Ecriture : serais-je en train de devenir architecte ?

Pour ceux qui l’ignorent, je me suis mise à l’écriture en 2013, soit assez tardivement, avec la trentaine. Bon, j’ai toujours eu la fibre littéraire, ce n’est pas pour rien que je suis sortie d’un Bac L, mais je préférais lire, je ne me sentais pas capable de raconter des histoires. Je laissais ça aux autres, plus doués – oui, mon manque de confiance en moi remonte à loin !

C’est un mal-être général qui m’a laissé penser que peut-être, je n’autorisais pas assez ma fibre créative à s’exprimer. Pourquoi ne lui donnais-je pas une chance ? Pourquoi me concentrais-je uniquement sur le travail, au point d’en tomber malade ? J’ai donc entamé la rédaction du Cycle du Dieu Noir, d’abord à titre thérapeutique, avant de bien vouloir admettre que non seulement, c’était génial d’écrire, mais qu’en plus je n’y étais pas trop mauvaise.

À partir de ce moment-là, j’ai commencé à me documenter, à chercher les moyens de progresser et découvert des concepts comme les points de vue, les dialogues, l’art de concevoir une histoire et de la préparer. J’ai découvert que chaque écrivain fonctionne à sa manière, notamment ce que G.R.R Martin appelle les jardiniers et les architectes. Ceux qui fonctionnent à l’instinct ou avec un plan déjà bien précis.

Sans surprise, j’étais une jardinière…

Rédiger un plan ? Pourquoi faire ? J’avais une idée du début et de la fin en tête, des personnages assez clairs, tout était bon ! Je voyais à peu près la route à suivre, même si parfois mes héros me faisaient bifurquer brusquement vers l’imprévu et j’adorais leur laisser la main.

Au fond de moi, je suis désorganisée, mais je finis toujours par arriver à destination. C’est juste long, très long. Trop long. Cela explique sans doute mon intérêt pour les outils comme le bullet journal, comme une volonté de ma part de structurer mes pensées et mes actions pour gagner du temps.

Les jardiniers sèment leurs idées, les arrosent, les laissent croître à leur rythme, selon l’angle qu’elles choisissent. C’est un peu le chaos, ça prend du temps, mais à la fin, en général, ils obtiennent un jardin luxuriant. Charge à eux de tailler, repiquer et désherber pour donner à cette masse sauvage l’aspect ciselé d’un roman. Ou d’abandonner, découragés par la masse de travail, c’est selon !

Du travail, encore du travail…

Etre un jardinier implique en effet un somme considérable de boulot après coup. Quand j’ai écrit le premier jet du tome 1 du Cycle…, c’était un pavé énorme, brut, sorti tout droit du terreau de mon imagination, mais impossible à éditer en l’état, je l’admets aujourd’hui. Cela m’a poussée à réfléchir à sa réécriture. Et aussi à ma façon d’écrire.

Si je ne me cadre pas, ma réécriture sera encore plus bordélique que la précédente. C’est pourquoi j’ai décidé de laisser parler la minuscule part d’architecte qui sommeille en moi.

Poser des bases avant l’écriture

Au contraire des jardiniers, les architectes, eux, préparent le terrain avant de commencer la rédaction. Ils peuvent avoir un synopsis détaillé, des fiches de personnage, une bible d’univers complète avant de se lancer et savent précisément ce qu’ils vont écrire, même s’ils peuvent se laisser la liberté de modifier leur plan.

L’inconvénient de cette préparation, c’est que parfois, à force de jalonner le chemin, on finit par tellement connaître l’histoire qu’on se retrouve à ne plus avoir envie de l’écrire.

Ce que j’essaye de mettre en place, c’est un mélange harmonieux de ces deux aspects de ma personnalité : la bordélique à l’imagination débridée et la fille organisée qui chapeaute un peu l’ensemble. Je suis convaincue qu’elles peuvent bosser ensemble.

Ma méthode actuelle :

  • Je rédige un squelette pour chaque gros épisode.

Quels événements sont prévus ? Où doivent aller les personnages ? Quelle conclusion ? Pas trop de détails, juste un cadre qui me laisse encore de la place pour improviser.

  • Je prépare un mini synopsis de chaque scène avant de l’écrire
  • Plus de premier jet à l’ordi.

J’écris d’abord sur papier avec un stylo. Pourquoi ? Parce qu’écrire à la main nécessite plus d’effort qu’au clavier. Un effort conscient qui me pousse à réfléchir à mes phrases, à peser mes mots. Comme je me fatigue plus vite à la main, je cadre davantage l’histoire, j’écris un premier jet concis et j’évite la dispersion. Une fois que je reprends mon chapitre sur le PC, je suis libre d’aménager mes descriptions, ciseler mes dialogues et ajouter les détails qui manquent à chaque scène. En plus, écrire à la main me détache de l’ordinateur et surtout d’internet, donc je me concentre plus et je procrastine moins !

Bien sûr, au fil de l’eau, j’ajusterai cette méthode pour l’améliorer.

Et vous, comment pratiquez-vous l’écriture ? Préparation complète avant ? Plongée en apnée et advienne que pourra ? Racontez-moi, ça m’inspirera peut-être !