Ginie, Tito et Athènes, mes toutes premières commandes

Et voilà, les amis, je peux enfin vous montrer les personnages que j’ai réalisés à la demande de Jo Ann von Haff, une talentueuse écrivaine aux univers multiples qui m’a demandé de représenter les personnages d’une de ses histoires. Si vous voulez en savoir plus sur ce qu’écrit Jo Ann, je ne peux que vous conseiller d’aller visiter son site internet pour découvrir ses textes. En attendant, voici le fruit de nos nombreuses discussions et échanges en ligne !

Ginie

Merci de ne pas utiliser cette image ni la reposter sans autorisation

 

Tito et Athènes

Merci de ne pas utiliser ni reposter cette image sans autorisation

 

Je me suis vraiment amusée dans cette aventure, ça m’a fait plaisir de pouvoir rester dans mon style habituel tout en ajoutant une difficulté spécifique: la chouette, Athènes. Je ne suis pas une experte dans le dessin des animaux, il a donc fallu que je cherche, que je m’entraîne dans mon sketchbook. Allez, je n’ai pas peur, je vous montre !

La vie est chouette!
La vie est super chouette !

Eh oui, rien de tel qu’un carnet pour s’entraîner, croquer des idées et occuper le temps le soir quand on est fatiguée. Le mien est un Leuchtturm 1917 à pages blanches, pas vraiment adapté pour cet usage car l’encre se voit énormément à travers les pages (adeptes du bujo, soyez prévenu.e.s, choisissez bien vos stylos ^^), mais je l’adore et la finesse des pages ne me dérange pas.

Je suis ravie de poursuivre l’aventure en mars avec de nouveaux personnages à dessiner. De mon côté, je me fais plaisir avec mes aquarelles et j’ai une nouvelle création à vous proposer, qui va rejoindre ma nouvelle galerie.

Cat lady

Merci de ne pas utiliser ni reposter cette image sans autorisation

N’hésitez pas à me dire si ces dessins vous plaisent. On se retrouve vendredi pour notre rendez-vous hebdomadaire avec le Cycle du Dieu Noir et lundi prochain pour le bilan du mois de février !

Bonne semaine à vous.

 

Le Cycle du Dieu Noir – saison 1 | Les enfants de Djedou.7

Oups, il semble que vendredi dernier, la migraine m’ait fait oublier de publier l’épisode hebdomadaire. J’en suis désolée, je me rattrape ce soir avec la suite de notre histoire.

Les eaux noires du Neilos

 

Thémis… Garus… Kloros…

Son corps n’était qu’une plaie, ses muscles le faisaient atrocement souffrir. Il sentait ses forces s’épuiser à vue d’œil. Les chants des oiseaux de nuit, insectes et tout ce que le fleuve abritait comme vie grouillante sifflaient dans ses oreilles endolories. Le courant aurait bientôt raison de lui ; Neilos donnait la vie et la reprenait à l’envi. Il but la tasse, sentit l’eau investir ses poumons et crut ses derniers instants arrivés.

Thémis… Garus… Kloros…

Le froid lui intimait de se laisser aller, de se reposer après avoir été battu, humilié, anéanti…

Pourtant, il refusait de mourir.

Son esprit restait obstinément fixé sur les événements de la soirée. Après l’avoir torturé, les Griffes l’avaient jeté dans les flots glacés et étaient partis en chantant. Ils l’avaient jeté comme un sac de déchets sans importance. Un vulgaire sac de merde, voilà ce qu’il était à leurs yeux.

Thémis… Garus… Kloros… Tant qu’il serait capable de répéter ces noms, ces salauds ne remporteraient pas la partie.

Une vague l’engloutit. Il coula dans le noir, en proie à une indicible terreur. Le froid était à la fois douloureux et caressant, la promesse d’un sommeil lourd et bienvenu. Une horrible pensée l’assaillit : il allait mourir noyé et Sobek, dieu crocodile à l’appétit de chair insatiable se nourrirait de ses restes. Ses pieds s’enfoncèrent dans le limon visqueux lorsqu’il toucha le fond, et comme mu par une force inconnue, il battit des jambes.

Après une interminable stase, l’air froid caressa son visage et par réflexe, il en aspira une grande goulée. Ses membres s’agitaient désespérément, ne sachant pas comment s’y prendre pour tenir à la surface. S’il ne trouvait pas une solution rapidement, il allait mourir. Saisi d’une rage de vivre, il pria le Dieu du fleuve de lui laisser une chance de se venger. Je ne crèverai pas ici, pas maintenant. Pas avant d’avoir fait payer ces monstres ! Il voulait sentir leur sang et leur peur lorsqu’il les retrouverait. Rien ne m’en empêchera ! se jura-t-il.

Ses mains battaient l’air avec frénésie alors que l’eau rentrait dans sa gorge. Et soudain elles touchèrent les roseaux. Il s’agrippa de toutes ses forces et parvint à se tirer le long des plantes jusque sur le bord.

Épuisé, allongé dans la boue noire des berges, il cracha ce qu’il avait bu. Il devait se lever, s’éloigner du fleuve au plus vite. Il dut se rendre à l’évidence : c’était impossible, son corps blessé et engourdi refusait de lui obéir.

Il entendit un bruit dans les branches et distingua une paire d’yeux brillants dans la nuit. Puis une autre. Des grognements, puis des jappements… Deux chiens sauvages s’approchèrent, attirés par l’odeur du sang. Ils tournèrent autour de lui, semblant se réjouir de leur prochain festin. L’un d’eux le mordit au mollet, doucement d’abord, puis plus fort. Le second s’attaqua au bras. Charid cria, essayant de se dégager. Il n’avait pas survécu à la noyade pour finir dévoré vivant ! Les bêtes commencèrent à se disputer leur repas, chacun tirant à qui mieux mieux. La douleur le rendait fou.

Soudain, dans une impressionnante gerbe d’eau, une silhouette tout de cuir et de crocs jaillit du fleuve et emprisonna un chien dans sa gueule. Charid entendit craquer les os sous les mâchoires impitoyables. Le second molosse s’enfuit sans demander son reste, abandonnant sa proie à un énorme crocodile qui devait attendre son heure, tapi près du bord. À demi immergé, il dépassait en taille la plupart de ceux que Charid avait pu voir. D’instinct, le jeune homme murmura une prière. De nuit, par cette température, les enfants de Sobek ne chassaient pas. Celui-ci se distinguait aussi par sa stature et l’éclat au fond de ses yeux minuscules. La créature entraîna son repas dans l’eau et la déchiqueta en tournoyant sur elle-même. Très vite, l’agitation cessa et seul le haut du crâne du reptile resta visible à la surface. Charid et la bête s’étudièrent un long moment avant que le crocodile disparaisse sous les flots, ne laissant plus qu’une onde discrète comme preuve de son passage. Le visage à moitié enfoui dans la boue, Charid lutta pour garder conscience. Il ne pouvait plus bouger, mais il vivait. Merci, Sobek ! 

*

Une douce chaleur effleura son corps engourdi. Après une attente interminable dans le limon froid, les rayons solaires caressèrent sa peau. Le jour commençait à poindre. 

« Tu as vu ? Il a bougé ! Tu crois que c’est un esprit de Neilos ? Il est tout noir. Il va nous dévorer !

— Dis pas de bêtises, préviens papa ! »

Des voix d’enfants, autour de lui. Son esprit embrumé se revit dans le repaire, avec elle dans ses bras. Puis le souvenir des coups, l’humiliation, la rage impuissante qui montait en lui… Il gémit. 

« … Gar… 

— T’es blessé, ne bouge pas, on va s’occuper de toi. »

Une ombre de haute taille se porta au-dessus de lui. 

« Allez Netep, aide-moi, on va le transporter à la ferme. »

Cette fois, Charid s’enfonça dans l’obscurité.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il était allongé sur une paillasse, posée à même la terre battue. En se redressant, il constata qu’il était dans une petite maison, au toit fait de branches et de chaume qui laissait filtrer la lumière. Malgré son aspect misérable, Charid s’y sentit à l’abri. On l’avait couvert d’un morceau de laine élimé en guise de drap et il portait des lambeaux d’étoffe sur ses plaies. Il empestait, on avait appliqué des cataplasmes malodorants sur ses blessures.

Accroupie près d’un feu au centre de la pièce, une femme à la peau ridée et aux cheveux blancs préparait un repas. Elle était maigre et brunie par le soleil, mais elle se tenait droite devant son ouvrage. Elle tourna la tête vers lui en souriant : le peu de dents qui lui restaient semblait en bon état.

« Alors mon petit, on se réveille enfin ? »

Il ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. La vieille secoua la tête :

« Non, ne parle pas ! Tu as pris un mauvais coup, ça va te faire mal. »

Incrédule, Charid écarquilla les yeux. Lorsqu’il gémit, la douleur vrilla sa gorge. 

« Ah les jeunes ! Je te dis de ne pas forcer et toi tu insistes ! On a voulu t’étrangler, petit. Ta voix est abîmée, mais ça va aller, crois-moi. Atep a bien fait de me quérir, tu as failli passer sur l’Autre Rive. Heureusement, la terre bénie par Neilos a protégé tes plaies. Tu es resté inconscient deux jours, à lutter contre des ennemis imaginaires. »

Elle s’empara d’un bol et s’accroupit à côté de lui. Ses mains tièdes soulevèrent la tête de Charid avec douceur et telle une mère attentionnée, elle le porta à ses lèvres. Le breuvage inonda la gorge du garçon d’un tapis amer et visqueux. Il grimaça, mais avala le tout. 

« C’est bien, petit. Je sais que ce n’est pas bon, mais ces plantes te soulageront. Tu vas dormir encore un peu, d’un sommeil sans cauchemar et tu te sentiras mieux. »

La voix de la vieille s’estompa dans l’esprit embrumé de Charid. Un rideau tomba devant ses yeux. 

*

« Eh bien, mon garçon, tu nous as fait une belle frayeur. Tu te sens bien ? »

La question posée sur un ton bourru acheva de le réveiller. La vision plus nette, Charid se redressa sur son séant, étonné de pouvoir bouger sans trop de difficulté. En face de lui se tenait un homme de petite taille, aux épaules pourtant bien charpentées. Accusant un certain âge, il était imberbe et des plis de peau commençaient à pendre sous son menton. Une vague odeur de vase émanait de lui. Un gamin maigrichon entra dans la maison, et son visage s’éclaira quand il vit Charid. 

« Tu es le plus gros poisson qu’on ait jamais pêché, toi ! Et le plus paresseux aussi ! J’aimerais pouvoir dormir autant que toi !

— Laisse-le donc, Netep ! Tu vois bien qu’il a eu son lot de problèmes. Je suis content que la rebouteuse ait pu te rafistoler.

— La rebouteuse ? croassa Charid.

— Oui, la vieille qui t’a soigné. Elle m’a demandé deux belles perches pour ça, d’ailleurs. J’espère que les dieux prendront mon geste en considération quand ils soupèseront mon ba, ajouta-t-il en souriant.

— Tu m’as sauvé ?

— Oui, on peut dire ça, petit. Tu as vraiment eu beaucoup de chance. Tu étais presque mort quand on t’a trouvé. Netep, va retrouver ta sœur avant qu’elle ne fasse des bêtises ! »

Contrarié d’être chassé, le garçon souffla, mais sortit. L’homme scruta Charid. 

« Dis-moi gamin, tu ne serais pas un esclave en fuite des fois ?

— Moi ? Non. Je suis libre. »

Vivant et libre ! 

« Bien, je préfère ça. Écoute, je ne vais pas te demander ce qui t’est arrivé, si tu veux me le dire, tu le feras, je suppose. Mais je ne veux pas avoir de problèmes avec la Medjaï. Le Capitaine Taleb est sur les dents à cause des esclaves qui se regroupent pour piller les caravanes. Il interroge les fermiers et les pêcheurs pour savoir si on a rien remarqué ou si on sait où on peut trouver des planques. Moi je veux juste être tranquille et travailler. Alors, si tu penses que tu vas me créer des problèmes, je préférerais que tu partes dès que tu iras mieux. »

Charid hocha la tête. 

« Comment tu t’appelles ? demanda-t-il.

— Atep. Je suis pêcheur, je vis ici avec mes enfants.

— Merci Atep. Peu de gens m’auraient aidé. Je ne voudrais pas que t’aies des ennuis. Je ficherai le camp dès que possible.

— Remets-toi d’abord, petit. Peu importe qui tu es ou la récompense promise par Taleb : je ne dénonce pas, ce n’est pas ma nature.

— T’es vraiment pas ordinaire, Atep… » murmura Charid en se laissant retomber sur sa paillasse.

Trop de mots en trop peu de temps pour sa gorge blessée. Son corps lui rappelait de se ménager. Le pêcheur fronça les sourcils et le considéra avec commisération.

« Je t’ai épuisé avec mes bêtises. Désolé de t’avoir inquiété. C’est juste qu’avec tout ce qui se passe dans la région, je dois faire attention à ma famille. Si la Medjaï leur met trop la pression, va savoir jusqu’où peuvent aller des esclaves avides de vengeance, tu comprends ? »

Charid serra les dents, accueillant la colère comme une amie. Oh oui, je comprends très bien, songea-t-il, et moi aussi j’obtiendrai ma vengeance…

Vers l’épisode 8 – La solitude du guerrier

La Plume d’Aemarielle évolue

Ou plutôt, c’est Aemarielle qui évolue.

Comme je l’expliquais dans mon bilan du mois de janvier, j’ai récemment effectué les démarches pour obtenir le statut d’artiste-auteur auprès du CFE dont je dépend. C’est une étape à laquelle je réfléchissais depuis longtemps sans oser franchir le pas; trop de démarches, la peur de me lancer dans un truc très compliqué, la peur d’oser me qualifier de professionnelle. C’est pourquoi je gardais mes travaux pour moi ou me contentais de les offrir quand quelqu’un s’y intéressait. 

Et puis une commande un peu spéciale est arrivée, qui m’a fait réfléchir sur la valeur que j’accordais à mes dessins. Je suis une autodidacte, je n’ai pas suivi de formation en école d’art, ce qui ne m’empêche pas de consacrer du temps à mes dessins, à faire de mon mieux pour m’améliorer, découvrir des techniques et m’aventurer (parfois!) hors de ma zone de confort. Cette demande rémunérée émanant d’une personne dont j’estime particulièrement le travail m’a poussée à me bouger. Je n’avais plus le choix, il fallait me lancer.

Je me suis donc renseignée sur le site de la Maison des Artistes, pour savoir comment m’inscrire, puisqu’en France, il faut se déclarer, même pour des montants peu élevés. Le site est très clair, il détaille chaque étape et si on suit bien le process, normalement, on ne se trompe pas.

Comment ça marche ?

  1. On s’inscrit sur le site du centre de formalités des entreprises (prévoyez un scan de votre pièce d’identité que vous certifierez conforme) pour obtenir un numéro siret et un code APE (9003 A ou 9003 B pour les artistes-auteurs) par courrier quelques jours plus tard.
  2. Attention, vous recevrez un courrier des impôts peu de temps après pour savoir si vous êtes redevable la cotisation foncière des entreprises avec un questionnaire à remplir. Je ne m’y attendais pas, à celle-là, mais en principe, les artistes tirant des revenus de leur art n’y sont pas assujettis, donc on ne panique pas. Je vous dirai comment ça s’est passé quand je connaîtrai la réponse des impôts.
  3. Dès la première facture émise, il faut remplir la déclaration de début d’activité auprès de la Maison des artistes (on peut le faire sur leur site) avec une copie de la facture. Ceci afin d’obtenir un numéro d’ordre confirmant votre inscription à la Sécurité sociale des artistes-auteurs. NB: cette inscription ne veut pas dire que vous bénéficiez immédiatement de droits à cette couverture. Vous devez juste y cotiser pour être en règle et vos droits éventuels seront évalués l’année suivante lors de votre première déclaration de revenus.

Aujourd’hui, je viens de recevoir mon numéro d’ordre à la Maison des Artistes, ce qui veut dire que, pour le moment, je suis à jour des paperasses (j’espère!) et je n’ai plus qu’à me concentrer sur mes dessins jusqu’à l’an prochain, où j’aurai le loisir de paniquer en comptant mes BNC et mes cotisations sociales ! ^^

Du coup, comme pour le moment, je ne peux pas encore vous montrer le résultat de ma première commande, je me suis armée de mes aquarelles et mes crayons ce week-end autour d’une scène de bain. Je voulais une scène aux tonalités douces et pastel, que j’ai intitulée « les sources de jade ».

Je me suis bien amusée avec cette femme-serpent solitaire en train de jouer dans les eaux cristallines de ces sources chaudes. J’espère qu’elle vous plait. C’est mon premier gros travail personnel depuis mon inscription, je suis toute émotionnée ! 🙂 

Psst: elle est disponible en un seul exemplaire original, envoyez-moi un message sur contact@aemarielle.com si elle vous intéresse. 

J’espère avoir été claire dans mes explications administratives. peut-être que cela servira à d’autres que moi qui attendent dans l’ombre de pouvoir vendre leurs œuvres mais ne savent pas comment s’y prendre. N’hésitez pas si vous avez des questions. Je débute, mais je serai heureuse de vous aider si je le peux.

Le Cycle du Dieu Noir – saison 1 | les enfants de Djedou.6

Aujourd’hui, partons dans les plaines rouges du Koush, à la frontière sud de Kemet. Nous y retrouverons quelqu’un que nous avions laissé depuis le 1er chapitre.

Le Lion solitaire

 

Plaines du Koush, dixième année du règne d’Amosis

 

Les yeux du Koushite, dardés sur les hommes de la Compagnie du Lion, étincelaient de haine. Le corps luisant de sueur, il portait pour seule armure ses peintures rituelles et serrait dans ses mains une sagaie à la pointe d’ivoire. Sa musculature sèche évoquait une panthère, impression renforcée par ses dents immaculées taillées en biseaux. Autour de lui, des incendies ravageaient ce qui restait des maisons et le sol était jonché des cadavres des habitants. L’odeur âcre de la fumée irritait les poumons et rendait la fournaise insupportable. Les Lions venaient de signer leur passage avec le sang de Koush.

Les mercenaires avaient connu leur lot de pertes dans l’affrontement, trois d’entre eux avaient succombé au poison dont les autochtones enduisaient leurs traits. L’homme noir était le seul défenseur de son village encore debout. Il s’était vaillamment battu, mais à présent, la panthère ressemblait à une antilope cernée par des fauves affamés.

Un vrai guerrier, admira Aenar, il ne tremble pas et mourra plutôt que se rendre

De fait, le rebelle avait des raisons de ne pas capituler. Derrière lui se pelotonnaient sa femme et son enfant. Le regard las, insensible à la peur, la mère serrait son fils contre elle. Ses lèvres remuaient à l’oreille du gamin. Une prière ? Des mots rassurants pour l’apaiser ? Aenar n’était sûr que d’une chose : elle savait ce qui les attendait…

Depuis qu’il arpentait Kemet, le nordique avait tué plus que son compte. Ses mains, tout comme sa redoutable hache Skaering, étaient couvertes du sang d’innombrables ennemis, mais jamais il n’avait été contraint de les souiller avec celui d’autant d’innocents. La Compagnie du Lion ravageait les villages frontaliers sans trier le bon grain de l’ivraie. Les images des femmes et des enfants courant pour tenter de sauver leur pauvre existence aiguillonnaient sa conscience sans relâche.

À ses côtés, ses compagnons ne semblaient pas en proie aux mêmes tourments. Aujourd’hui, ils avaient incendié ce patelin miteux et envoyé leurs montures sur les habitants, fracassant des crânes sans marquer la moindre hésitation. L’un d’eux, Karem, s’était emparé d’une fillette pour la violer sans même descendre de cheval. Puis, sa besogne achevée, il lui avait brisé la nuque. Sans savoir pourquoi, Aenar était resté passif. Une part de lui peinait à croire ce qu’il voyait. Lorsque la Compagnie avait été appelée en renfort par les troupes kemites chargées de protéger les frontières, Aenar avait jubilé. On lui annonçait des tueurs endurcis qui attaquaient le royaume au nom de leur mystérieuse souveraine. Des sauvages qui menaçaient les intérêts d’Amosis. Oui, les Lions les avaient débusqués et affrontés. Oui, les rebelles étaient avides de sang. Mais ces gens n’avaient rien de commun avec eux.

Amon, un gaillard habile à l’arc, avait récupéré des colliers de perles sur des cadavres. Il en agita un en direction de la femme debout derrière le guerrier noir.

« Viens ma belle, tu veux le joli bijou ? Je te le donne, allez, approche !

— Arrête ça, grogna Aenar, tu es grotesque !

— La ferme, rabat-joie ! Je veux qu’elle vienne à genoux. J’ai un beau cadeau pour elle », ajouta-t-il en soulevant son pagne.

Pour toute réponse, la femme retroussa les lèvres et montra les dents, qu’elle avait aussi blanches et affutées que son époux.

« Je te les arracherai moi-même, chienne », marmonna Amon en se rajustant.

Une monture arriva au pas derrière eux. Torok, capitaine de la Compagnie du Lion amena son destrier à côté de ses soudards. Il mit pied à terre et observa la scène. Il était de bonne stature, avec des bras musclés ceints de bracelets de cuir et une époustouflante crinière noire qui dégringolait sur ses hanches en tresses épaisses. Une expression agacée se dessina sur son visage carré.

« Qu’attendez-vous pour en finir avec ce drôle ? Nous devons rejoindre la garnison avant la nuit.

— Pardon Capitaine, dit Amon, on voulait juste s’amuser avec la femme. »

Torok la regarda. Manifestement, elle ne lui plaisait pas. Pour son usage, il les préférait plus jeunes et plus frêles. Celle-ci ne ressemblait en rien aux délicates gazelles enlevées dans les villages précédents. Petite et trapue, solidement campée sur des jambes parfaitement musclées, elle se permettait – suprême insolence – de les fixer dans les yeux, un manque de modestie détestable selon les goûts de Torok. Grand seigneur, il leva une main d’un geste auguste.

« Faites d’elle ce que bon vous semble, les gars. Vous l’avez bien mérité. »

Les hommes poussèrent des clameurs enthousiastes. Face à eux, la panthère tressaillit et raffermit sa prise sur son arme. Son instinct avait dû lui souffler que ces cris auguraient le pire.

Aenar protesta :

« Le guerrier a le droit de défendre sa maison, sa famille. Qu’il combatte pour la liberté des siens !

— Écoutez-moi Aenar le noble cœur ! railla Karem, le violeur de fillette. Arrête ta leçon ! Tu en as massacré autant que nous, sans parler d’ceux que tu as dû tuer par chez toi !

— J’ai tué des soldats, des bandits, et aussi des merdes dans ton genre ! Jamais avant de vous suivre je n’avais eu à voler la vie d’enfants ni de femmes ! Les dieux nous mépriseront pour ça ! Laissez-moi l’affronter, oubliez sa famille.

— Avoue plutôt que tu veux la femme pour toi, Aenar ! répliqua Pheleas, un type maigre à la barbe rousse et huilée.

— Ne t’en fais pas, on ne la tuera pas, enchérit Amon. Je sais m’y prendre avec ce genre de chienne. Les Koushites aiment qu’on les secoue un peu ! »

Pheleas et lui ricanèrent bêtement. Bande de salopards ! Lorsqu’ils paradaient en Kemet, ils passaient pour des nobles avec leurs manières et usaient d’une quantité infinie de mots doux pour mettre les femmes dans leur couche. Perdus dans les terres rouges, ils faisaient preuve d’une bassesse et d’une brutalité propre aux bandits de la pire espèce.

Aenar se dirigea vers le survivant en levant Skaering. Quoi qu’en pensent ces ordures, il offrirait une belle fin à ce guerrier et sauverait sa famille. Un sifflement résonna près de son oreille, suivi d’un bruit mat. Le Koushite baissa la tête pour observer son torse, percé d’une flèche à empennage noir, puis s’effondra. La femme lâcha son fils pour s’agenouiller aux côtés de son mari. Agité de soubresauts, il marmonnait dans un langage incompréhensible pour Aenar, qui ne pouvait quitter des yeux l’écume rougeâtre agglomérée à la commissure de ses lèvres.

« Que dit ce sauvage ? demanda Torok

— Il prie, répondit Amon en rajustant son arc à l’épaule, il parle de sa reine. Des histoires de malédiction, je crois. »

Aenar se tourna enfin vers ses compagnons.

« Pourquoi ? interrogea-t-il.

— C’est bon, lâche-nous avec tes jérémiades, Aenar. »

Karem et Pheleas allèrent chercher la femme pour l’arracher au corps de son mari. Elle n’opposa aucune résistance, elle ne quittait pas l’homme des yeux et répétait ses paroles.

« Silence, sauvage ! » grogna Pheleas.

Il la frappa à la mâchoire, puis planta sa lame dans la gorge du moribond.

« Ta reine-déesse ne peut rien pour toi, putain, utilise ta langue pour autre chose… »

Le petit garçon se rua sur les hommes qui maltraitaient sa mère dans l’espoir de l’arracher à leurs mains. Négligemment, Karem dégaina son glaive…

« Attend ! »

 … Et embrocha l’enfant sans lui accorder plus d’attention. Un soupir, du sang et une envolée de poussière accompagnèrent sa chute.

« Maudits… Nous sommes maudits… » murmura Aenar.

Ses entrailles se nouèrent et son cœur manqua un battement. Il entendit à peine le hurlement désespéré de la femme. Elle voulut étreindre son fils, mais les Lions l’en empêchèrent. Pheleas et Karem la traînèrent à l’écart et la jetèrent au sol pour la besogner à leur aise.

Aenar serra les poings.

« Alors c’est ça qu’on devient ? Des bourreaux d’enfants ?

— Ces sauvages ne comprennent que cela, répondit patiemment Torok. Mon roi a été clair au sujet de ces primates qui menacent notre pays. Ils invoquent des noms interdits, se réclament de cette soi-disant reine-homme qu’ils vénèrent comme une idole ! Tu n’es pas des nôtres, Aenar, tout cela t’échappe. On nous a envoyés pour réprimer les troubles, pas pour discuter avec ces gens. Tu savais cela en t’engageant ! 

— La pute ! Elle me mord ! hurla Pheleas. Tiens-la, mais tiens-la donc ! »

La Koushite se débattait tout en serrant la main du mercenaire entre ses dents. Même à deux, ils peinaient à maintenir la furie au sol.

« Suffit ! Cette créature est folle, finissez-en avec elle, ordonna le commandant.

— Tu crois pas qu’on a assez versé de sang inutile aujourd’hui ? répliqua Aenar en montrant les corps calcinés étendus tout autour d’eux.

— Que veux-tu ? Ce sont des pertes inévitables en temps de guerre… »

Torok n’acheva pas sa phrase : le poing d’Aenar heurta violemment son menton, le faisant tomber à la renverse.

« On dirait que ton beau visage vient de subir des pertes inévitables aussi, bâtard Kemite, cracha le géant blond, t’en penses quoi ? »

Amon contempla, incrédule, son capitaine à terre. Torok maintenait les mains plaquées sur sa bouche ensanglantée, comme s’il craignait d’en voir s’échapper des dents. La surprise passée, Amon dégaina son épée et fit barrage devant son supérieur, mais la poigne inexorable d’Aenar lui saisit le bras. En un instant, il se trouva serré contre le colosse, le fil brillant d’une hache d’acier collé contre sa gorge.

« Oh ! balbutia-t-il. Aenar, qu’est-ce que tu fous ?

— Vous là-bas ! cria le géant blond. Lâchez la femme ! »

Karem était occupé à tenir les épaules de la captive pendant que Pheleas, qui avait dégainé son glaive, le brandissait au-dessus d’elle. Du sang coulait de sa main blessée par la morsure de la Koushite.

« Phel ! s’exclama Karem en découvrant la scène. On a un problème ! »

Le rouquin suspendit son geste, mais ne baissa pas les bras.

« Espèce de salopard, tu oses nous trahir, marmonna Torok, toujours à genoux.

— Et comment ! Karem, laisse partir la femme ou j’étripe Amon. Après ça, j’égorgerai Torok.

— Tu ne le feras pas, Aenar, répliqua son prisonnier, on est amis, tu te souviens ? Arrête tes conneries ! »

— Je viens de Sörter, Amon. Tu n’es pas de mon clan, tu ne vaux rien. Je te tuerai sans hésiter, et après je t’oublierai. »

Une vive brûlure traversa le mollet d’Aenar. Il baissa la tête pour voir la dague de Torok fichée dans sa chair. Ce dernier la retira et un flot de sang jaillit de la plaie.

« T’es pas près de partir, railla Torok, lâche Amon tout de suite ! »

Aenar grimaça de douleur.

« Je veux la femme, répéta-t-il, et si je dois tous vous tuer pour l’avoir, je le ferai ! »

D’un mouvement du bras, il saigna Amon, jeta son corps sur Torok et, sans se préoccuper de la douleur dans sa jambe, se rua sur ceux qui avaient autrefois été ses camarades. Un voile rouge tomba devant ses yeux ; il haïssait ces hommes et ne voulait pas devenir l’un d’eux.

Karem ne semblait pas disposé à se laisser trucider sans réagir. Il dégaina son glaive et s’abrita de justesse sous son bouclier pour sauver sa peau. Skaering mordit le bois, en arrachant d’épaisses échardes. Le bras de Karem trembla sous le choc et ce dernier gémit de douleur.

Sous l’empire de la rage, Aenar frappa comme un sourd, forçant son adversaire à reculer. Pheleas en profita pour porter un coup dans le dos du colosse, le touchant à la hanche. Aenar poussa un grognement d’animal blessé et tomba, genou à terre. Le Kemite posa sa lame sur la nuque offerte, prêt à en finir.

« Traîne pas, achève-le ! l’enjoignit Karem en massant son bras endolori.

Le temps se suspendit. Toujours au sol, Aenar guettait le coup de grâce. Après tout, que méritait-il de mieux ?

« Garce ! Lâche-le tout de suite ! » siffla Karem.

Aenar ouvrit un œil. Au-dessus de lui, la femme maintenait Pheleas immobile, un couteau en ivoire sous sa gorge et une main fermement calée sous son pagne. Le mercenaire clignait des paupières sans s’arrêter, la bouche figée en un cri silencieux.

« Pitié », parvint-il à bredouiller d’une voix éteinte.

Du sang se mit à couler de son aine et soudain, la Koushite retira sa main d’un coup sec. Aenar et tous les hommes restants partagèrent la douleur atroce de Pheleas avant qu’il sombre dans l’inconscience. Dans un geste aussi lent que sinistre, la femme brandit son trophée macabre et lâcha son prisonnier, devenu trop lourd pour elle.

« Kulaa oba niwa ! » enragea-t-elle.

À cet instant, des cris s’élevèrent et, autour du village, des silhouettes brunes émergèrent. Des guerriers, à en juger par leur musculature travaillée et leurs colliers de dents humaines. Leur peau enduite de glaise leur permettait de se fondre dans le paysage, d’approcher en silence avant de tomber sur leurs proies. Des traits de sarbacane fusèrent parmi les mercenaires. D’expérience, Aenar les savait imprégnés du venin d’une grenouille multicolore, qui provoquait la paralysie dans le meilleur des cas et une longue agonie dans le pire.

Délaissant Aenar, les Lions se regroupèrent pour faire face à la nouvelle menace. Hélas, avec un mort – bientôt deux – et leur capitaine mal en point, les mercenaires ne faisaient pas le poids. Les assaillants étaient une quinzaine et la garnison se trouvait à deux heures de leur position.

« On se replie, grommela Torok, aux chevaux ! »

Boucliers en avant, les Lions reculèrent vers leurs montures. Malgré l’agitation extrême dans le village, ces dernières restaient calmes. Les guerriers Koushites suivirent le mouvement, mais s’arrêtèrent à distance respectueuse : à plusieurs reprises, les Kemites avaient remarqué la peur qu’inspiraient les destriers aux locaux.

Torok et Karem enfourchèrent leur bête, laissant le pauvre Pheleas à son sort. Au vu des spasmes qui secouaient son corps, il était trop tard pour lui. Aenar entendit le bruit des sabots s’éloigner. Il tenta de se redresser, la paume pressée contre sa hanche pour empêcher son sang de trop s’écouler. Il en avait déjà perdu pas mal, réalisa-t-il. Une demi-douzaine de Koushites se lança à la suite des mercenaires, mais les autres encerclèrent le grand combattant pâle. Aenar serra le manche de Skaering.

« Vous m’aurez pas aussi facilement, les gars ! »

Une piqûre dans sa nuque le chatouilla. Il tâtonna à la recherche du projectile et tenta de l’arracher en pestant contre ses gestes curieusement maladroits. Un grand Koushite – d’une taille proche de la sienne – aux muscles protégés sous une épaisse couche de graisse brandit sa lance vers lui. Son sourire carnassier n’annonçait rien de bon.

Une main se posa sur l’arme. La vision embrumée par le poison, Aenar crut distinguer la femme noire à ses côtés. Elle s’adressa au nouveau venu d’une voix tranchante. Il suspendit son geste, étonné, avant de répliquer vertement à l’impudente. Tous deux commencèrent à se disputer sous les rires de leurs camarades, laissant Aenar de côté. Finalement, le guerrier rendit les armes face à la vindicte féminine. D’un coup de pied moqueur, il poussa Aenar sur le dos.

Quand je pourrai me relever, on en reparlera, fils de chienne !

Le ciel se mit à danser sous ses yeux.

« Amesi, ulunzi na Ista. »

La femme noire se pencha vers le colosse affaibli. Elle passa son bras autour de ses épaules, et avec une force surprenante, l’aida à se redresser.

D’un signe de tête, la veuve désigna une maison au toit calciné non loin. Ses murs faits d’un mélange de terre et de bouse étaient à peu près intacts. En proie à des vertiges, Aenar se laissa mener vers la bicoque. Si les dieux veillaient sur lui, il aurait droit à un peu de repos. Dans le cas contraire, elle lui arracherait les couilles, comme à ce pauvre Pheleas.

Vers l’épisode 7 : Les eaux noires du Neilos

Récap’ du mois de janvier 2018

Plutôt que de préparer un gros bilan en fin d’année, j’ai décidé de le faire petit à petit, chaque mois, histoire de suivre ce que je fais de bien et ce que je peux améliorer par rapport à mon programme prévisionnel. Pour le mois de janvier, j’ai pas mal de points de satisfaction et quelques petits ratés.

D’abord, ze fail :

Côté lecture, c’est vraiment faiblard. J’ai eu du mal à me plonger dans des textes ce mois-ci. J’ai quand même lu Reine des Batailles et le Faucon Éternel de David Gemmell, même si ce ne sont clairement pas ces romans que je recommanderais à qui veut découvrir cet auteur. Je me suis un peu ennuyée et je pense que ça a freiné mes envies de lecture.

J’ai tout de même commencé un recueil de nouvelles, Dangerous Women, et ai beaucoup aimé la première, Desperada, par Joe Abercrombie. J’apprécie le style sec et direct de l’auteur qui cadre parfaitement avec cette ambiance Western. La deuxième, Cocktail explosif, par Jim Butcher, se lit très bien aussi, malheureusement, elle semble issue d’une série Urban Fantasy qui m’est totalement inconnue, Les Dossiers Dresden, du coup je me suis sentie un peu larguée par certaines références. C’est là que je constate mes lacunes côté culture SFF. Manifestement, j’ai du retard à rattraper sur des sagas archi connues.

Ce qui se passe tranquillou:

Le cinéma

On essaye d’aller voir 4 films par mois. Pour janvier, ça aura été 3, mais 3 moments sympas.

D’abord, Jumanji, pour lequel nous partions sans rien attendre de plus qu’un nanar avec Dwayne Johnson dedans, mais qui nous a fait rire à nous décrocher la mâchoire. Plein de références très bien fichues autour des jeux vidéos et un humour très léger. Rien à redire, ce film fait son boulot.

Star Wars 8 nous a aussi bien plu. Déjà, moi, n’en déplaise aux fans de la première heure, j’ai aimé le 7, du coup le 8 s’est trouvé dans la continuité. L’histoire ne casse pas 3 pattes à un canard, hein, on est d’accord, mais j’ai pas vu passer le film, et l’évolution de Luke m’a vraiment plu.

The Greatest Showman, autour des débuts du cirque Barnum. Un film musical ultra pêchu avec des chansons qui vous restent dans la tête, des scènes de danse très très impressionnantes et une bonne humeur contagieuse. Un peu de guimauve, sans trop, je suis sortie de là avec la banane et toute reboostée moralement.

Le Cycle du Dieu Noir

Chaque vendredi depuis le début de l’année, je publie sur le blog un chapitre de ma série. On ne peut pas dire que ce soit un méga succès pour le moment. Je culmine à une trentaine de vues sur le premier chapitre et le score s’érode à chaque publication. Merci aux quelques copines qui ont laissé un commentaire jusqu’ici, ça me fait plaisir ! Bien sûr, j’aimerais davantage de réactions, mais c’est la vie, tout est affaire de patience et de persévérance. Je publie surtout pour le plaisir et pour me pousser à montrer ce que je fais. C’est tout ce qui importe.

L’écriture:

J’ai repris un essai de nouvelle pour en faire un petit roman pulp sans prétention, hommage à mes années passées sur le campus de Strasbourg et au jeu de rôle. J’écris petit à petit, je me donne l’année pour l’écrire, sans forcer. En effet, je me réserve du temps pour des projets professionnels importants.

Le sport:

Je me suis mise au running le 1er janvier et je cours tous les dimanches sans faute, en augmentant la durée à chaque séance. Je ne pensais pas aimer ça, mais finalement, je trouve ça génial. Je finis chaque course plus remontée que jamais, je suis plus concentrée sur mes projets depuis que je vide ma tête des pensées parasites en courant. Je suis loin d’être performante, je cours au rythme d’un escargot, mais monsieur et moi allons plus loin chaque dimanche et c’est cool.

Les trucs totalement exaltants

Je prépare un bilan de compétences histoire de me situer professionnellement à l’approche de la quarantaine et revoir mes valeurs, mes souhaits et mes attentes.

Je me suis également inscrite auprès de l’URSSAF en tant qu’artiste. Oui, je suis désormais une indé ! Me reste à gérer la paperasse qui me tombe dessus en même temps que mon numéro siret et le tour sera joué ! Ce n’était pas prévu au programme, je l’avoue, mais j’ai reçu une commande d’une amie autrice dont j’aime l’univers et la plume. Elle m’a commandé des portraits de certains personnages et je me suis dit que c’était peut-être le moment de surpasser le syndrome de l’imposteur. Je suis à la fois très heureuse et totalement anxieuse de voir si ça peut donner quelque chose d’intéressant au-delà de cette commande. Mon cerveau est en ébullition créative ces jours–ci ! Si vous voyez des changements sur les réseaux sociaux, c’est normal. Comme dirait Florie sur le temps conte, je vais commencer à raconter une nouvelle histoire 🙂 

Voilà pour aujourd’hui, ça fait déjà pas mal de choses pour un mois, non?

Le Cycle du Dieu Noir – saison 1 | épisode 5

Et nous voici de retour pour un nouvel épisode de notre série fantasy. Cette semaine, nous revenons à nos petits voleurs, dans un arc assez sombre, pour public averti. Comme toujours, sentez-vous libres d’intervenir, de poser vos questions ou de me laisser un petit mot si vous le voulez. 

Les griffes du Chat

 

Depuis que Thémis leur avait expliqué son plan, Charid se tenait tranquille. L’idée de prendre part à une opération d’envergure semblait le stimuler et lui faire oublier ses griefs. Si le chef avait constaté son changement d’attitude, il ne s’en plaignait pas, au contraire. Les préparatifs de son projet occupaient ses pensées.

Les Musaraignes retournèrent dans la Ruche, où ils notèrent la présence exceptionnelle de la Medjaï : leur coup d’éclat dans les Coffres n’était pas passée inaperçue. Prudents, ils se cachèrent chez la vieille Kalia pour réfléchir.

« On ne devrait pas le faire, dit Alaia. On a déjà attiré l’attention sur nous. Il faut en parler à Thémis.

— Comment tu veux qu’ils sachent ce qu’on prépare ? la rassura Senon. La Medjaï est un peu constipée parce qu’on a souillé leur jolie place de notre présence, c’est tout.

— Senon a raison. En plus, pense à une chose, Alaia : si on réussit notre coup, on pourrait prendre le large avec une part intéressante. On pourrait filer tous les trois et changer de vie. Ça me tente bien, pas toi ?

— Tu sais que ça m’intéresse, soupira-t-elle.

— Alors, de quoi t’as peur ?

— Si Thémis se doute qu’on veut le doubler, il nous tuera. »

Charid s’appuya sur la rambarde de la terrasse et observa les rues en contrebas. Les muscles de ses bras étaient tendus et ses doigts tapaient la pierre avec agacement.

« Tu as une trop haute opinion de lui, dit-il en lui tournant le dos, et pas assez confiance en moi. »

Ces mots jetés d’une voix froide ne lui ressemblaient pas. Alaia se leva et rejoignit son ami. Il refusa obstinément de la regarder.

« C’est ce que tu crois ? Que je ne te fais pas confiance ?

— C’est l’impression que ça donne. Thémis contrôle ta vie et t’as l’air de trouver ça normal.

— Non, protesta Alaia, c’est pas normal, mais comment me défaire de son autorité juste sur de belles paroles ? Thémis a beau crouler sous les défauts, il représente mon premier souvenir. Il m’a trouvée, m’a nourrie, m’a appris des choses. Je le déteste, c’est vrai, mais j’ai du mal à concevoir la vie autrement que sous ses ordres. » Elle jeta un coup d’œil vers Senon. « Pas toi ? 

— J’avoue, je ressens la même chose.

— Et moi, je crois qu’on peut se démerder sans lui, répliqua Charid, une lueur de colère dans ses yeux bruns. C’est notre chance, on n’en aura pas d’autre. »

Senon tendit la main au jeune homme, qui la saisit.

« Moi, j’en suis. Je veux me tirer d’ici avec toi. Avec vous », précisa-t-il en dévisageant Alaia.

Son regard brillait d’excitation et d’enthousiasme, celui de Charid semblait en attente, empreint de dureté. Il n’avait pas apprécié ce qu’elle avait dit au sujet de Them. Elle soupira et esquissa un sourire.

« D’accord. Peu importe Thémis, peu importent les autres. Je pars avec vous. »

Oubliée la colère ! Charid l’étreignit avec fougue et la souleva du sol en riant. En un instant, il redevint l’ami de toujours, le frère protecteur et aimant, puis il souda ses lèvres aux siennes et soudain, tout bascula. Alaia resta figée sous le baiser, à la fois désemparée et incapable d’y mettre un terme.

« Un peu d’eau froide, ça vous ferait pas de mal ! » geignit Senon, outré.

Alaia en profita pour se dégager doucement de l’étreinte du jeune homme. Celui-ci se racla la gorge, comme s’il venait de réaliser son geste.

« On devrait rentrer, non ? Si on veut que ça marche, on devrait se faire tout petits », suggéra-t-il.

Personne n’y trouva à redire.

*

Les yeux mi-clos, lovée dans les bras de Charid, Alaia veillait, frissonnant dans leur vieille couverture rongée aux mites. Sa main droite serrait obstinément le manche d’un petit couteau, dérobé sur un étal. Sa présence la rassurait, bien que l’ambiance au sein du terrier se soit nettement améliorée ces derniers jours.

Thémis avait tout préparé : il avait envoyé un espion repérer les lieux et même soudoyé des serviteurs pour glaner des renseignements. Il avait présenté le plan de la villa aux Musaraignes et leur avait assigné une mission à chacun. C’était dangereux, mais ça en valait la peine. Il visait haut parce que, disait-il, c’était le seul moyen d’obtenir ce qu’il voulait.

Et il voulait aller loin. Alaia l’entendait souvent en discuter avec Nizul. À son ami, il racontait ses espérances, ses craintes et ses rêves. Dans ces moments, Thémis ressemblait à un jeune homme normal, pas à un monstre d’égoïsme et de perversité. Mais elle le connaissait suffisamment pour se méfier des réactions orageuses dissimulées sous son apparente bonne humeur. Elle se modéra : Charid et Senon avaient raison, il ne pouvait pas savoir.

Charid respirait calmement, un bras protecteur posé sur Alaia, le visage caché sous ses boucles brunes. Il montrait une étonnante faculté à dormir profondément, ce dont elle était incapable. Dans l’obscurité, ses yeux scrutaient les petites silhouettes des enfants couchés par terre et les insectes qui se faufilaient le long des murs. Elle ferma les paupières un instant.

La reine se tient agenouillée, en position soumise, et elle déteste cela. Sa chevelure de flammes tombe en corolle autour d’elle, offerte aux regards envieux de la cour. Devant elle, elle distingue la haute silhouette de son ennemi, assis sur le trône d’obsidienne. Sous son heaume de métal noir, ses yeux verts brillent de convoitise en la détaillant de la tête aux pieds. Dans sa main gantée, il tient l’épée, celle par laquelle il a commis son forfait.

« Ton roi est mort, Astarté. Je pourrais me montrer cruel et te faire partager le même sort. Mais je lis dans ton regard toute ta soif de vivre et d’illuminer le ciel de ta beauté. Je te laisse l’opportunité de le faire, à mes côtés. »

À ses côtés… Set veut dire à ses pieds, comme une servante docile. Comme toutes les déesses qu’il a possédées. La reine plonge ses iris d’or dans ceux du Chacal. Elle le hait de toutes ses forces et il le voit. Il se moque d’elle et de sa colère. Tôt ou tard, il le regrettera. Il rêve de pouvoir, de grandeur et de suprématie. Elle veillera à briser ses espoirs, en restant en vie.

Le réveil sera cruel pour toi. Le réveil sera cruel…

Le bruit des pas dans la pièce fit sursauter Alaia. Elle s’était assoupie ! Elle distingua – trop tard – deux grandes formes au-dessus d’elle. On la souleva sans ménagement pour la jeter au sol. Elle se releva d’un bond, son couteau à la main, lorsque quelqu’un lui saisit le bras et le tordit. Thémis se tenait derrière elle, un sourire mauvais sur le visage. 

« Pas bouger ! » ordonna-t-il. 

Les deux hommes qui s’emparèrent de Charid étaient des adultes, musclés, dont l’un était vêtu d’un simple pagne de cuir, l’autre d’une tunique courte et d’un épais ceinturon. Le premier, de haute taille, arborait une joue calcinée jusqu’à la gorge. Les enfants s’éveillèrent en criant, pendant que Charid se débattait comme un possédé. Le grand le plaqua au mur, lui cognant la tête, avant de lui décocher un coup de poing en plein visage. L’impact lui ouvrit la pommette et le nez dans une giclée de sang. L’homme était suffisamment fort pour soulever le garçon du sol. Alaia observa avec terreur les pieds de son ami s’agiter dans le vide.

« Allez tout le monde ! s’exclama Thémis, on se réveille !

— Thémis, qu’est-ce que tu fais ? cria Alaia.

— Silence ! La Confrérie n’aime pas l’insubordination, c’est pas faute de l’avoir répété. Saluez les Griffes du Chat. »

Alaia n’en croyait pas ses oreilles. Les Griffes, les troupes personnelles du maître de la Confrérie ? Impensable !

Chair-brûlée serrait la gorge de Charid contre le mur, l’empêchant de parler.

« Vas-y, Kloros, calme-le… Je le tiens ! »

L’homme à la tunique hocha la tête, grimaçant un sourire cruel. Sans se soucier des grognements de douleur de sa victime, il martela son ventre de coups de poing. Lorsque son genou heurta Charid à l’entrejambe, Alaia vit les yeux de son ami se révulser. Elle se débattit et cria : 

« Ne lui fais pas de mal, espèce de lâche !

— Ferme-la, » répondit Thémis en la giflant.

Il colla ses lèvres sur son oreille et la lécha avant de susurrer : 

« Attend de voir de quelle manière je m’occupe de lui. Crois-moi, je vais faire ça moi-même ! »

Charid tomba à genoux au sol. De la bave rosâtre coulait de sa bouche enflée et son teint avait viré au gris. Il suffoquait. Thémis, serré contre Alaia, se repaissait de la souffrance du garçon. Tétanisée, elle sentit le sexe du chef durcir devant le spectacle. 

« Reste à quatre pattes, gamin, dit le grand type aux cicatrices. Il paraît que tu es incapable de respecter ton patron, hein ? Il est temps que tu apprennes. Crois-moi, ça va pas te plaire !

— Je te tuerai, chien ! cracha Charid entre deux quintes de toux.

— Cause toujours, rétorqua l’homme. Dépêche Thémis, on n’a pas que ça à foutre, montre à tout le monde à quel point t’es viril ! »

Il s’adressait à Thémis avec un mépris évident. Impitoyable, il se saisit des bras de Charid pour l’empêcher de se redresser.

Alaia perçut l’abjecte terreur de son ami tandis que Thémis la confiait à Nizul. Détachant sa ceinture, il roua de coups le dos du malheureux, ponctuant chaque claquement de cuir par des insultes. Puis, il passa ses mains sur les fesses du garçon.

« Tu disais quelque chose à propos de ce que je possédais sous le pagne. Je vais te montrer…

Alaia pouvait presque le voir saliver. Charid replia sa jambe, puis la détendit en visant l’aine de Thémis. Celui-ci s’écarta de justesse.

« Refais ça et je te castre ! » prévint-il.

Alaia chercha du soutien parmi ses camarades, en pure perte. Personne n’oserait s’opposer à ce qui allait arriver.

« Bouge pas, Alaia, murmura Nizul à son oreille. Ne l’énerve pas davantage. »

Non loin d’elle, Senon détourna le regard. Merit, le visage fermé, ne quittait pas le spectacle des yeux.

« Thémis, pitié, ne fais pas ça, implora Alaia. Laisse-le tranquille, j’t’en supplie !

— Et pourquoi je me priverais ?

— S’il te plaît, Thémis. Je ferai ce que tu veux. Laisse-le, je serai à toi si tu me le demandes. Tu n’as pas besoin de faire ça, tout le monde a compris qui commande !

— Oh petite souris, si tu savais comme tu me fais plaisir, dit-il, doucereux. Tu seras à moi, vrai de vrai ?

— Promis, Them, je ferai ce que tu ordonneras. Tu veux bien le laisser partir ? »

Sous le regard lourd de Charid, le chef s’approcha d’Alaia. Il posa un baiser sur ses lèvres, puis sans crier gare, la frappa d’un revers de main. Son oreille siffla après coup, mais elle entendit Thémis répondre d’une voix sourde : 

« Tu crois que t’as le choix ? Tu m’appartiens, que tu le veuilles ou pas. Je ferai ce qui me plaît de toi et je sais que tu te montreras très gentille, parce que tu n’as pas envie de subir le même sort que ton copain ! »

Il l’abandonna, choquée et au bord de la nausée, et retourna auprès de sa proie. Les deux Griffes renforcèrent leur prise, offrant le corps de Charid à la lubricité de son bourreau.

Le supplice parut durer une éternité. D’abord, Charid essaya de ne pas gémir sous les coups de boutoir, mais très vite, la souffrance surpassa sa résistance. Ses cris se mêlèrent à ses larmes et aux injures de Thémis. Terrorisés, les enfants se serraient les uns contre les autres, sous la surveillance d’Azul et Kimbra. Niz raffermit sa prise autour d’Alaia, mais elle ne se débattait plus. Ses yeux étaient fixés sur la scène, gravant chaque détail, chaque son dans sa mémoire.

Avec un grognement rauque, le chef en termina avec le garçon, désormais silencieux et incapable de bouger. Il resta immobile, les fesses relevées, jusqu’à ce que Chair-brûlée ne s’empare de lui.

« Bon, t’as fini ? demanda-t-il, on en fait quoi de celui-là ?

— Balancez-moi ça dans le fleuve ! Que je n’entende plus parler de lui.

— Arrange-toi pour que ça ne se reproduise plus, Thémis. La Confrérie n’a pas que ça à foutre ! On n’est pas là pour pallier ton manque d’autorité.

— Ça n’arrivera plus, Garus. Remercie encore Phéos de ma part.

— C’est ça, on lui dira… »

Garus et Kloros sortirent en tirant leur victime derrière eux. Nizul lâcha Alaia et rejoignit sa compagne. Tous deux s’enlacèrent et quittèrent la pièce.

Le souffle coupé, Alaia ne parvint même pas à pleurer. Bouche bée, elle regarda son ami disparaître. Ses jambes se dérobèrent sous elle. Tout autour, les enfants gardaient un silence de mort.  

« Bon, lâcha froidement Thémis en se rajustant, je crois que nous avons tous bien compris que je ne plaisante plus. Si vous me défiez, vous en répondrez devant la Confrérie. À présent, on va reprendre le cours de nos petites vies, sans trouble-fête. Vous pouvez vous rendormir, les enfants. » Il leur fit un clin d’œil. « Thémis a des tas de choses à faire ! »

Il saisit Alaia par la nuque et fit claquer un baiser sonore sur sa joue meurtrie.

« N’est-ce pas, ma petite souris ? »