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Libérez votre créativité | Julia Cameron

Cet été, je me suis offert quelques livres sur la créativité et la façon dont on peut la retrouver quand elle est partie en vacances, ou l’entretenir et l’aider à s’épanouir. C’est un sujet qui me passionne parce que la créativité et moi entretenons une liaison parfois fluctuante, souvent conflictuelle et tout à fait imprévisible. 

Madame s’absente parfois des semaines, voire des mois, elle rejaillit quand j’estime ne pas avoir le temps, s’évapore quand je m’assied à mon bureau, motivée à avancer. Elle est espiègle, inconstante, mais revient toujours quand je ne l’attends pas. C’est… amusant (non), séduisant (non, toujours pas) et charmant (en fait c’est très énervant).

Parmi les ouvrages de références pour les artistes en quête d’un rapport sain et nourrissant avec leur créativité, figure The Artist’s Way, de Julia Cameron, romancière, scénariste et poète entre autres choses, autrice de l’un des ouvrages les plus lus en matière de développement personnel. Lu par beaucoup de monde sauf moi. Jusqu’à maintenant.

12 semaines pour renouer avec son artiste

En terme de contenu, Libérez votre créativité a été écrit il y a longtemps (1982) et cela se ressent dans le style et le côté un peu vieillot des exemples utilisés. je crois qu’il existe une version plus récente, mais ce n’est pas la mienne. On peut aussi être un peu gêné par les mentions récurrentes à Dieu ou au grand créateur, mais je me contente de faire l’impasse ou de remplacer par l’Univers, ça marche aussi. J’ai pris l’habitude en lisant les 4 accords toltèques

J’ai tendance à dévorer ce genre de bouquins, mais dans le cas présent, Libérez votre créativité se savoure par petites touches, ou plutôt par semaines. En effet, l’idée est de suivre un programme de réconciliation avec son artiste intérieur à l’aide d’explications et d’exercices à appliquer chaque semaine. Pour le moment, j’en suis à la semaine 2 sur 12 et je suis agréablement surprise par les premiers effets des conseils de Julia Cameron sur moi. 

Faites vos pages du matin

Le premier pilier du programme, ce sont les pages du matin – ça doit parler aux adeptes du Miracle Morning – un exercice non négociable à faire dès le lever pour clarifier son esprit et le nettoyer de tout ce qui le pèse. L’idée est de prendre un carnet et de noircir 3 pages chaque jour, sans se soucier de la forme.

C’est pour cela que Julia Cameron parle de faire ses pages, plutôt qu’écrire ses pages, car elle a constaté que souvent, les écrivains se bloquent à l’idée de mal écrire, de faire des fautes, alors qu’il ne s’agit pas de juger ce qu’on jette dans ce carnet. D’ailleurs il ne faut surtout pas les relire avant au moins 8 semaines et encore moins les montrer à qui que ce soit. On écrit en mode automatique, on laisse couler ce qui vient.

Chez moi, ça commence souvent par un maelstrom de pensées en vrac, puis quelques idées intéressantes qui fleurissent sur ce tas de fumier. Julia Cameron précise aussi de noter des affirmations positives dans son carnet pour recalibrer son cerveau et faire fuir le syndrome de l’imposteur. 

Emmenez votre artiste en rendez-vous

Le deuxième pilier du programme, c’est le rendez-vous avec son artiste. Chaque semaine, on se bloque un moment, 1 ou 2 heures et on part en vadrouille, rien que soi. Une promenade dans la nature, une visite de musée, un film au cinéma, une incursion dans une papeterie en quête de matériel pour décorer son carnet, embellir son bureau, peu importe, du moment que ça nourrit l’artiste en nous. Et si possible, un truc qui nous plait vraiment. Pas la peine de courir au musée si ça ne nous dit rien en réalité. 

Le livre propose également une série de petits exercices qu’on peut inclure ou non dans le programme, comme des lettres imaginaires, ou se projeter dans le.s métier.s de nos rêves et essayer de le.s vivre pendant la semaine, ou encore se remémorer les compliments qu’on a pu nous faire et qui ont regonflé notre amour-propre créatif, les noter et les garder en vue. 

Tout ceci me donne pour le moment une très bonne opinion de ce livre. J’espère bien mener le programme à son terme et vous en faire un rapport d’expérience. Peut-être pourrais-je faire quelques points d’étape pour vous parler des différents aspects du programme, ça vous intéresserait ? N’hésitez pas à me le dire en commentaires. De même si vous l’avez lu et avez testé le programme, racontez-moi comment ça s’est passé, ce que vous en avez retiré. 

 

Le blog fait sa rentrée !

Photo par Stéphane Dietkiewicz

J’ai du mal à croire que ce blog soit resté silencieux aussi longtemps. Navrée pour cette absence de nouvelles, mais parfois, l’IRL prend beaucoup de place et il faut savoir la lui accorder, au moins pendant un temps.

Pour ma part, ces derniers mois auront été très chargés: bilan de compétences (encore en cours), formations par correspondance, beaucoup de lecture pour les copines, dessin et un besoin de réfléchir au calme à la suite que je veux donner au Cycle du Dieu Noir, dont vous aurez pu constater que la publication s’est arrêtée il y a un moment. Bon, en fait, je suis presque sûre que vous ne l’avez pas remarqué, mais ça n’a pas d’importance, au fond 😀 

Malgré tout, il y avait aussi une forme de « peur » dans mon absence sur le blog ces derniers temps. L’impression de ne rien avoir à raconter, que mes articles sont ennuyeux comme la mort, que je suis invisible de toute façon. Plus le temps passait sans écrire, plus démarrer la rédaction d’un article devenait difficile. Il a fallu que je me donne un bon coup de pied aux fesses pour commencer à écrire celui-ci, directement dans l’éditeur du blog, histoire de ne pas reculer.

Tout ça pour dire qu’il est temps de rouvrir la porte et de faire la poussière dans ma petite maison virtuelle. Le programme de la rentrée risque d’être amusant car j’ai lu beaucoup de livres passionnants et je compte bien tester leurs conseils en live avec vous. 

On parie que j’arrive à tenir le rythme d’au moins une publication hebdomadaire cette année ? Chiche !

Et pour terminer, je ne résiste pas à vous montrer ce que je fabriquais encore ce week-end. 

Visite à Pairi Daiza, pas trop loin de Bruxelles. Un parc magnifique, un endroit parfait pour se ressourcer, prendre une bouffée d’air et d’inspiration.

Y a-t-il quelque chose de plus adorable que ces petits singes ? Je veux des preuves ! 😀

Adopte un animal… sur papier !

Boostée par mon premier essai de peinture à l’acrylique, je me suis lancée une fois encore sur un projet de petites perruches aux couleurs chatoyantes. Cette fois, j’ai peint un couple, histoire qu’elles ne se sentent pas seules sur leur support cartonné. J’aime bien le rendu final, même si la photo ne rend pas aussi bien le côté métallique de certaines couleurs acryliques. Ma première petite perruche, la bleue, a été adoptée par une maîtresse aimante. On verra bien ce qu’il adviendra de ces deux-là ! 🙂 

Perruches vertes. Acrylique et encre acrylique sur carton. 18X21 cm

Sinon, je suis bien rentrée des Imaginales, l’esprit empli de beaux souvenirs. Je vous raconterai ça quand je serai remise de mes émotions et des kilomètres parcourus pendant le week-end ! Sur ce, je retourne récupérer mes forces.  

À bientôt !

 

En mai, je teste des trucs trop fun !

Cette année, le mois de mai est un gruyère à RTT et ponts, aussi ai-je décidé d’en profiter un peu pour découvrir de nouvelles choses et stimuler ma créativité différemment. 

En premier lieu, je teste le yoga au quotidien. Non, non, je ne vais pas en club, c’est au delà de ce que mon introversion supporte, j’ai fini par l’admettre. Je pratique dans mon salon, où tout ce dont j’ai besoin est un tapis confortable, une tenue tout aussi cosy et éventuellement, une brique en liège (pas encore utilisée pour le moment). Ma prof s’appelle Adriene Mischler, elle officie sur Youtube avec des vidéos formidables – si on comprend l’anglais, malheureusement.

Personnellement, je la comprends bien, ses explications sont très claires, très décomposées. Cela me permet de me dérouiller le matin avant d’entreprendre quoi que ce soit et je dois avouer que je ressens un grand plaisir à redécouvrir mon corps avec le yoga.

Ensuite, je me suis mise à apprendre l’allemand, comme ça toute seule aussi. J’ai vraiment envie de m’y plonger, surtout qu’en Alsace, on est à la frontière avec l’Allemagne, ça me permet donc d’ajouter une corde à mon arc tout en expliquant à mon cerveau qu’il n’est pas trop vieux pour ces conneries. C’est une langue assez complexe, avec ses déclinaisons, ses verbes irréguliers, la construction yodaesque de ses phrases, mais j’aime bien comprendre son fonctionnement.

Enfin, j’ai retrouvé ma tonne de vieux tubes de peinture acrylique et j’ai décidé de m’y recoller. Je n’ai jamais été une grande peintre, ma préférence va au dessin à l’encre, aux marqueurs et aux crayons. Mais ça m’ennuie de voir mes tubes prendre la poussières, d’autant que j’ai très envie de couleur en ce moment. Du coup, j’ai décidé de peindre plus régulièrement, peu importe sur quel support.

Par exemple, ici, c’est un petit morceau de carton récupéré d’un emballage de l’un de mes carnets qui m’a servi à peindre cette perruche colorée.

Perruche turquoise le stylo vous donne une idée de sa taille.

Qu’en dites-vous ? Cela vous plairait d’adopter des oiseaux, poissons, ou autres petites créatures animales pigmentées ? De toute façon, je pense en peindre d’autres pour m’amuser et tester mes couleurs.

Et bientôt, les Imaginales, l’un de mes moments préférés du mois ! J’ai hâte d’y faire un tour et de voir ce qu’elles réservent cette année !

Quelques mises à jour de dessins

Bonjour par ici,

je suis aux abonnées absentes depuis quelques temps, mais je profite d’un peu de répit pour donner quelques nouvelles, notamment en matière de dessins puisque j’ai effectué quelques commandes depuis mon inscription en tant qu’artiste.

Mel, un des personnages de La réelle hauteur des hommes, de Jo Ann Von haff
Léon, tiré du roman Les yeux de Léon, toujours par Jo Ann
Anaëlle, tout droit venue des Yeux de Léon, elle aussi
Tito et Athènes, habitué Du Sorbier des Oiseleurs, le petit dernier de Jo Ann
Virginia, alias Ginie, tout aussi fidèle du Sorbier des Oiseleurs

Je suis ravie de travailler sur la collection de Jo Ann, qui voulait rester dans un thème kraft avec quelques touches de couleur. Je suis restée dans une gamme mêlant l’encre acrylique, les crayons de couleurs et les marqueurs à alcool.

Si mon style de dessin vous plait, que vous aussi avez envie de voir vos personnages prendre vie, n’hésitez pas à me contacter sur contact@aemarielle.com  pour en discuter.

Je reviens prochainement avec quelques nouvelles sur l’écriture (il ne vous aura pas échappé qu’il n’y a plus de mise à jour du Cycle du dieu Noir depuis un certain temps déjà, je vous expliquerai pourquoi) et sur mes activités du moment, à savoir le bilan de compétences.

D’ici là, je vous embrasse !

Le Cycle du Dieu Noir – saison 1 | Les enfants de Djedou.8

Où Aenar se voit apprendre les bonnes manières…

La solitude du guerrier

 

Plaines du Koush

 

« Je comprends rien à ce que tu dis, femme ! » 

Aenar avait parlé dans sa langue, un idiome rocailleux venu du Nord, aussi étranger à la sauvage que le koushite pour le colosse. Elle leva les yeux au ciel. L’exaspération la rendait séduisante. Allongé sur le dos, au milieu d’un tas de fourrures, le guerrier la dévisagea : ses traits un peu lourds ne manquaient pas de piquant, son regard sombre sous ses sourcils froncés dénotait une force de caractère peu commune, impression accrue par ses cheveux ras sur son crâne parfait. Ses lèvres épaisses rosissaient sur les bords, Aenar trouvait cela attirant.

Depuis le temps qu’il voyageait en Kemet, il s’était accoutumé à l’absence de pudeur des femmes du sud. En Koush, le concept même de décence semblait inexistant. Pendant qu’elle nettoyait les blessures de son « sauveur », ses petits seins noirs s’agitaient au rythme de ses mouvements. Sans réfléchir, Aenar en captura un. La gifle qu’il reçut en retour faillit l’assommer.

La colère de la femme doucha ses ardeurs. Visiblement, elle ne t’invitait pas… Elle lui cria dessus quelques instants, avant de croiser les bras sur sa poitrine.

« C’est bon, je ne te toucherai plus. T’es pas mon genre de toute façon ! » 

Son ouvrage terminé, elle se leva et sortit. Aenar examina les saletés qu’elle avait posées sur ses plaies. Malgré l’aspect repoussant de la pâte verdâtre, il sentait moins la douleur. Cela lui rappela les mixtures employées par les guérisseurs dans son pays et il éprouva de la nostalgie. Sa famille lui manquait. Jusqu’ici, il faisait son possible pour l’effacer de sa mémoire, mais l’ennui et son repos forcé le plongeaient dans des abîmes d’introspection. Quel temps faisait-il en Sörter ? À quoi pouvaient ressembler les siens, s’ils vivaient encore ? Pensaient-ils à lui ou honnissaient-ils son nom ? Il se massa le cuir chevelu et chassa ses souvenirs. Se morfondre ne servait à rien.

La journée passa sans qu’il vît la femme. Pourtant il entendit du bruit autour de la maison. Il finit par comprendre qu’elle s’occupait des cadavres. L’imaginer seule en train de traîner tous ces corps le troubla. Il décida de se lever, et de la rejoindre.

Elle avait allumé un feu à l’aide de tout ce qu’elle avait pu rassembler et installé chacun de ses proches autour du brasier. Son époux et son fils, propres et parés de peaux de bêtes gisaient à une place d’honneur près des braises. Elle tourna la tête dans sa direction et il l’entendit murmurer tristement :

« Tero Buru… »

La femme récupéra des cendres et s’en couvrit la peau en chantant à voix basse. Elle ne cessa que lorsque tout son corps eût pris une teinte grisâtre.

« Tu ne pourras pas les brûler avec ce petit feu, » dit Aenar.

Il se souvint avec nostalgie des gigantesques bûchers qui emportaient les guerriers tombés au combat. Il se revit allumant le brasier pour conduire son père dans l’autre monde. La colère le saisit. Ne ravive pas les vieilles braises !

Le soir arriva sans que la femme ait fait autre chose que chanter et rajouter des cendres chaudes sur son corps. Aenar préféra retourner se coucher. Plus tard, elle entra et le réveilla en secouant son épaule.

« Tero Buru…

— Quoi ? marmonna le guerrier à moitié endormi. C’est quoi, Tero boro ? Ouais c’est joli comme nom…

— Tero Buru ! »

Elle le tira par le bras pour le relever. Il obtempéra de mauvaise grâce, râlant et jurant. Tous deux sortirent de la maison. Elle avait ranimé le feu, et Aenar entendit du bruit. Des sabots et des cris… Merde, ils reviennent ! 

La femme ne paniquait pas. Bientôt de la poussière s’éleva et cinq Koushites montés sur des taureaux entrèrent dans le village. Les hommes avaient revêtu des coiffes de plumes rouges et couverts leurs hanches de ceintures ornementales d’or serti d’émeraudes. Les armes levées, ils hululaient pour guider leurs bêtes cornues autour des cadavres. Aenar se rapprocha de la femme, mais celle-ci le repoussa et se mit à danser près des flammes. Ses gestes saccadés manquaient de grâce, songea-t-il, mais ce n’était sans doute pas l’esprit de la cérémonie.

Les hommes ignorèrent Aenar, à son grand soulagement. Ils menèrent deux taureaux vers la case de la sauvage et les firent entrer. Drôle d’idée, à quoi cela peut-il bien rimer ? 

Pendant le reste de la nuit, les guerriers creusèrent des tombes. Ils enterrèrent chaque défunt dans leur maison respective, déplaçant les bovins afin qu’ils visitent chaque demeure. De toute évidence, les bestiaux représentaient une forme de protection pour les morts, comprit Aenar. Laisser pourrir leurs corps sous le foyer lui semblait des plus incongrus. Mais pas autant que les rites kemites qui nécessitaient de vider les cadavres comme on nettoie les poissons pour les conserver. Fatigué, il observa la Koushite danser sans répit. Elle avait perdu sa famille, ses voisins, ses amis, pour l’amusement et le bon plaisir de sadiques et Aenar s’en voulut pour cela. Pourquoi m’avoir sauvé, femme ? Pour que je me sente encore plus mal ? 

L’un des guerriers s’approcha de lui. Aenar le considéra d’un œil méfiant. En signe d’apaisement, le Koushite posa sa main contre son torse nu.

« Tes… amis, balbutia-t-il dans un Kemite hésitant, impurs. Pas rester ici. » 

Il désigna les cadavres en armure. Personne ne les avait touchés.

« Enlève eux, ordonna-t-il.

— Je m’occuperai d’eux, » répondit platement Aenar.

Que dire d’autre ? Merci de m’avoir épargné ? Plutôt rôtir dans les enfers de Set ! 

« Kori aider toi. Stupide femme ! Tu es avec eux, tu mérites mort.

— Je comprends, Peau-Noire. On règle ça quand tu veux. » 

Il fit craquer les articulations de ses mains. Le Koushite secoua la tête.

« Pas de combat. Kori femme de chef, j’obéis.

— Pas étonnant que les choses tournent mal chez vous autres, bougonna Aenar. Un pays où l’on écoute les femmes…

— Quand tu es guéri, tu pars, sinon je te tue, répondit l’homme, qui appuya ses dires en passant un doigt le long de sa gorge.

— T’inquiète pas, j’ai pas l’intention de rester ici. »

J’ai vu tout ce que j’avais à voir dans ce trou. Cette fois, je ne laisserai rien me retenir. 

Aenar se rassit contre un mur de bouse, les jambes repliées contre lui. Il aurait vendu son âme pour une outre d’alcool fort.

 

Ginie, Tito et Athènes, mes toutes premières commandes

Et voilà, les amis, je peux enfin vous montrer les personnages que j’ai réalisés à la demande de Jo Ann von Haff, une talentueuse écrivaine aux univers multiples qui m’a demandé de représenter les personnages d’une de ses histoires. Si vous voulez en savoir plus sur ce qu’écrit Jo Ann, je ne peux que vous conseiller d’aller visiter son site internet pour découvrir ses textes. En attendant, voici le fruit de nos nombreuses discussions et échanges en ligne !

Ginie

Merci de ne pas utiliser cette image ni la reposter sans autorisation

 

Tito et Athènes

Merci de ne pas utiliser ni reposter cette image sans autorisation

 

Je me suis vraiment amusée dans cette aventure, ça m’a fait plaisir de pouvoir rester dans mon style habituel tout en ajoutant une difficulté spécifique: la chouette, Athènes. Je ne suis pas une experte dans le dessin des animaux, il a donc fallu que je cherche, que je m’entraîne dans mon sketchbook. Allez, je n’ai pas peur, je vous montre !

La vie est chouette!
La vie est super chouette !

Eh oui, rien de tel qu’un carnet pour s’entraîner, croquer des idées et occuper le temps le soir quand on est fatiguée. Le mien est un Leuchtturm 1917 à pages blanches, pas vraiment adapté pour cet usage car l’encre se voit énormément à travers les pages (adeptes du bujo, soyez prévenu.e.s, choisissez bien vos stylos ^^), mais je l’adore et la finesse des pages ne me dérange pas.

Je suis ravie de poursuivre l’aventure en mars avec de nouveaux personnages à dessiner. De mon côté, je me fais plaisir avec mes aquarelles et j’ai une nouvelle création à vous proposer, qui va rejoindre ma nouvelle galerie.

Cat lady

Merci de ne pas utiliser ni reposter cette image sans autorisation

N’hésitez pas à me dire si ces dessins vous plaisent. On se retrouve vendredi pour notre rendez-vous hebdomadaire avec le Cycle du Dieu Noir et lundi prochain pour le bilan du mois de février !

Bonne semaine à vous.

 

Le Cycle du Dieu Noir – saison 1 | Les enfants de Djedou.7

Oups, il semble que vendredi dernier, la migraine m’ait fait oublier de publier l’épisode hebdomadaire. J’en suis désolée, je me rattrape ce soir avec la suite de notre histoire.

Les eaux noires du Neilos

 

Thémis… Garus… Kloros…

Son corps n’était qu’une plaie, ses muscles le faisaient atrocement souffrir. Il sentait ses forces s’épuiser à vue d’œil. Les chants des oiseaux de nuit, insectes et tout ce que le fleuve abritait comme vie grouillante sifflaient dans ses oreilles endolories. Le courant aurait bientôt raison de lui ; Neilos donnait la vie et la reprenait à l’envi. Il but la tasse, sentit l’eau investir ses poumons et crut ses derniers instants arrivés.

Thémis… Garus… Kloros…

Le froid lui intimait de se laisser aller, de se reposer après avoir été battu, humilié, anéanti…

Pourtant, il refusait de mourir.

Son esprit restait obstinément fixé sur les événements de la soirée. Après l’avoir torturé, les Griffes l’avaient jeté dans les flots glacés et étaient partis en chantant. Ils l’avaient jeté comme un sac de déchets sans importance. Un vulgaire sac de merde, voilà ce qu’il était à leurs yeux.

Thémis… Garus… Kloros… Tant qu’il serait capable de répéter ces noms, ces salauds ne remporteraient pas la partie.

Une vague l’engloutit. Il coula dans le noir, en proie à une indicible terreur. Le froid était à la fois douloureux et caressant, la promesse d’un sommeil lourd et bienvenu. Une horrible pensée l’assaillit : il allait mourir noyé et Sobek, dieu crocodile à l’appétit de chair insatiable se nourrirait de ses restes. Ses pieds s’enfoncèrent dans le limon visqueux lorsqu’il toucha le fond, et comme mu par une force inconnue, il battit des jambes.

Après une interminable stase, l’air froid caressa son visage et par réflexe, il en aspira une grande goulée. Ses membres s’agitaient désespérément, ne sachant pas comment s’y prendre pour tenir à la surface. S’il ne trouvait pas une solution rapidement, il allait mourir. Saisi d’une rage de vivre, il pria le Dieu du fleuve de lui laisser une chance de se venger. Je ne crèverai pas ici, pas maintenant. Pas avant d’avoir fait payer ces monstres ! Il voulait sentir leur sang et leur peur lorsqu’il les retrouverait. Rien ne m’en empêchera ! se jura-t-il.

Ses mains battaient l’air avec frénésie alors que l’eau rentrait dans sa gorge. Et soudain elles touchèrent les roseaux. Il s’agrippa de toutes ses forces et parvint à se tirer le long des plantes jusque sur le bord.

Épuisé, allongé dans la boue noire des berges, il cracha ce qu’il avait bu. Il devait se lever, s’éloigner du fleuve au plus vite. Il dut se rendre à l’évidence : c’était impossible, son corps blessé et engourdi refusait de lui obéir.

Il entendit un bruit dans les branches et distingua une paire d’yeux brillants dans la nuit. Puis une autre. Des grognements, puis des jappements… Deux chiens sauvages s’approchèrent, attirés par l’odeur du sang. Ils tournèrent autour de lui, semblant se réjouir de leur prochain festin. L’un d’eux le mordit au mollet, doucement d’abord, puis plus fort. Le second s’attaqua au bras. Charid cria, essayant de se dégager. Il n’avait pas survécu à la noyade pour finir dévoré vivant ! Les bêtes commencèrent à se disputer leur repas, chacun tirant à qui mieux mieux. La douleur le rendait fou.

Soudain, dans une impressionnante gerbe d’eau, une silhouette tout de cuir et de crocs jaillit du fleuve et emprisonna un chien dans sa gueule. Charid entendit craquer les os sous les mâchoires impitoyables. Le second molosse s’enfuit sans demander son reste, abandonnant sa proie à un énorme crocodile qui devait attendre son heure, tapi près du bord. À demi immergé, il dépassait en taille la plupart de ceux que Charid avait pu voir. D’instinct, le jeune homme murmura une prière. De nuit, par cette température, les enfants de Sobek ne chassaient pas. Celui-ci se distinguait aussi par sa stature et l’éclat au fond de ses yeux minuscules. La créature entraîna son repas dans l’eau et la déchiqueta en tournoyant sur elle-même. Très vite, l’agitation cessa et seul le haut du crâne du reptile resta visible à la surface. Charid et la bête s’étudièrent un long moment avant que le crocodile disparaisse sous les flots, ne laissant plus qu’une onde discrète comme preuve de son passage. Le visage à moitié enfoui dans la boue, Charid lutta pour garder conscience. Il ne pouvait plus bouger, mais il vivait. Merci, Sobek ! 

*

Une douce chaleur effleura son corps engourdi. Après une attente interminable dans le limon froid, les rayons solaires caressèrent sa peau. Le jour commençait à poindre. 

« Tu as vu ? Il a bougé ! Tu crois que c’est un esprit de Neilos ? Il est tout noir. Il va nous dévorer !

— Dis pas de bêtises, préviens papa ! »

Des voix d’enfants, autour de lui. Son esprit embrumé se revit dans le repaire, avec elle dans ses bras. Puis le souvenir des coups, l’humiliation, la rage impuissante qui montait en lui… Il gémit. 

« … Gar… 

— T’es blessé, ne bouge pas, on va s’occuper de toi. »

Une ombre de haute taille se porta au-dessus de lui. 

« Allez Netep, aide-moi, on va le transporter à la ferme. »

Cette fois, Charid s’enfonça dans l’obscurité.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il était allongé sur une paillasse, posée à même la terre battue. En se redressant, il constata qu’il était dans une petite maison, au toit fait de branches et de chaume qui laissait filtrer la lumière. Malgré son aspect misérable, Charid s’y sentit à l’abri. On l’avait couvert d’un morceau de laine élimé en guise de drap et il portait des lambeaux d’étoffe sur ses plaies. Il empestait, on avait appliqué des cataplasmes malodorants sur ses blessures.

Accroupie près d’un feu au centre de la pièce, une femme à la peau ridée et aux cheveux blancs préparait un repas. Elle était maigre et brunie par le soleil, mais elle se tenait droite devant son ouvrage. Elle tourna la tête vers lui en souriant : le peu de dents qui lui restaient semblait en bon état.

« Alors mon petit, on se réveille enfin ? »

Il ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. La vieille secoua la tête :

« Non, ne parle pas ! Tu as pris un mauvais coup, ça va te faire mal. »

Incrédule, Charid écarquilla les yeux. Lorsqu’il gémit, la douleur vrilla sa gorge. 

« Ah les jeunes ! Je te dis de ne pas forcer et toi tu insistes ! On a voulu t’étrangler, petit. Ta voix est abîmée, mais ça va aller, crois-moi. Atep a bien fait de me quérir, tu as failli passer sur l’Autre Rive. Heureusement, la terre bénie par Neilos a protégé tes plaies. Tu es resté inconscient deux jours, à lutter contre des ennemis imaginaires. »

Elle s’empara d’un bol et s’accroupit à côté de lui. Ses mains tièdes soulevèrent la tête de Charid avec douceur et telle une mère attentionnée, elle le porta à ses lèvres. Le breuvage inonda la gorge du garçon d’un tapis amer et visqueux. Il grimaça, mais avala le tout. 

« C’est bien, petit. Je sais que ce n’est pas bon, mais ces plantes te soulageront. Tu vas dormir encore un peu, d’un sommeil sans cauchemar et tu te sentiras mieux. »

La voix de la vieille s’estompa dans l’esprit embrumé de Charid. Un rideau tomba devant ses yeux. 

*

« Eh bien, mon garçon, tu nous as fait une belle frayeur. Tu te sens bien ? »

La question posée sur un ton bourru acheva de le réveiller. La vision plus nette, Charid se redressa sur son séant, étonné de pouvoir bouger sans trop de difficulté. En face de lui se tenait un homme de petite taille, aux épaules pourtant bien charpentées. Accusant un certain âge, il était imberbe et des plis de peau commençaient à pendre sous son menton. Une vague odeur de vase émanait de lui. Un gamin maigrichon entra dans la maison, et son visage s’éclaira quand il vit Charid. 

« Tu es le plus gros poisson qu’on ait jamais pêché, toi ! Et le plus paresseux aussi ! J’aimerais pouvoir dormir autant que toi !

— Laisse-le donc, Netep ! Tu vois bien qu’il a eu son lot de problèmes. Je suis content que la rebouteuse ait pu te rafistoler.

— La rebouteuse ? croassa Charid.

— Oui, la vieille qui t’a soigné. Elle m’a demandé deux belles perches pour ça, d’ailleurs. J’espère que les dieux prendront mon geste en considération quand ils soupèseront mon ba, ajouta-t-il en souriant.

— Tu m’as sauvé ?

— Oui, on peut dire ça, petit. Tu as vraiment eu beaucoup de chance. Tu étais presque mort quand on t’a trouvé. Netep, va retrouver ta sœur avant qu’elle ne fasse des bêtises ! »

Contrarié d’être chassé, le garçon souffla, mais sortit. L’homme scruta Charid. 

« Dis-moi gamin, tu ne serais pas un esclave en fuite des fois ?

— Moi ? Non. Je suis libre. »

Vivant et libre ! 

« Bien, je préfère ça. Écoute, je ne vais pas te demander ce qui t’est arrivé, si tu veux me le dire, tu le feras, je suppose. Mais je ne veux pas avoir de problèmes avec la Medjaï. Le Capitaine Taleb est sur les dents à cause des esclaves qui se regroupent pour piller les caravanes. Il interroge les fermiers et les pêcheurs pour savoir si on a rien remarqué ou si on sait où on peut trouver des planques. Moi je veux juste être tranquille et travailler. Alors, si tu penses que tu vas me créer des problèmes, je préférerais que tu partes dès que tu iras mieux. »

Charid hocha la tête. 

« Comment tu t’appelles ? demanda-t-il.

— Atep. Je suis pêcheur, je vis ici avec mes enfants.

— Merci Atep. Peu de gens m’auraient aidé. Je ne voudrais pas que t’aies des ennuis. Je ficherai le camp dès que possible.

— Remets-toi d’abord, petit. Peu importe qui tu es ou la récompense promise par Taleb : je ne dénonce pas, ce n’est pas ma nature.

— T’es vraiment pas ordinaire, Atep… » murmura Charid en se laissant retomber sur sa paillasse.

Trop de mots en trop peu de temps pour sa gorge blessée. Son corps lui rappelait de se ménager. Le pêcheur fronça les sourcils et le considéra avec commisération.

« Je t’ai épuisé avec mes bêtises. Désolé de t’avoir inquiété. C’est juste qu’avec tout ce qui se passe dans la région, je dois faire attention à ma famille. Si la Medjaï leur met trop la pression, va savoir jusqu’où peuvent aller des esclaves avides de vengeance, tu comprends ? »

Charid serra les dents, accueillant la colère comme une amie. Oh oui, je comprends très bien, songea-t-il, et moi aussi j’obtiendrai ma vengeance…

Vers l’épisode 8 – La solitude du guerrier

La Plume d’Aemarielle évolue

Ou plutôt, c’est Aemarielle qui évolue.

Comme je l’expliquais dans mon bilan du mois de janvier, j’ai récemment effectué les démarches pour obtenir le statut d’artiste-auteur auprès du CFE dont je dépend. C’est une étape à laquelle je réfléchissais depuis longtemps sans oser franchir le pas; trop de démarches, la peur de me lancer dans un truc très compliqué, la peur d’oser me qualifier de professionnelle. C’est pourquoi je gardais mes travaux pour moi ou me contentais de les offrir quand quelqu’un s’y intéressait. 

Et puis une commande un peu spéciale est arrivée, qui m’a fait réfléchir sur la valeur que j’accordais à mes dessins. Je suis une autodidacte, je n’ai pas suivi de formation en école d’art, ce qui ne m’empêche pas de consacrer du temps à mes dessins, à faire de mon mieux pour m’améliorer, découvrir des techniques et m’aventurer (parfois!) hors de ma zone de confort. Cette demande rémunérée émanant d’une personne dont j’estime particulièrement le travail m’a poussée à me bouger. Je n’avais plus le choix, il fallait me lancer.

Je me suis donc renseignée sur le site de la Maison des Artistes, pour savoir comment m’inscrire, puisqu’en France, il faut se déclarer, même pour des montants peu élevés. Le site est très clair, il détaille chaque étape et si on suit bien le process, normalement, on ne se trompe pas.

Comment ça marche ?

  1. On s’inscrit sur le site du centre de formalités des entreprises (prévoyez un scan de votre pièce d’identité que vous certifierez conforme) pour obtenir un numéro siret et un code APE (9003 A ou 9003 B pour les artistes-auteurs) par courrier quelques jours plus tard.
  2. Attention, vous recevrez un courrier des impôts peu de temps après pour savoir si vous êtes redevable la cotisation foncière des entreprises avec un questionnaire à remplir. Je ne m’y attendais pas, à celle-là, mais en principe, les artistes tirant des revenus de leur art n’y sont pas assujettis, donc on ne panique pas. Je vous dirai comment ça s’est passé quand je connaîtrai la réponse des impôts.
  3. Dès la première facture émise, il faut remplir la déclaration de début d’activité auprès de la Maison des artistes (on peut le faire sur leur site) avec une copie de la facture. Ceci afin d’obtenir un numéro d’ordre confirmant votre inscription à la Sécurité sociale des artistes-auteurs. NB: cette inscription ne veut pas dire que vous bénéficiez immédiatement de droits à cette couverture. Vous devez juste y cotiser pour être en règle et vos droits éventuels seront évalués l’année suivante lors de votre première déclaration de revenus.

Aujourd’hui, je viens de recevoir mon numéro d’ordre à la Maison des Artistes, ce qui veut dire que, pour le moment, je suis à jour des paperasses (j’espère!) et je n’ai plus qu’à me concentrer sur mes dessins jusqu’à l’an prochain, où j’aurai le loisir de paniquer en comptant mes BNC et mes cotisations sociales ! ^^

Du coup, comme pour le moment, je ne peux pas encore vous montrer le résultat de ma première commande, je me suis armée de mes aquarelles et mes crayons ce week-end autour d’une scène de bain. Je voulais une scène aux tonalités douces et pastel, que j’ai intitulée « les sources de jade ».

Je me suis bien amusée avec cette femme-serpent solitaire en train de jouer dans les eaux cristallines de ces sources chaudes. J’espère qu’elle vous plait. C’est mon premier gros travail personnel depuis mon inscription, je suis toute émotionnée ! 🙂 

Psst: elle est disponible en un seul exemplaire original, envoyez-moi un message sur contact@aemarielle.com si elle vous intéresse. 

J’espère avoir été claire dans mes explications administratives. peut-être que cela servira à d’autres que moi qui attendent dans l’ombre de pouvoir vendre leurs œuvres mais ne savent pas comment s’y prendre. N’hésitez pas si vous avez des questions. Je débute, mais je serai heureuse de vous aider si je le peux.

Le Cycle du Dieu Noir – saison 1 | les enfants de Djedou.6

Aujourd’hui, partons dans les plaines rouges du Koush, à la frontière sud de Kemet. Nous y retrouverons quelqu’un que nous avions laissé depuis le 1er chapitre.

Le Lion solitaire

 

Plaines du Koush, dixième année du règne d’Amosis

 

Les yeux du Koushite, dardés sur les hommes de la Compagnie du Lion, étincelaient de haine. Le corps luisant de sueur, il portait pour seule armure ses peintures rituelles et serrait dans ses mains une sagaie à la pointe d’ivoire. Sa musculature sèche évoquait une panthère, impression renforcée par ses dents immaculées taillées en biseaux. Autour de lui, des incendies ravageaient ce qui restait des maisons et le sol était jonché des cadavres des habitants. L’odeur âcre de la fumée irritait les poumons et rendait la fournaise insupportable. Les Lions venaient de signer leur passage avec le sang de Koush.

Les mercenaires avaient connu leur lot de pertes dans l’affrontement, trois d’entre eux avaient succombé au poison dont les autochtones enduisaient leurs traits. L’homme noir était le seul défenseur de son village encore debout. Il s’était vaillamment battu, mais à présent, la panthère ressemblait à une antilope cernée par des fauves affamés.

Un vrai guerrier, admira Aenar, il ne tremble pas et mourra plutôt que se rendre

De fait, le rebelle avait des raisons de ne pas capituler. Derrière lui se pelotonnaient sa femme et son enfant. Le regard las, insensible à la peur, la mère serrait son fils contre elle. Ses lèvres remuaient à l’oreille du gamin. Une prière ? Des mots rassurants pour l’apaiser ? Aenar n’était sûr que d’une chose : elle savait ce qui les attendait…

Depuis qu’il arpentait Kemet, le nordique avait tué plus que son compte. Ses mains, tout comme sa redoutable hache Skaering, étaient couvertes du sang d’innombrables ennemis, mais jamais il n’avait été contraint de les souiller avec celui d’autant d’innocents. La Compagnie du Lion ravageait les villages frontaliers sans trier le bon grain de l’ivraie. Les images des femmes et des enfants courant pour tenter de sauver leur pauvre existence aiguillonnaient sa conscience sans relâche.

À ses côtés, ses compagnons ne semblaient pas en proie aux mêmes tourments. Aujourd’hui, ils avaient incendié ce patelin miteux et envoyé leurs montures sur les habitants, fracassant des crânes sans marquer la moindre hésitation. L’un d’eux, Karem, s’était emparé d’une fillette pour la violer sans même descendre de cheval. Puis, sa besogne achevée, il lui avait brisé la nuque. Sans savoir pourquoi, Aenar était resté passif. Une part de lui peinait à croire ce qu’il voyait. Lorsque la Compagnie avait été appelée en renfort par les troupes kemites chargées de protéger les frontières, Aenar avait jubilé. On lui annonçait des tueurs endurcis qui attaquaient le royaume au nom de leur mystérieuse souveraine. Des sauvages qui menaçaient les intérêts d’Amosis. Oui, les Lions les avaient débusqués et affrontés. Oui, les rebelles étaient avides de sang. Mais ces gens n’avaient rien de commun avec eux.

Amon, un gaillard habile à l’arc, avait récupéré des colliers de perles sur des cadavres. Il en agita un en direction de la femme debout derrière le guerrier noir.

« Viens ma belle, tu veux le joli bijou ? Je te le donne, allez, approche !

— Arrête ça, grogna Aenar, tu es grotesque !

— La ferme, rabat-joie ! Je veux qu’elle vienne à genoux. J’ai un beau cadeau pour elle », ajouta-t-il en soulevant son pagne.

Pour toute réponse, la femme retroussa les lèvres et montra les dents, qu’elle avait aussi blanches et affutées que son époux.

« Je te les arracherai moi-même, chienne », marmonna Amon en se rajustant.

Une monture arriva au pas derrière eux. Torok, capitaine de la Compagnie du Lion amena son destrier à côté de ses soudards. Il mit pied à terre et observa la scène. Il était de bonne stature, avec des bras musclés ceints de bracelets de cuir et une époustouflante crinière noire qui dégringolait sur ses hanches en tresses épaisses. Une expression agacée se dessina sur son visage carré.

« Qu’attendez-vous pour en finir avec ce drôle ? Nous devons rejoindre la garnison avant la nuit.

— Pardon Capitaine, dit Amon, on voulait juste s’amuser avec la femme. »

Torok la regarda. Manifestement, elle ne lui plaisait pas. Pour son usage, il les préférait plus jeunes et plus frêles. Celle-ci ne ressemblait en rien aux délicates gazelles enlevées dans les villages précédents. Petite et trapue, solidement campée sur des jambes parfaitement musclées, elle se permettait – suprême insolence – de les fixer dans les yeux, un manque de modestie détestable selon les goûts de Torok. Grand seigneur, il leva une main d’un geste auguste.

« Faites d’elle ce que bon vous semble, les gars. Vous l’avez bien mérité. »

Les hommes poussèrent des clameurs enthousiastes. Face à eux, la panthère tressaillit et raffermit sa prise sur son arme. Son instinct avait dû lui souffler que ces cris auguraient le pire.

Aenar protesta :

« Le guerrier a le droit de défendre sa maison, sa famille. Qu’il combatte pour la liberté des siens !

— Écoutez-moi Aenar le noble cœur ! railla Karem, le violeur de fillette. Arrête ta leçon ! Tu en as massacré autant que nous, sans parler d’ceux que tu as dû tuer par chez toi !

— J’ai tué des soldats, des bandits, et aussi des merdes dans ton genre ! Jamais avant de vous suivre je n’avais eu à voler la vie d’enfants ni de femmes ! Les dieux nous mépriseront pour ça ! Laissez-moi l’affronter, oubliez sa famille.

— Avoue plutôt que tu veux la femme pour toi, Aenar ! répliqua Pheleas, un type maigre à la barbe rousse et huilée.

— Ne t’en fais pas, on ne la tuera pas, enchérit Amon. Je sais m’y prendre avec ce genre de chienne. Les Koushites aiment qu’on les secoue un peu ! »

Pheleas et lui ricanèrent bêtement. Bande de salopards ! Lorsqu’ils paradaient en Kemet, ils passaient pour des nobles avec leurs manières et usaient d’une quantité infinie de mots doux pour mettre les femmes dans leur couche. Perdus dans les terres rouges, ils faisaient preuve d’une bassesse et d’une brutalité propre aux bandits de la pire espèce.

Aenar se dirigea vers le survivant en levant Skaering. Quoi qu’en pensent ces ordures, il offrirait une belle fin à ce guerrier et sauverait sa famille. Un sifflement résonna près de son oreille, suivi d’un bruit mat. Le Koushite baissa la tête pour observer son torse, percé d’une flèche à empennage noir, puis s’effondra. La femme lâcha son fils pour s’agenouiller aux côtés de son mari. Agité de soubresauts, il marmonnait dans un langage incompréhensible pour Aenar, qui ne pouvait quitter des yeux l’écume rougeâtre agglomérée à la commissure de ses lèvres.

« Que dit ce sauvage ? demanda Torok

— Il prie, répondit Amon en rajustant son arc à l’épaule, il parle de sa reine. Des histoires de malédiction, je crois. »

Aenar se tourna enfin vers ses compagnons.

« Pourquoi ? interrogea-t-il.

— C’est bon, lâche-nous avec tes jérémiades, Aenar. »

Karem et Pheleas allèrent chercher la femme pour l’arracher au corps de son mari. Elle n’opposa aucune résistance, elle ne quittait pas l’homme des yeux et répétait ses paroles.

« Silence, sauvage ! » grogna Pheleas.

Il la frappa à la mâchoire, puis planta sa lame dans la gorge du moribond.

« Ta reine-déesse ne peut rien pour toi, putain, utilise ta langue pour autre chose… »

Le petit garçon se rua sur les hommes qui maltraitaient sa mère dans l’espoir de l’arracher à leurs mains. Négligemment, Karem dégaina son glaive…

« Attend ! »

 … Et embrocha l’enfant sans lui accorder plus d’attention. Un soupir, du sang et une envolée de poussière accompagnèrent sa chute.

« Maudits… Nous sommes maudits… » murmura Aenar.

Ses entrailles se nouèrent et son cœur manqua un battement. Il entendit à peine le hurlement désespéré de la femme. Elle voulut étreindre son fils, mais les Lions l’en empêchèrent. Pheleas et Karem la traînèrent à l’écart et la jetèrent au sol pour la besogner à leur aise.

Aenar serra les poings.

« Alors c’est ça qu’on devient ? Des bourreaux d’enfants ?

— Ces sauvages ne comprennent que cela, répondit patiemment Torok. Mon roi a été clair au sujet de ces primates qui menacent notre pays. Ils invoquent des noms interdits, se réclament de cette soi-disant reine-homme qu’ils vénèrent comme une idole ! Tu n’es pas des nôtres, Aenar, tout cela t’échappe. On nous a envoyés pour réprimer les troubles, pas pour discuter avec ces gens. Tu savais cela en t’engageant ! 

— La pute ! Elle me mord ! hurla Pheleas. Tiens-la, mais tiens-la donc ! »

La Koushite se débattait tout en serrant la main du mercenaire entre ses dents. Même à deux, ils peinaient à maintenir la furie au sol.

« Suffit ! Cette créature est folle, finissez-en avec elle, ordonna le commandant.

— Tu crois pas qu’on a assez versé de sang inutile aujourd’hui ? répliqua Aenar en montrant les corps calcinés étendus tout autour d’eux.

— Que veux-tu ? Ce sont des pertes inévitables en temps de guerre… »

Torok n’acheva pas sa phrase : le poing d’Aenar heurta violemment son menton, le faisant tomber à la renverse.

« On dirait que ton beau visage vient de subir des pertes inévitables aussi, bâtard Kemite, cracha le géant blond, t’en penses quoi ? »

Amon contempla, incrédule, son capitaine à terre. Torok maintenait les mains plaquées sur sa bouche ensanglantée, comme s’il craignait d’en voir s’échapper des dents. La surprise passée, Amon dégaina son épée et fit barrage devant son supérieur, mais la poigne inexorable d’Aenar lui saisit le bras. En un instant, il se trouva serré contre le colosse, le fil brillant d’une hache d’acier collé contre sa gorge.

« Oh ! balbutia-t-il. Aenar, qu’est-ce que tu fous ?

— Vous là-bas ! cria le géant blond. Lâchez la femme ! »

Karem était occupé à tenir les épaules de la captive pendant que Pheleas, qui avait dégainé son glaive, le brandissait au-dessus d’elle. Du sang coulait de sa main blessée par la morsure de la Koushite.

« Phel ! s’exclama Karem en découvrant la scène. On a un problème ! »

Le rouquin suspendit son geste, mais ne baissa pas les bras.

« Espèce de salopard, tu oses nous trahir, marmonna Torok, toujours à genoux.

— Et comment ! Karem, laisse partir la femme ou j’étripe Amon. Après ça, j’égorgerai Torok.

— Tu ne le feras pas, Aenar, répliqua son prisonnier, on est amis, tu te souviens ? Arrête tes conneries ! »

— Je viens de Sörter, Amon. Tu n’es pas de mon clan, tu ne vaux rien. Je te tuerai sans hésiter, et après je t’oublierai. »

Une vive brûlure traversa le mollet d’Aenar. Il baissa la tête pour voir la dague de Torok fichée dans sa chair. Ce dernier la retira et un flot de sang jaillit de la plaie.

« T’es pas près de partir, railla Torok, lâche Amon tout de suite ! »

Aenar grimaça de douleur.

« Je veux la femme, répéta-t-il, et si je dois tous vous tuer pour l’avoir, je le ferai ! »

D’un mouvement du bras, il saigna Amon, jeta son corps sur Torok et, sans se préoccuper de la douleur dans sa jambe, se rua sur ceux qui avaient autrefois été ses camarades. Un voile rouge tomba devant ses yeux ; il haïssait ces hommes et ne voulait pas devenir l’un d’eux.

Karem ne semblait pas disposé à se laisser trucider sans réagir. Il dégaina son glaive et s’abrita de justesse sous son bouclier pour sauver sa peau. Skaering mordit le bois, en arrachant d’épaisses échardes. Le bras de Karem trembla sous le choc et ce dernier gémit de douleur.

Sous l’empire de la rage, Aenar frappa comme un sourd, forçant son adversaire à reculer. Pheleas en profita pour porter un coup dans le dos du colosse, le touchant à la hanche. Aenar poussa un grognement d’animal blessé et tomba, genou à terre. Le Kemite posa sa lame sur la nuque offerte, prêt à en finir.

« Traîne pas, achève-le ! l’enjoignit Karem en massant son bras endolori.

Le temps se suspendit. Toujours au sol, Aenar guettait le coup de grâce. Après tout, que méritait-il de mieux ?

« Garce ! Lâche-le tout de suite ! » siffla Karem.

Aenar ouvrit un œil. Au-dessus de lui, la femme maintenait Pheleas immobile, un couteau en ivoire sous sa gorge et une main fermement calée sous son pagne. Le mercenaire clignait des paupières sans s’arrêter, la bouche figée en un cri silencieux.

« Pitié », parvint-il à bredouiller d’une voix éteinte.

Du sang se mit à couler de son aine et soudain, la Koushite retira sa main d’un coup sec. Aenar et tous les hommes restants partagèrent la douleur atroce de Pheleas avant qu’il sombre dans l’inconscience. Dans un geste aussi lent que sinistre, la femme brandit son trophée macabre et lâcha son prisonnier, devenu trop lourd pour elle.

« Kulaa oba niwa ! » enragea-t-elle.

À cet instant, des cris s’élevèrent et, autour du village, des silhouettes brunes émergèrent. Des guerriers, à en juger par leur musculature travaillée et leurs colliers de dents humaines. Leur peau enduite de glaise leur permettait de se fondre dans le paysage, d’approcher en silence avant de tomber sur leurs proies. Des traits de sarbacane fusèrent parmi les mercenaires. D’expérience, Aenar les savait imprégnés du venin d’une grenouille multicolore, qui provoquait la paralysie dans le meilleur des cas et une longue agonie dans le pire.

Délaissant Aenar, les Lions se regroupèrent pour faire face à la nouvelle menace. Hélas, avec un mort – bientôt deux – et leur capitaine mal en point, les mercenaires ne faisaient pas le poids. Les assaillants étaient une quinzaine et la garnison se trouvait à deux heures de leur position.

« On se replie, grommela Torok, aux chevaux ! »

Boucliers en avant, les Lions reculèrent vers leurs montures. Malgré l’agitation extrême dans le village, ces dernières restaient calmes. Les guerriers Koushites suivirent le mouvement, mais s’arrêtèrent à distance respectueuse : à plusieurs reprises, les Kemites avaient remarqué la peur qu’inspiraient les destriers aux locaux.

Torok et Karem enfourchèrent leur bête, laissant le pauvre Pheleas à son sort. Au vu des spasmes qui secouaient son corps, il était trop tard pour lui. Aenar entendit le bruit des sabots s’éloigner. Il tenta de se redresser, la paume pressée contre sa hanche pour empêcher son sang de trop s’écouler. Il en avait déjà perdu pas mal, réalisa-t-il. Une demi-douzaine de Koushites se lança à la suite des mercenaires, mais les autres encerclèrent le grand combattant pâle. Aenar serra le manche de Skaering.

« Vous m’aurez pas aussi facilement, les gars ! »

Une piqûre dans sa nuque le chatouilla. Il tâtonna à la recherche du projectile et tenta de l’arracher en pestant contre ses gestes curieusement maladroits. Un grand Koushite – d’une taille proche de la sienne – aux muscles protégés sous une épaisse couche de graisse brandit sa lance vers lui. Son sourire carnassier n’annonçait rien de bon.

Une main se posa sur l’arme. La vision embrumée par le poison, Aenar crut distinguer la femme noire à ses côtés. Elle s’adressa au nouveau venu d’une voix tranchante. Il suspendit son geste, étonné, avant de répliquer vertement à l’impudente. Tous deux commencèrent à se disputer sous les rires de leurs camarades, laissant Aenar de côté. Finalement, le guerrier rendit les armes face à la vindicte féminine. D’un coup de pied moqueur, il poussa Aenar sur le dos.

Quand je pourrai me relever, on en reparlera, fils de chienne !

Le ciel se mit à danser sous ses yeux.

« Amesi, ulunzi na Ista. »

La femme noire se pencha vers le colosse affaibli. Elle passa son bras autour de ses épaules, et avec une force surprenante, l’aida à se redresser.

D’un signe de tête, la veuve désigna une maison au toit calciné non loin. Ses murs faits d’un mélange de terre et de bouse étaient à peu près intacts. En proie à des vertiges, Aenar se laissa mener vers la bicoque. Si les dieux veillaient sur lui, il aurait droit à un peu de repos. Dans le cas contraire, elle lui arracherait les couilles, comme à ce pauvre Pheleas.

Vers l’épisode 7 : Les eaux noires du Neilos