflétaient à la surface du fleuve et commençaient à illuminer les berges. D’ordinaire, elle aurait apprécié le spectacle : le Ventre de la Vache dans toute sa splendeur, un écrin fertile où s’épanouissait une flore variée qui auréolait de verdure les murailles dorées de Djedou, sa ville natale. Mais derrière cette débauche de couleurs et de parfums se dissimulait un danger connu de tous les Kemites qui vivaient sur les berges du Neilos. Les enfants de Sobek aux mâchoires mortelles chassaient dans ces eaux.

Il fallait les voir, languissants par dizaines au plus chaud de la journée, leur cuir aussi sombre que le limon du rivage. Quand elle en avait l’occasion, Alaia les observait avec admiration, frissonnant devant leur aura de puissance, sans jamais s’approcher. Pour l’heure, les berges étaient désertes, mais cela ne la rassurait en rien. Elle crut distinguer un clapotis à quelques pas d’elle et courut sur la terre ferme, réprimant sa panique.

« Fleuve bien-aimé, protège-moi, murmura-t-elle en embrassant son amulette-ren en signe de protection.

— C’est rien du tout, se gaussa Merit, sans doute un poisson qui passait par là. »

Alaia la gratifia d’une moue courroucée. Elle tremblait de froid, nue sur la berge et ne se sentait pas d’humeur à écouter les moqueries de son aînée. Celle-ci la prit en pitié et lui tendit un drap pour se sécher. Une fois l’office accompli, Merit la scruta de la tête aux pieds avant d’énoncer son verdict.

« Beaucoup mieux. Il faut que je te dise : désormais, tu veilleras à te laver tous les jours.

— Quoi ? Pour quelle raison ?

— Ordre de Them. Il m’a demandé de veiller sur toi.

— N’importe quoi, protesta Alaia. Je vais pas risquer de me faire bouffer juste parce que Thémis le décrète, quand même ! »

Merit sourit et la prit dans ses bras. Alaia caressa l’idée de la repousser, mais renonça. La jeune femme possédait un don pour comprendre les angoisses de sa protégée. Là encore, elle devinait le vrai motif de son malaise.

« Tu grandis, petite sœur. Tu deviens femme, tu ne peux plus te comporter comme une enfant.

— Comme si les enfants vivaient comme moi…

— La plupart ne savent pas faire le quart de ce dont tu es capable. Quel est le problème dans le fait de te laver ? Ne me parle pas des crocodiles, je sais très bien que ce n’est pas ça.

— C’est que… Je sais très bien où finissent les femmes au service de la Confrérie. »

Merit la serra plus fort en riant.

« Tu ne finiras pas là-bas, Alaia. Regarde-moi, je suis toujours là, et pourtant je suis une femme !

— Mais toi, Niz te laisserait jamais finir dans une maison de plaisir. »

Merit relâcha son étreinte et saisit Alaia par le menton.

« Parce que tu crois que Thémis te laisserait partir, peut-être ? »

Un frisson glacé lui parcourut la colonne vertébrale. Maussade, Alaia se détourna de son aînée et referma ses bras autour de son torse.

« J’ai froid. On fait quoi maintenant ?

— On t’habille », répondit Merit sans plus de cérémonie.

Alaia ne connaissait personne de plus terre-à-terre que sa sœur d’adoption. Belle à croquer avec ses yeux fauves, sa masse de boucles sauvages et son teint sombre, elle n’économisait jamais un sourire et contemplait le monde avec un calme inébranlable. Une assurance dont Thémis ne semblait pas friand. Tous deux se détestaient cordialement et sans le soutien de Nizul, le bras droit du chef, la position de Merit aurait sans doute été moins enviable.

Loin de ces considérations, la jeune femme tira d’une besace une longue pièce de lin blanc, qu’elle exhiba fièrement devant Alaia. Il s’agissait d’une robe sans manches ni fioritures, mais propre et d’aspect neuf.

« Ferme la bouche, idiote ! se moqua la voleuse.

— Elle est…

— Blanche, tout à fait ! Comme la mienne, en fait. Enfile-la, elle est bel et bien pour toi. Oui : Thémis le sait et oui : tu pourras la garder. 

— Où tu l’as trouvée ? s’extasia Alaia en l’enfilant.

— Dès que ça sert ses intérêts, Them est capable de dégotter n’importe quoi.

— D’habitude, il se fiche bien de ma tenue.

— Tout change, je te l’ai dit. »

Merit lui noua une ceinture de corde autour des hanches pour ajuster la robe à la taille menue de sa cadette. Alaia fronça les sourcils. À côté de la silhouette plantureuse et des formes conquérantes de la jeune femme, elle se sentait inexistante et noyée dans les plis blancs de sa tenue.

« Ravissante ! Et ces cheveux, ajouta Merit en tortillant une longue mèche rousse humide. Un véritable incendie. Dommage qu’il faille l’éteindre.

— Comme toujours… soupira Alaia.

— Tu sais très bien pourquoi. »

Merit enroula un turban assorti à la robe autour de son crâne en une jolie coiffe qui masquait sa crinière. Et voilà, son seul attrait s’évanouissait sous un carcan de tissu ! Elle baissa la tête, frustrée.

« Ne boude pas. Profite de ces moments de tranquillité avant d’être une proie pour les hommes. Tu es encore si jeune !

— Dans ce cas, demanda une voix juvénile, pourquoi tu la mêles à tes affaires ? »

Alaia retrouva le moral en reconnaissant le ton bravache de Charid. Posté sur une butte, le garçon toisait la jeune femme avec son éternel regard de défi, les bras croisés sur son torse nu. Derrière lui, la silhouette plus frêle de Senon attendait dans son ombre. La proximité de ses camarades la rassura ; à eux trois, ils formaient un groupe de tire-laines intrépide et efficace qui sévissait dans les rues de Djedou. Alaia et Senon jouaient de leurs doigts agiles et Charid protégeait leurs arrières en cas de besoin. De deux ans leur aîné, il n’allait pas tarder à dépasser Thémis – pourtant déjà un homme – en taille et en musculature. S’il parvenait à museler sa langue trop vive, il deviendrait sans doute un jour un adjoint de choix pour le chef.

Merit lâcha un de ses petits rires moqueurs.

« Tiens donc, le joli Charid, toujours aux petits soins de sa dame. T’es venu te rincer l’œil, mon mignon ?

— J’t’ai posé une question.

— Je ne te dois rien. Demande à Thémis. »

Charid se rembrunit et regarda Alaia.

« T’es pas obligée de la suivre. Elle peut se débrouiller toute seule.

— Mais je me débrouillerai encore mieux avec elle. » Merit leva les yeux au ciel. « Reine des Cieux ! Arrête de dire des sottises, Charid. Je vous l’emprunte une journée pour lui faire découvrir une autre facette de la vie des Musaraignes. Demain, elle pourra de nouveau courir les rues avec vous si ça la chante. Avec l’estomac bien rempli, en prime ! »

Elle enlaça Alaia, qui ne put s’empêcher de humer l’odeur sucrée de sa peau.

« Ne t’inquiète pas pour moi, Charid. C’est juste un tour en ville, rien de compliqué. Senon et toi, vous ferez du bon boulot, même sans moi pour veiller sur vous.

— T’es sûre ?

— Puisque j’te le dis. Filez ! On se retrouve ce soir. »

Les deux garçons partirent en direction de la ville. Merit sourit et lui tapota l’épaule, visiblement satisfaite de la réponse. De toute façon, quel choix avait-elle ? Désobéir à Thémis… Seul Charid pouvait suggérer une telle folie. Comment pouvait-il à la fois être aussi brave et stupide ?

Pour finir les préparatifs, Merit sortit une boîte en bois remplie de fard, dont elle se badigeonna les paupières, penchée au-dessus de l’eau pour voir son reflet.

« Reine des Cieux, j’y vois rien ! Aide-moi. »

Alaia lui peignit les yeux en suivant ses instructions et lui tendit le pinceau.

« À mon tour ?

— Tu rêves, c’est hors de prix, ça ! Et puis on n’a plus le temps, en route ! »

Alaia contint un sourire et suivit son aînée sans un mot.

*

Elles rejoignirent un sentier bordé de buissons épineux qui les mena non loin de la porte de l’Aigle, l’accès principal à la cité de Djedou. Des colonnes de chariots et de voyageurs s’y pressaient, impatients de vendre leurs marchandises. Peret, le Renouveau, arrivait et avec lui la saison du commerce. Le port allait être investi par les navires venus de la Grande Verte depuis leurs lointains pays, créant cette ambiance si particulière qu’Alaia affectionnait tant. Elle adorait cette période de l’année où les langues s’entremêlaient dans un joyeux brouhaha. Les rues débordaient de monde et bien entendu, les bourses bien garnies abondaient, pour le plus grand bonheur des Musaraignes.

« Garde tes mains sages, la réprimanda Merit en lui pinçant le bras. On n’est pas là pour ça.

— Je regarde, c’est tout.

— Eux aussi nous regardent. »

Deux hommes en pagne rouge, coiffés du klaft règlementaire, surveillaient les allées et venues autour de la porte. L’amulette de l’aigle pendait à leur cou. La Medjaï… D’ordinaire, Alaia les évitait comme la souris fuit le chat. Les gardes de Djedou n’aimaient pas les parasites dans son genre. Elle retint son souffle, mais aucun des deux ne fit mine de les arrêter.

« Belle journée, mahili, » salua un medjayou, avant d’immobiliser le chariot qui les suivait. « Hé ! Montre-moi ce que tu transportes, toi ! »

Incrédule, Alaia observa Merit. Franchir les portes s’était révélé si facile.

« Et moi qui m’embête à trouver des voies détournées pour entrer ! 

— Apprends à faire des hommes tes amis, lui conseilla la voleuse. C’est très facile, tu verras. Il suffit de sourire bêtement en baissant les yeux à leur passage et le tour est joué. Évidemment, c’est plus facile avec une jolie robe et en étant propre. Surtout en ce moment.

— Ah bon ?

— Bien sûr. Avec les cérémonies ishtariennes qui approchent, il est normal de croiser des femmes en quête de bénédictions. Même des nomades des tribus du désert viendront au temple de Djedou rendre hommage à Ishtar. »

La cité s’offrait à elles, baignée de soleil et de bruit. Et de puanteur. Djedou accueillait ses visiteurs par la Ruche, son quartier le plus pauvre, bâti à flanc de colline. Un dédale de ruelles malodorantes aux maisons délabrées et au sol noirci par le limon charrié par le fleuve à chaque crue annuelle. Au fil du temps, les habitants les plus aisés s’étaient installés sur les hauteurs protégées par des digues, chassant les plus défavorisés loin d’eux. Ceci dit, la ville basse n’avait rien de morose. Les gens y riaient, y tenaient commerce, des familles entières y passaient leur vie sans rien trouver à y redire, à part se plaindre parfois à la Medjaï de l’insalubrité ambiante, sans résultat probant. De plus, on y fêtait chaque année l’arrivée de l’iqdou, la boue du Neilos, aux propriétés curatives reconnues.

« Et ton contact, il nous attend où ? s’enquit Alaia.

— Nous le trouverons au marché.

— Pourquoi on va vers l’Ancienne Porte, alors ? L’allée des Siffleurs est à l’opposé.

— Pas ce marché-là, petite souris.

— M’appelle pas comme ça, la rabroua Alaia. Et tu pourrais m’expliquer ce qu’on fait, j’aurais moins l’impression d’être idiote. »

Sans lui répondre, Merit l’entraîna au-delà de l’Ancienne Porte, frontière entre la ville basse et le reste de la cité. Sous le regard indifférent de deux medjayous, elles entamèrent l’ascension d’une longue côte bordée de maisons bien plus cossues que celles de la Ruche. Les gens y circulaient paisiblement, drapés dans des étoffes propres et chaussés de sandales en corde. Plus les jeunes filles montaient, plus la cité se révélait agréable, les murs blanchissaient sous des couches de chaux, des parfums subtils flattaient les narines des visiteurs et des rangées de palmiers jalonnaient la rue. Comme pour marquer l’ultime limite entre le monde des pauvres et celui des nantis, une gigantesque statue de Set sur un piédestal contemplait la ville sous son heaume à tête de chacal, sa lance brandie en avant dans un geste dominateur. Alaia frémit en passant près de l’idole du protecteur de Kemet. Des offrandes décoraient les pieds de la divinité, et maudit soit le sacrilège qui oserait y toucher.

« Parce qu’on va aux Coffres ? lâcha Alaia. Mais c’est bourré de medjayous et de gardes privés. Qui peut bien t’attendre dans un endroit aussi huppé ? »

Les Coffres d’Ouadjour rassemblaient la fine fleur des négociants Kemites et étrangers. On était loin de la crasse de la Ruche où s’échangeaient les aliments les plus douteux et les services les moins légaux. Sur cette grande place transitaient les étoffes les plus rares, des animaux exotiques, mais aussi depuis quelques années, des esclaves de choix pour les maisons riches de Djedou.

« Un serviteur d’une famille très en vue par ici. Il n’a pas très envie de s’aventurer dans la Ruche, alors c’est moi qui viens à sa rencontre.

— Toi ? Et Thémis, pourquoi il s’est pas déplacé lui-même ?

— Tu en poses des questions, aujourd’hui, soupira Merit.

— C’est louche que Thémis te confie quelque chose. Tout le monde sait que lui et toi, c’est pas l’amour fou. Alors ?

— Them mijote un gros coup. Je suis pas autorisée à trop en dire pour le moment. Nous avons… pris contact avec un serviteur d’une grande famille et il doit me remettre quelque chose d’important. Voilà, tu es contente ?

— Et moi, je suis là pour quoi faire, alors ? »

Alaia sourit à un groupe de marchands richement vêtus en baissant les yeux, comme le lui avait conseillé Merit. Sous ses pieds nus, de larges pavés balayés de frais remplaçaient la poussière des rues de la Ville Basse. Des vasques de plantes décoraient les allées et les murs de calcaire blanc brillaient au soleil. L’air sentait la lavande et les agrumes, pas la saleté ni la charogne qui empuantissaient les tréfonds de la Ruche. Non loin, derrière les habitations, on apercevait les obélisques qui marquaient l’accès au quartier des temples.

« Tu es là pour apprendre, répondit Merit, et pour me servir d’yeux.

— C’est-à-dire ? Je dois surveiller quoi ? La Medjaï ?

— C’est un peu plus compliqué, à la vérité… » Pour la première fois, Merit semblait embarrassée. « Malgré les apparences, la Confrérie surveille souvent cet endroit. Si jamais tu vois quelqu’un qui te semble louche, j’aimerais que tu me le signales.

— Aux dernières nouvelles, la Confrérie c’est nous », rétorqua Alaia en scrutant la voleuse sans aménité.

Elle ne put s’empêcher d’observer autour d’elle avec méfiance. Quelque chose sentait mauvais dans cette histoire. Les Musaraignes avaient beau n’être qu’un ramassis de tire-laines sans envergure, ils dépendaient de Confrères plus aguerris, eux-mêmes au service de leurs supérieurs. Pourquoi Thémis jouait-il à ça ?

« Écoute, je sais que ça peut te sembler étrange, mais ne t’inquiète pas. Fais ce que je te dis, c’est tout. Ce sera vite fini et tu pourras choisir ce que tu as envie de faire après. D’accord ?

— Ça doit être encore pire que ce que je crois », répondit Alaia d’un ton las.

Charid et Senon lui manquaient. En les sachant dans le coin, elle aurait abordé cette mission avec le cœur plus tranquille. Elle pouvait compter sur eux en cas de besoin, ce qui n’était pas du tout garanti avec Merit.

« Regarde comme c’est beau ! s’extasia cette dernière. Profite et détend-toi. »

De fait, les Coffres d’Ouadjour étalaient leurs richesses devant leurs yeux émerveillés. Où qu’Alaia regardât, tout n’était que couleurs magnifiques, des tentes chamarrées aux épices exposées dans des paniers d’osier. Des musiciens égayaient l’ambiance en jouant de la flûte et des cordes de leur baïnit pendant que sur des broches, de la viande grillait en répandant des parfums inédits aux narines de la jeune Musaraigne. Derrière cette marée chatoyante, un bâtiment rectangulaire trônait au fond de la grande place : la maison du Commerce. Là-bas se traitaient les contrats les plus importants et les litiges entre familles marchandes. Cet endroit devait regorger de trésors.

« Allons-nous rafraichir », décréta Merit en se dirigeant vers une tente plus spacieuse que les autres.

Sous l’étoffe verte, on avait installé des tabourets et des bancs autour de petites tables de bois. Quelques marchands discutaient gaiement pendant qu’un homme râblé leur servait de la bière dans des coupes en terre cuite. Plus loin, un garçon qui devait avoir l’âge de Merit attendait, le nez penché vers sa boisson. Sa jambe gauche s’agitait sans qu’il  le remarque sous sa tunique blanche à liseré rouge. Une amulette de cuivre accrochée à une corde en fleur-du-roi pendait sur son torse maigrichon, mais Alaia ne put en distinguer les détails car les doigts de son propriétaire jouaient nerveusement avec le pendentif.

Leur arrivée ne passa pas inaperçue. Merit savait indéniablement attirer l’attention grâce à son sourire. Alaia n’avait jamais rencontré de fille plus sûre d’elle. Elle-même, le feu aux joues, dut essuyer ses paumes moites sur sa robe ; d’habitude, elle ne frayait pas avec cette frange de la population.

Le jeune homme leva les yeux et pâlit. Il avala une gorgée de bière pour se donner contenance alors que Merit se laissait tomber sur le tabouret en face de lui. Indécise, Alaia hésita un instant, mais la voleuse lui désigna un banc à côté de leur table.

« Assied-toi petite sœur, ce ne sera pas long. »

Merit sourit à son vis-à-vis.

« Salut Perba. J’espère ne pas être en retard.

— Non… J’ai ce que tu veux.

— Parfait, montre-moi », minauda-t-elle en se levant pour s’installer sur les genoux du serviteur.

Alaia se tourna légèrement pour surveiller les alentours pendant que Perba faisait passer un parchemin plié à Merit. Là, ça devenait vraiment étrange : personne dans la bande ne savait lire. Qu’est-ce que Thémis pouvait bien espérer d’une feuille de fleur-du-roi ?

« On boit quelque chose ou on s’en va, dit le tenancier en s’approchant.

— Oh, mon ami ici présent va nous inviter, n’est-ce pas ? affirma Merit en dévoilant des dents remarquablement blanches.

— Euh, oui… Bien sûr. »

Perba fouilla dans sa maigre bourse et en tira deux deben qu’il posa sur la table. Le propriétaire observa les anneaux de cuivre et haussa les épaules.

« M’est avis que ton maître ne te paye pas pour inviter des filles de rien à boire, mon garçon.

— Ce sont mes affaires », rétorqua ce dernier en fuyant le regard de l’homme.

Le pauvre, songea Alaia. Qu’avait-il pu faire à Bastet pour que Thémis lui cherche des noises ? Comment un membre d’une maison marchande avait-il rencontré le chef des Musaraignes ?

« Et pour ce qui a été convenu ? s’enquit Merit sans se soucier du trouble de son interlocuteur.

— Ce n’est pas si simple, je dois en référer à l’intendant… C’est lui qui décide, pas moi.

— Oui, mais on sait tous à quel point le vieux t’apprécie, n’est-ce pas ? »

Perba rougit jusqu’à la racine de ses cheveux noirs. Alaia le sentait au bord des larmes. Elle reprit sa surveillance, troublée d’éprouver de la sympathie pour un inconnu. Peut-être parce que comme elle, il était l’esclave d’un homme qu’il semblait détester.

« Écoute, demain, nous t’enverrons Zeke. Tu le recommanderas avec ta meilleure volonté à ton intendant, comme ça tout le monde sera content. Thémis serait vraiment navré qu’il arrive quelque chose à ta pauvre mère. Une veuve, perdue dans la Ruche, qui sait ce qui pourrait lui arriver ?

— Vous êtes des ordures… marmonna Perba entre ses dents.

— Tu sais, ça me fait pas plaisir de te dire ça. Tu es un bon fils, qui donne de sa personne pour nourrir les siens. Je respecte ça. Fais ce qu’on te demande et je garantis sa sécurité. »

Alaia secoua la tête. Les menaces, les grands discours, c’était vraiment du Them tout craché. Perba ne savait pas dans quel guêpier il se laissait embarquer…

« Par ici, maître. Tu trouveras de quoi te désaltérer.

— Dans ce taudis ? Soit, c’est bien parce que j’ai les chevilles qui enflent… Quelle fournaise ! »

Deux personnes se présentèrent devant la maison de bière. D’abord, un homme à l’allure costaude qui promenait sa silhouette trapue et musclée avec assurance. Des sangles de cuir se croisaient sur son torse et un glaive de bronze pendait à sa ceinture. Son crâne rasé luisait de sueur au soleil. Derrière lui, occupé à agiter un éventail, un type énorme râlait d’une voix aigre tout en respirant plus fort qu’un bœuf essoufflé. La perruque qui protégeait sa tête était magnifique, tout comme sa longue toge de lin vert, taillée sur mesure pour contenir son ample bedaine. Comme Perba, il arborait une amulette autour du cou, mais en or et non en cuivre. Les symboles différaient, mais qui que fût cet homme, il appartenait aussi à une maison.

Aussitôt, le tenancier se fendit d’une courbette.

« Maître Khem, quel honneur de t’accueillir dans mon modeste établissement !

— Modeste, oui, répondit le nouveau venu d’une voix chevrotante. Si la chaleur ne menaçait pas de m’étouffer, jamais je ne m’y serais arrêté. »

Son garde du corps poussa un tabouret sur lequel maître Khem s’effondra dans un grincement de bois. Une forte odeur de transpiration mêlée à du parfum capiteux envahit l’espace. Alaia réprima son dégoût et fit mine d’ignorer les arrivants. Pourtant, son regard revenait sans cesse sur la ceinture de cuir du porc, à laquelle pendait une bourse aussi dodue que sa panse.

Sitôt servi en bière, maître Khem observa l’assistance avec un mépris non dissimulé. Perba, quant à lui, semblait sur le point de s’évanouir.

« Tiens donc, nota Khem, un employé du seigneur Lemphis, ici. Si je prenais un de mes coursiers en flagrant délit de paresse, je le ferais fouetter pour lui faire passer l’envie de gaspiller son temps avec des filles. »

Perba chassa Merit de ses genoux avec colère. Envoyée au sol, la voleuse amortit sa chute avec grâce et rajusta sa robe sur ses cuisses.

« Charmant.

— J’ai du travail ! Laisse-moi en paix. »

Il fila en évitant le regard plein de morgue de Khem. Alaia aidait sa consœur à se relever quand celle-ci lui chuchota à l’oreille :

« Le gros Khem est l’intendant de la maison Kleios. C’est un imbécile et une brute. Ne restons pas dans le coin. Je dois ramener le parchemin à Thémis.

— Alors, jeunes filles, on se prépare pour la fête du Renouveau ? »

La mention des célébrations d’Ishtar fit rougir Alaia. Elle n’avait jamais assisté aux processions, mais on parlait de rites orgiaques un peu partout en ville.

« Tu te méprends, mahil, corrigea Merit, nous ne sommes pas des ishtariennes.

— À te voir, vautrée sur les genoux de ce pouilleux, on aurait pu le croire, rétorqua Khem en s’éventant. Si tu cherches un protecteur digne de ce nom, je te suggère d’être plus sélective. »

Il se fendit d’un sourire qui atténua un instant l’épaisseur de son goitre. Puis, comme si en face de lui se trouvait une demeurée, il tapota ses genoux avec impatience. Debout derrière lui, le garde du corps leva les yeux au ciel.

C’était bien leur veine, déplora Alaia. Un serviteur prétentieux persuadé de posséder du pouvoir sur les autres. Merit redressa le menton, contourna les tables et s’apprêta à quitter la tente.

« Tu oses ? rugit Maitre Khem. Efrem, ramène-moi cette bâtarde Koushite ! »

Le garde saisit Merit par le poignet et l’arrêta.

« Maître Khem s’adresse à toi, ma fille.

— Et moi, je suis occupée. Ma sœur et moi devons partir. »

Efrem ramena la voleuse vers son patron. Celui-ci transpirait de fureur, son visage écarlate contrastait étrangement avec le vert de sa tenue.

« Personne ne m’ignore, petite traînée. Alors comme ça, ce freluquet a droit à tes attentions et pas moi ? Tu te crois assez belle pour me dédaigner, c’est ça ?

— Pardonne-moi, répondit Merit avec une peur réelle dans la voix. Je ne voulais pas t’embarrasser ni t’humilier… Tu peux sans doute avoir toutes les femmes que tu veux.

— Je me fiche de tes excuses. Efrem, apprend l’humilité à cette garce.

— Pardon, maître ?

— Casse-lui le nez. D’un coup de poing, comme tu sais le faire.

— Maître, c’est une fille…

— Je t’en prie, pitié… implora Merit en se débattant.

— Pas de ça chez moi, intervint le tenancier avec fermeté. Les contentieux se règlent ailleurs. »

Alaia observa l’assistance, les poings serrés. Personne n’interviendrait-il pour aider Merit face à cette brute ? Khem fronça les sourcils, fit signe à Efrem et se leva.

« Crois-moi, je ne souhaite pas m’attarder dans ton bouge, lâcha l’homme. Allons-y, ne la laisse pas partir. »

Le garde traîna Merit en larmes hors de la tente. Khem leur emboîta le pas en s’éventant. Ils ne parcoururent guère de chemin : Efrem poussa sa captive au fond d’une allée et la plaqua contre un mur.

« À moi ! cria Merit

— Personne ne viendra, se moqua Khem, ils me connaissent tous. »

Alaia disposait de peu de temps pour agir. Elle s’élança vers le gros type aussi fort qu’elle le put. Il poussa un glapissement, s’empêtra dans les plis de sa toge et chuta, entraînant son assaillante dans la foulée. Surpris, Efrem lâcha Merit et se tourna face au danger.

« Je t’avais oubliée, toi ! » pesta-t-il.

Alaia se redressa pour fuir, mais la grosse main de Khem emprisonna sa cheville. Elle retomba sur les pavés, où Efrem la maîtrisa rapidement.

« L’autre catin ? Tu es venue à la rescousse de ton amie, hein, haleta Khem en se redressant. J’espère que tu es contente, parce qu’elle t’a laissée à ton sort. »

Alaia chercha Merit du regard, mais le gros porc disait vrai : la voleuse était partie en l’abandonnant derrière elle. Khem abattit une main vengeresse sur sa pommette et la saisit par son turban pour la redresser, ce qui libéra ses cheveux sur ses épaules. Il interrompit son geste, une lueur nouvelle dans les yeux.

« Oh, regarde ça Efrem ! Une décherchéni… Je vais peut-être y trouver mon compte finalement.

— Maitre ?

— Des cheveux de sang, expliqua-t-il en humant les boucles d’Alaia. Et belle en plus de ça ! Dire que j’ai failli ne pas le voir. Gloire à Set ! Le temple me comblera de bienfaits. »

Alaia déglutit. Thémis l’avait prévenue : ne pas se faire voir, ne pas être remarquée pour cette maudite crinière. Elle avait envisagé de la raser, mais le chef refusait, craignant la colère d’Ishtar. Les cheveux rouges étaient sa marque, celle de l’épouse de Set. Les prêtres du chacal donnaient cher pour le sacrifice d’une décherchéni.

« Seigneur, je t’en supplie, pas ça ! implora-t-elle en s’accrochant à la ceinture de son bourreau. Je voulais juste protéger mon amie. Je ne suis rien, je ne vaux rien ! »

— Efrem, emmenons cette enfant au quartier des temples, mais avant, rajuste sa coiffe. Je ne voudrais pas que tout le monde voie ma trouvaille. »

Le garde renoua le turban alors qu’Alaia restait à genoux, les mains crispées autour de la ceinture de Khem. Bastet, un peu de chance, je t’en prie.

Un sifflement d’air retentit et Khem poussa un cri strident en portant les doigts à son front : un projectile venait de le heurter. Alaia écarquilla les yeux, vit le sang sur le visage de l’intendant et tourna la tête dans la direction du tireur. Charid ne cherchait pas à se cacher. Il gratifia le garde d’un geste particulièrement obscène avant de filer. Efrem allait le suivre quand il entendit la plainte de son maître.

« Je suis blessé ! Dieux, je me vide de mon sang ! »

L’homme hésita : la prisonnière valait cher, mais son maître était blessé. Alaia ne lui laissa pas le loisir de décider, elle courut vers le fond de la rue et s’enfuit aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Au loin, elle entendit les beuglements de maître Khem :

« Cette garce m’a dépouillé ! Retrouve-la ! »

La panique allait secouer les augustes Coffres d’Ouadjour, mais Alaia s’en moquait. Elle avait failli mourir parce que Merit l’avait abandonnée entre les mains d’une brute sanguinaire. Sans l’aide de Charid – que Bastet soit louée ! – elle serait en route pour le temple de Set dans l’indifférence générale. Elle pressa plus fort la bourse de l’intendant contre elle. Au moins, elle y avait trouvé une compensation.

La rumeur se répandait vite : des voleurs avaient agressé un honnête serviteur d’une maison marchande. Elle devait rejoindre la Ruche au plus vite. Il y serait plus facile de disparaître. Elle escalada un mur sans même y penser et observa depuis les hauteurs l’itinéraire le plus rapide. Passer par les toits et les terrasses était ancré dans ses réflexes. Et au moins, elle ne risquait pas d’y rencontrer la Medjaï.

*

Il lui fallut tout de même près d’une heure pour rejoindre le repaire que son petit groupe avait choisi au cœur de la Ruche : la maison de la vieille Kalia, une ancienne, sourde comme un pot et à moitié aveugle, qui ne montait plus jamais sur sa terrasse. À bout de souffle, elle se laissa tomber contre un mur ensoleillé et massa son visage endolori. La tension disparut, les larmes abondèrent dans ses yeux. Elle se sentit prise de tremblements incontrôlables et enfouit sa tête entre ses genoux. Les sanglots la soulagèrent au point de lui faire oublier le temps.

« Alaia ? Ça va ? »

On la secouait.

« Alaia parle-moi ! »

C’était la voix de Charid.

Elle redressa la tête pour le trouver agenouillé en face d’elle, rongé d’inquiétude. Elle ne put s’empêcher d’observer les marques de grêle sur sa joue gauche et son menton et les effleura du bout des doigts. Le contact de la peau de son ami l’apaisa. En réponse, Charid repoussa quelques boucles derrière son oreille et vit sa pommette enflée et écorchée. Son visage se ferma, il se leva en silence et fit les cent pas, les bras croisés.

Senon prit sa place et frotta les mains d’Alaia avec gentillesse.

« Dans quel merdier t’es allée te fourrer ? »

Les mots glissèrent tous seuls. Alaia ressentait le besoin de se confier à ses compagnons. Elle leur raconta tout, du parchemin étrange à la défection de Merit, jusqu’aux menaces de Khem qui voulait l’offrir à la dague des setites.

« La garce, elle t’a lâchée alors que tu l’as secourue. Elle est bien comme Them, celle-là, marmonna Charid. Ils vont m’entendre, je te le dis.

— Tu ne diras rien du tout ! T’as rien à voir là-dedans, c’est entre elle et moi. » Alaia renifla. « Je vous remercie, tous les deux. Comment avez-vous su ? »

— Ce grand benêt a insisté pour qu’on vous suive, qu’est-ce que tu crois ? Bref, on a rien foutu de la journée, on va entendre la fouine ce soir. Dis donc, ça enfle, c’est pas joli à voir. 

— Par la Mère de tous les chats, je ne veux pas finir défigurée à vie par ce gros porc !

— On n’a pas de quoi soigner ça au terrier, fit remarquer Senon. Comment on va faire ?

— Il faut trouver un rebouteux, il nous filera des herbes ou quelque chose, réfléchit Charid. Le Mède pourrait nous aider ! Vous savez, l’herboriste, Khazid ! »

Alaia secoua la tête, les lèvres pincées.

« Pas question. C’est un empoisonneur, pas un guérisseur. Il est akhou, j’en suis sûre. Non, je vais aller au dispensaire voir les prêtres.

— Ah ! Et comment tu comptes les payer ?

— Je paierai rien du tout. Ce type me doit un dédommagement, répondit-elle en montrant la bourse de Khem. Je la lui ai prise quand tu l’as caillassé. Je paye mes soins et on partagera le reste. Vous l’avez bien mérité.

— Par Bastet, tu ne perds jamais ton temps. » Charid sourit et l’étreignit. « Je ne laisserai plus jamais personne te traiter comme ça, tu m’entends.

— Je te crois », mentit-elle.

Combien de fois avait-il prononcé cette phrase ? Des dizaines, voire des centaines ? Au moins, cela avait le mérite de la réconforter.

*

Au cœur de la ruche, on trouvait peu de membres du clergé. Les seuls à y officier étaient des prêtres de Thoth, adeptes de la médecine. Depuis les grandes épidémies qui avaient ravagé le Ventre de la Vache, de Djedou à Fayat, une vingtaine d’années plus tôt, les sounous, ou guérisseurs, veillaient à la salubrité publique jusque dans les bas-fonds des villes. Leurs soins requéraient toutefois des offrandes hors de portée d’Alaia, qui ne possédait rien.

Jusqu’à aujourd’hui.

Pour la première fois, elle pénétra dans le modeste dispensaire. Elle sentait les herbes et les encens, son sol et ses murs étaient propres. Un autel accueillait les visiteurs, avec une statue du dieu à tête d’ibis, les mains tendues, paumes levées. Alaia ouvrit la bourse et sa bouche suivit le même mouvement : elle découvrait de la monnaie dont elle ignorait l’existence. Des pièces en bronze ornées d’un char conduit par un guerrier à la haute coiffe, d’autres en céramique, gravées de quartiers. Elle laissa tomber une roue de bronze devant la statue. Le tintement du métal fit venir un homme hâlé au crâne nu, vêtu de blanc. Il haussa un sourcil en observant sa patiente puis la mena dans une salle fraîche.

« Je vois, ça enfle, mais ce n’est pas très grave.

— Je vais garder une cicatrice ? » s’inquiéta Alaia.

L’homme posa ses doigts sur la pommette et toucha doucement la plaie. Alaia se tendit. C’était douloureux, mais plus par le souvenir de la journée que par la blessure elle-même. Le sounou fronça les sourcils et ferma les yeux. Il semblait concentré, mais quand il rouvrit les paupières, un soupçon de perplexité se lisait dans ses prunelles noires.

« Quoi ? s’inquiéta-t-elle. Un problème ?

— Pas vraiment. Juste une sensation étrange autour de ton djet… »

Alaia hocha la tête sans comprendre le moindre mot de son interlocuteur. Rien d’étonnant à cela, les prêtres aimaient s’entourer de mystère.

Le guérisseur passa un baume au doux parfum sur la pommette enflée et s’essuya les mains.

« Voilà, rien de tel que l’aloès et le miel pour éviter les infections et apaiser le feu d’une blessure. Comment t’es-tu fait cela ?

— Une mauvaise chute, répondit Alaia.

— Je vois. Tu peux partir mais prend garde où tu mets les pieds. Les dieux te regardent, décherchéni. »

Alaia dévisagea le sounou et reçut un simple salut bienveillant en retour. Perturbée, elle quitta le dispensaire pour retrouver ses camarades, non pas à la porte principale, mais près d’un affaissement de la muraille à l’est de la ville, qui leur permettait de se faufiler en toute discrétion en dehors de Djedou. Elle contempla sa robe neuve désormais tachée de son sang et de terre avec désolation. Thémis serait contrarié, pour sûr…

Idiote ! La robe sera le cadet de ses soucis. Prépare-toi à tâter de la Fleur-du-roi !

Visite guidée de Djedou 1 | La Ruche

C’est parti, le Cycle du Dieu Noir a débarqué sur le blog vendredi dernier. Nous avons découvert la première (més)aventure d’Alaia dans les rues de Djedou. Histoire d’accompagner le texte, je vous propose une visite guidée de la ville en plusieurs épisodes. Après tout, le cadre est important, je considère Djedou comme un personnage à part entière dans cette première saison.

Je vous présente donc le premier fragment de la magnifique carte dessinée par Steph avec une patience infinie. J’espère qu’elle vous plaira et qu’elle vous aidera à vous repérer durant votre lecture.

Sans plus tarder, faisons connaissance avec…

La Ruche

La Ruche, c’est un peu le sale quartier de Djedou. Alors que les classes aisées et les notables prenaient possession des hauteurs, ils ont progressivement exilé les défavorisés sur la rive, les abandonnant à la merci des crues annuelles du fleuve Neilos. Le sol de la Ruche est un amalgame de sable et de boue noire, les maisons sont inondées chaque année et si ce quartier accueille les voyageurs et les caravanes, il compte également dans ses habitants nombre de voleurs et de trafiquants. Ses allées étroites et tortueuses sont des coupe-gorges où la Medjaï évite d’intervenir. D’une façon générale, les gens raisonnables se tiennent loin des taudis.

Institutions

Trois temples restent pourtant au cœur de la Ruche: le dispensaire financé par Thot, qui préfère surveiller la salubrité du quartier et éviter le développement d’épidémies, celui d’Hathor, déesse des cultures et de la fertilité, qui veille sur le bétail et accueille les fermiers environnants quand ils en ont besoin, et celui de Nebetou, la Dame du désert, qui protège les caravanes pendant leurs longs voyages.

Commerce

Comme le montre la carte, la Ruche est le point d’arrivée et de départ des caravanes. Si la plupart des marchands préfèrent vendre leurs marchandises plus haut en ville, là où se trouvent les vrais négociants, certains campent l’allée des siffleurs, une rue marchande bruyante et encombrée de chariots, d’étals et de bestiaux impropres à être vendus aux classes supérieures.

Les caravaniers disposent d’un établissement pour se reposer, boire de la bière et et disposer de galante compagnie pendant leur séjour. Malgré son nom civilisé, La Maison des caravaniers se targue de l’étiquette « maison de bière et de toutes les bonnes choses », mais n’est en fait qu’un bordel à peine amélioré, que le temple d’Ishtar a renoncé à faire fermer.

Artisanat

Parmi la population de la Ruche, on trouve nombre d’artisans dont le travail les rend peu populaires, voire impurs aux yeux des autres Kemites, comme les lingères, les bouchers, ou les tanneurs qui doivent même effectuer leur travail sur une île à proximité de Djedou. Sans être ostracisés, ils sont considérés avec un mépris que leur travail ne mérite pourtant pas.

Voilà pour cette première incursion à Djedou. J’espère que ça vous a envie de venir y passer vos prochaines vacances ! Comme toujours, sentez-vous libre d’intervenir, de poser vos questions si vous en avez. en attendant, je vous dis à vendredi !

Bonne et heureuse année 2018 !

Une année s’achève, une autre commence…

Tournons la page 2017 et découvrons-en une nouvelle, blanche et prête à être couverte d’encre ! Je vous souhaite une année 2018 riche en expériences, en succès et en petits bonheurs. Qu’elle nous soit douce et clémente. Je suis ravie de vous retrouver ici pour commencer cette année sur la Plume d’Aemarielle. Merci à celleux qui me suivent régulièrement depuis l’ouverture de ce blog !

Pas de bilan, mais un programme

Je n’ai pas spécialement envie de détailler le bilan de mon année 2017, c’est un peu trop personnel et pas forcément très glorieux. Ce qui ne m’a pas empêchée de le dresser pour moi afin d’en tirer des enseignements. En résumé, trop de stress et pas assez d’écriture à mon goût.  

À la place du fameux bilan de fin d’année, je passe directement au programme des réjouissances qui auront lieu sur le blog.

Plus de contenu d’une manière générale

J’ai envie de développer ce blog et de communiquer davantage avec vous par ce biais, afin de limiter ma manie de scroller inutilement des heures durant sur Facebook et Twitter. Je veux prendre le temps de partager ici non seulement mes textes, mais mes sources d’inspiration, mes lectures ou même les films qui m’auront marquée, pourquoi pas ? Et bien sûr, toujours mes coups de cœur organisation, mes carnets préférés et mes dessins, cela va de soi.

Je place 2018 sous le signe de la créativité et de la confiance. Je parle ici de confiance en moi, en ce que je crée.

Publication

Le #vendredifantasy fait son apparition avec la publication du Cycle du Dieu Noir sous forme de série littéraire à compter du vendredi 5 janvier 2018. J’avais commencé à le publier sur Wattpad il y a quelques mois, mais la plateforme ne m’a pas donné satisfaction pour diverses raisons, du coup, je préfère le garder ici, sans autre contrainte que celle que je me fixerai.

Et en dehors du blog :

Je poursuis ma petite quête personnelle autour du minimalisme, avec de petits challenges liés au désencombrement de mes placards et une consommation moins compulsive, plus raisonnée.

Je reste impliquée sur le forum CoCyclics, en espérant pouvoir y être plus présente que sur la fin d’année, qui a été très compliquée question temps.

Je me lance dans un défi personnel : me mettre à la course à pied 2 fois par semaine. Mon objectif à long terme est d’arriver à courir 30 mn, sans pression. Je le fais pour mon endurance en berne, mais surtout pour mon moral. Je cherche une activité qui me défoule et me déstresse sans me coûter un bras. Et puis, je l’avais mis dans mon tableau d’intentions 2018.

Je suis d’ailleurs très fière de ma première séance, effectuée ce matin, après une soirée festive et gastronomique !

Bon, il se peut que je vous concocte quelques billets autour de ces défis, c’est plus motivant d’échanger avec vous que rester seule dans son coin.

Si ces sujets vous intéressent et que vous avez envie de me lire, je vous invite à vous abonner au blog pour être tenu.e.s au courant des publis à venir.

D’ici là, Chibi Aemarielle et moi vous souhaitons encore une très belle année !

 

 

Le Cycle du Dieu Noir : Djedou, la carte

En vue de la publication prochaine du Cycle du Dieu Noir en série ici-même, je me suis dit que ce serait sympa de préparer le terrain pour les hordes de quelques lecteurs d’avoir une idée de l’endroit où va se passer la majeure partie de la saison 1.

J’ai la chance d’avoir à mes côtés un artiste talentueux qui adoooore réaliser ce genre de choses, donc je lui ai demandé d’illustrer Djedou. On a beaucoup discuté en amont, en plus il connait l’histoire, autant dire qu’il était le plus compétent pour la représenter.

De mon côté, j’avais d’abord peint une petite illustration à l’aquarelle de l’extérieur de la cité.

Ma série débute dans un cadre urbain et je considère la ville comme un personnage important, en tous cas, j’espère parvenir à lui donner cette profondeur. Mes personnages principaux viennent tous d’ici, ils évoluent dans des mondes différents, mais toujours à l’abri des murs de Djedou.

Mais là, Steph a atteint un niveau de détail dont je suis bien incapable. Tout est formidable dans cette carte : les couleurs, le fourmillement des maisons, les différences entre quartiers, c’est vraiment génial de pouvoir visualiser la cité portuaire avec autant de précision, je suis fière et ravie !

Merci de ne pas réutiliser cette carte sans l’autorisation de son auteur

Ne manquent plus que les légendes pour compléter l’ensemble, et la carte sera parée pour accompagner le texte. De son côté, Steph a expliqué son travail sur son propre blog, Artis-Delirium. N’hésitez pas à aller lire comment il procède et à lui laisser un petit mot si le résultat vous plait.

Alors, vous la trouvez comment cette carte ?

Vendredi fantasy #7: le Cycle du Dieu Noir sur Wattpad

Hello tout le monde,

ça y est, le 7ème extrait du Cycle du Dieu Noir est posté sur Wattpad. Cette semaine, on entrevoit l’influence divine sur le récit.

J’ai toujours aimé les récits mythologiques où les dieux interviennent dans la vie des mortels. Pourtant je suis moi-même complètement athée, allez comprendre ! 🙂

Ceci dit, je préfère toujours que ça reste subtil, donc les miens ne se manifestent pas de façon aussi claire que dans le Choc des Titans, par exemple. NDLA: je parle du vieux film, hein, pas de son médiocre reboot !

Petit à petit, leur présence va se faire sentir de façon de plus en plus palpable, pour le bonheur des uns et le malheur des autres. Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse découvrir ça dans le dernier chapitre :


Que lire de beau sur Wattpad ?

Cette semaine, je vous présente Salicorne, un roman mêlant Science-fiction et fantasy écrit de main de maître par KAKY31, qui se déroule dans un monde colonisé par d’étranges et belliqueuses créatures.

J’aime beaucoup la plume de cette auteure au vocabulaire particulièrement riche, mais qui ne nous assomme pas sous un style trop ampoulé. Les personnages sont creusés, l’atmosphère parfaitement décrite. Ça se savoure tranquillement.

Et voilà, ce sera tout pour ce soir, les amis. Ma semaine fut épuisante et j’ai grand besoin de me reposer !

Je vous retrouve dimanche pour de nouveaux gribouillis!

Écriture : La genèse du Cycle du Dieu Noir

Bonjour à vous !

Ces derniers temps, je vous ai beaucoup parlé des outils que j’utilise pour écrire, suivre mes projets, mais force est de constater que je suis assez discrète sur le contenu de mon roman lui-même. Non par peur d’un éventuel vol d’idées, mais plus par timidité et peur de déranger.

Aujourd’hui, j’ai donc décidé de vous parler un peu plus en détails des origines du Cycle du Dieu Noir.

Commençons par un résumé:

Le Dieu Noir s’est éteint depuis des siècles, assassiné de la main de son « frère » Set, qui a revendiqué le trône et la main de la Reine des Cieux. Cette dernière, dans l’ombre, ourdit patiemment sa vengeance contre l’usurpateur qui l’a spoliée de son pouvoir et de son époux.

Sur la terre de Kemet, Alaia, une orpheline élevée parmi une bande de voleurs, croise le chemin d’un guerrier inconnu. L’homme transporte une gemme mystérieuse, dont l’appel attire étrangement la fillette. Si Alaia est loin de mesurer le pouvoir qui vient de la frôler, elle se retrouve néanmoins emprisonnée dans la toile tissée par la puissante et retorse Astarté, qui rêve de restaurer sa grandeur perdue.

L’idée de poser cette histoire sur le papier m’est venue après une longue campagne de jeu de rôles dans un univers aux parfums d’Antiquité.

(Pour de plus amples explications sur le jeu de rôles, je vous invite à lire l’article très complet rédigé par Dorian Lake sur son blog.)

À ce moment là, il y a environ trois ans, je n’allais pas très bien moralement et j’avais besoin de me vider la tête. L’envie d’écrire s’est imposée d’elle-même. Jusque là, je n’avais rien écrit d’autres que des historiques pour mes différents personnages. Pas de nouvelles, pas de roman laissé dans un tiroir, rien. Et aucune expérience de la création littéraire non plus, en dehors d’une longue liste de lecture dont il a fallu que je tire l’essence pour savoir comment débuter mon récit.

Ce que je savais faire, en revanche, c’était créer des personnages et leur donner une famille, une vie, des objectifs et des projets. Je suppose que c’est grâce à cela que j’ai mené le tome 1 à son terme au lieu d’abandonner cette idée saugrenue ! (Ça et le soutien sans faille de Monsieur !)

J’avais envie de parler de mes personnages, de les voir évoluer, grandir, souffrir et aimer. C’était au moins un début.

Quand j’ai posé les bases du Cycle du Dieu Noir, je connaissais :

  • l’objectif du récit, puisque je l’avais longuement joué
  • le personnage principal
  • quelques antagonistes

Je savais que je voulais:

  • une femme comme personnage central et si possible, pas une femme sachant manier l’épée à deux mains comme personne et/ou animée d’une envie de vengeance, pouvoir, conquête, trouver le prince charmant, devenir le sidekick de l’élu de la prophétie etc. (Attention, certains romans impliquant ces caractéristiques sont très bien, c’est juste que le schéma ne me parlait pas pour le Cycle du Dieu Noir. ^^)
  • qu’elle ne soit pas la seule femme du récit
  • que les dieux interviennent dans l’histoire, mais de façon subtile.
  • revisiter le thème Isis Osiris.
  • que l’ambiance serait résolument sombre
  • Qu’on puisse reconnaître quelques aspects de notre monde, sans pour autant s’y trouver.

Je précise que ce n’était pas juste pour le plaisir de parler de sexe et de violence que j’évoque l’ambiance sombre, mais parce qu’ayant été nourrie depuis l’enfance avec des bouquins de mythologie Grecque et Égyptienne – les parents ne savent pas toujours ce qu’ils font ! ^^ –, certains récits impliquant meurtres, viols, enlèvements, inceste m’ont laissée imaginer que, non, je n’allais pas écrire la vie des Bisounours !

Ce que j’ignorais:

  • Comment mener Alaia, mon héroïne, du point de départ à l’arrivée, c’est-à-dire au terme de sa quête, tout en la faisant grandir et mûrir de sorte qu’on s’attache à elle malgré ses nombreuses fêlures et défauts.
  • Combien de tomes je voulais vraiment écrire. Je suis passée par des phases de 3 à 6 volets. Finalement, je me demande si le format série n’est pas plus adapté à ce que j’ai envie de développer.
  • Comment introduire les antagonistes de façon crédibles, sans rester dans le schéma classique : « Méchant sorcier noir convoiter puissant artefact-qui-menace-le-monde, tuer famille du brave et courageux héros (forcément en possession de ce maudit truc ) et le poursuivre sans relâche jusqu’à bataille finale !! »

Ces éléments ont heureusement eu le temps de décanter au fil de l’écriture et des réécritures ! En plus, j’ai acquis des connaissances à force de fréquenter les forums comme CoCyclics et tous les sites dédiés aux auteurs.

Quand j’ai commencé sa rédaction, j’ai naturellement pensé que Le Cycle du Dieu Noir se destinait aux adultes, au vu de son contenu explicite. Aujourd’hui, je me demande si en réalité, je n’ai pas écrit du Young Adult, étant donné qu’Alaia et ses camarades sont assez jeunes. mais bon, franchement, je ne m’embarrasse pas trop de ces considérations. Le plus important pour moi est le plaisir d’écrire cette histoire et de vous offrir un bon moment de lecture.

Et vous, d’où vous viennent vos idées pour vos projets ? N’hésitez pas à venir en discuter par ici !

Bonne semaine à vous! 🙂

Aemarielle

Mes outils d’écrivain #2: gérer son univers

Bonjour tout le monde, j’espère que votre semaine commence bien !

Aujourd’hui, je continue dans ma série de la rentrée sur mes outils d’écrivain. Dans un article précédent, je vous parlais de mon carnet d’écriture, où je gère mes idées, mes notes, le squelette de certaines scènes, mon plan de correction, etc.

Cette fois, je vais vous expliquer ce que j’utilise pour gérer l’univers du Cycle du Dieu Noir. Et comme vous l’imaginez bien si vous me suivez régulièrement, on va parler papier.

Un cahier pour rassembler mes notes :

Cahier LCDN 1

Je vous présente ma bible, le Précieux qui renferme toutes mes notes sur le Cycle du Dieu Noir. Dans les faits, un simple cahier à la couverture en Kraft, que je me suis empressée de personnaliser en dessinant Alaia ! On ne se refait pas! 🙂

Parce qu’écrire, c’est de la recherche:

Une lectrice sur Wattpad me demandait récemment si je faisais beaucoup de recherches pour créer mon monde. La réponse est un grand oui. Même si comme moi, on écrit un roman de fantasy, située dans un univers imaginaire, il est essentiel que l’ensemble reste cohérent. Pour ma part, mon roman s’inspire de l’Égypte ancienne, entre autres. Je suis donc sans cesse amenée à me documenter pour créer l’ambiance, vérifier certains détails et éviter des anachronismes tout bêtes, genre servir de la dinde à table, alors qu’il n’y en avait pas en Égypte à l’époque. Oui, l’un de mes bêta lecteurs (très proche !) savait ça, moi pas ! 😀

C’est aussi mémoriser certains éléments essentiels:

Par exemple, j’avais collé une petite carte en première page, pour me souvenir de la géographie des lieux. Aujourd’hui, elle est obsolète, il faut que je la change. Mais elle m’a tout de même bien servi!

Cahier LCDN 2
Un sommaire, ça peut servir ! Merci le bullet journal pour ce réflexe 🙂

 

Vous voulez vous souvenir de votre organisation politique ou judiciaire ultra détaillé ? Mieux vaudrait la noter, alors !

Vos fiches de personnages y trouveront aussi leur place, si jamais vous en avez marre de vérifier dans votre texte que tel personnage a bien les yeux bleus ou que l’orthographe de son nom vous échappe !

Pour me faciliter la vie, je me suis fait quelques organigrammes, notamment pour mon panthéon, histoire de me rappeler qui fait quoi, qui a une liaison avec qui ou qui déteste qui.

 

Cahier LCDN 3
Oui, Set s’est envoyé en l’air avec pas mal de déesses et a même un amant ! C’est bon d’être le roi! ^^

 

Cahier LCDN 4
Un peu de politique et d’organisation, ça ne fait jamais de mal !

C’est là que je me rends compte que je ne suis plus si jardinière que cela, quelques réflexes d’architecte apparaissent chez moi.

Là par exemple, j’ai prévu un topo sur un ordre d’enchanteresses, histoire de me donner des bases sur leurs pouvoirs, leur cadre social, etc.

Cahier LCDN 5

Et bien sûr, c’est un outil qui me sert à développer mes personnages. J’y rédige une petite bio, quelques pistes sur leurs motivations et même des fois, je trouve le moyen de les dessiner tout nus! 😉

Désolée pour le texte caché, c'est pour préserver certains secrets !
Désolée pour le texte caché, c’est pour préserver certains secrets !

Bien évidemment, pour certains, les logiciels comme Excel, Scrivener ou One Note rempliront exactement le même rôle. Il faut utiliser ce qui fonctionne le mieux pour soi. Mais pour ceux qui, comme moi, sont habitués au papier, je ne peux que conseiller d’avoir un endroit où tout compiler. Ça peut être un classeur, un bloc-notes, mais à mon avis, il vaut mieux pouvoir tout retrouver facilement. J’éviterais les post-it répartis partout dans le bureau, par exemple ! C’est un bon moyen pour se perdre.

Voilà quelques explications sur mon aide-mémoire dédié à mon roman actuel. J’en utilise un autre pour L’héritier du Shogun, je trouve ça très pratique pour développer ses idées.

Et vous, comment gérez-vous la création de votre monde, de vos personnages ? Support numérique, papier ? Passez-vous beaucoup de temps à faire des recherches ? Comment conservez-vous tout ça?

Peut-être cet article vous a-t-il donné des idées, ou alors avez-vous envie de partager vos tuyaux? Soyez-les bienvenus en commentaires, n’hésitez pas à venir en parler !

Passez une très belle semaine!

Vendredi fantasy #5 : Le Cycle du Dieu Noir sur Wattpad

Bonjour à tous,

cela me fait un drôle d’effet d’écrire cet article de si bon matin, mais que voulez-vous, il faut bien aller travailler !

Donc, comme chaque vendredi depuis août, je vous offre un nouveau chapitre du Cycle du Dieu Noir en lecture libre sur Wattpad. Cette semaine, un passage assez sombre, qui a perturbé quelques unes de mes lectrices sur un forum d’écriture quand je leur ai fait lire la première fois, au point que l’une d’elles m’a demandé de prévenir quand je postais des extraits Public Averti, car elle préférait ne pas les lire !


C’est vrai qu’il est violent et très noir. Je pense que quand on me connait, on ne s’attend pas forcément à ce genre de textes de ma part, étant donné mon caractère assez calme et modéré. C’est une erreur ! Au fond de moi se cache une auteure cruelle, qui déteste la violence, mais qui n’a pas vraiment peur de la décrire.

J’écris des scènes sanglantes – rarement gores parce que je ne cours pas après, mais il faudra que je m’exerce – des scènes érotiques, parfois très très épicées. Je n’y peux rien, j’ai été élevée à la sauce Régine Deforges, je suis restée fascinée par son style souvent cru, mais toujours élégant, sa façon d’explorer l’histoire, de sculpter ses personnages. Si je lis principalement de la SFFF, Régine Deforges reste mon mentor sur beaucoup de points.

Que lire de beau sur Wattpad autrement ?

Si vous aimez le fantastique, le soleil de Californie, les vampires et les sorcières, alors Love Bites est pour vous ! Dorian Lake nous offre une série débutée il y a déjà plusieurs mois, rédigée sans plan ou presque, avec une galerie de personnages savoureux et des intrigues plutôt bien ficelées ! Si le personnage principal, Taylor, est plutôt rigolo, ma préférence va à Lionel, mais je ne dirai pas pourquoi! ^^

Sur ce, je vous retrouve dimanche et je vous souhaite bon courage pour cette fin de semaine !

Gribouillis #4 : Djedou

Bonsoir les amis,

nous sommes dimanche, le jour de mes petits dessins ! Cette fois-ci, je vous présente un personnage important par la place qu’il occupe dans mon premier roman: il s’agit de la cité de Djedou !

Djedou
Ça se voit que je n’ai pas l’habitude de dessiner des bâtiments? ^^

Cette ville se trouve au nord du Kemet, au cœur du Ventre de la Vache (c’est-à-dire le delta du Nil si l’on se référait à notre monde), c’est un lieu important pour le commerce international. Djedou compte plusieurs milliers d’habitants, de tous horizons et origines. Elle abrite également le plus ancien et le plus grand temple d’Astarté de tout Kemet. D’ailleurs, la Reine des Cieux a longtemps été la protectrice de la Nome (province).

Aujourd’hui, le culte de Set gagne du terrain et supplante progressivement celui de son épouse en influence et en richesses, mais le temple d’Astarté n’en demeure pas moins le plus somptueux.

Sur le dessin, on distingue, dans la zone médiane, une partie de la Ruche et toutes ses minuscules maisons imbriquées dans des ruelles tout aussi minuscules. À mesure qu’on monte, les constructions sont plus spacieuses, bâties dans des matériaux plus nobles, on se dirige vers les beaux quartiers ! J’ai inclus une grande place, en aplomb d’une falaise, qui n’était pas prévue au départ, mais qui sert pour les cérémonies religieuses.

En fait, en dessinant la ville, je me suis donnée une idée plus claire de la façon dont je la vois et il faudra que je le précise dans mes descriptions.

Comme quoi, j’ai une approche assez visuelle des choses, pour moi, rien de tel qu’un crayon et du papier pour poser des éléments plus tangibles dans mon esprit.

Alors, est-ce que Djedou vous plait ? Pour les personnes qui ont un peu suivi l’histoire, ressemble-t-elle à l’idée que vous vous en faisiez? (Je comprendrais que non, vu qu’elle est aussi un peu différente de ce que j’avais en tête au départ! ^^)

En attendant, je vous souhaite une bonne fin de week-end!

Aemarielle