Le Cycle du Dieu Noir – saison 1 | Les enfants de Djedou.2

Et voici notre rendez-vous du vendredi ! La semaine dernière, vous avez fait connaissance avec Alaia haute comme trois pommes et perdue dans les rues sombres de Djedou. Quelques années ont filé depuis, comme vous allez le voir…

Ce chapitre est un peu long par rapport à ceux que j’écris d’ordinaire. J’ai hésité à le couper, mais au final, j’ai préféré le laisser en l’état. Après tout, si je publie ici, c’est pour faire ce que je veux avec ce texte, sans considération de stats ou de classement. 

Je vous souhaite une très bonne lecture !

Décherchéni

Djedou, dixième année du règne d’Amosis

 

« Frotte-toi mieux que ça, je ne veux pas trouver de crasse derrière tes oreilles. Allez, de belles poignées de sable !

— Je ne veux pas rester là, Merit. Je suis propre, je t’assure !

— C’est moi qui décide de ça. Moi aussi je préfèrerais partir, alors presse-toi. »

Immergée jusqu’à la taille dans l’eau froide du Neilos, Alaia accéléra l’allure tout en jetant des coups d’œil furtifs autour d’elle. Rê se levait, ses rayons flamboyants se reflétaient à la surface du fleuve et commençaient à illuminer les berges. D’ordinaire, elle aurait apprécié le spectacle : le Ventre de la Vache dans toute sa splendeur, un écrin fertile où s’épanouissait une flore variée qui auréolait de verdure les murailles dorées de Djedou, sa ville natale. Mais derrière cette débauche de couleurs et de parfums se dissimulait un danger connu de tous les Kemites qui vivaient sur les berges du Neilos. Les enfants de Sobek aux mâchoires mortelles chassaient dans ces eaux.

Il fallait les voir, languissants par dizaines au plus chaud de la journée, leur cuir aussi sombre que le limon du rivage. Quand elle en avait l’occasion, Alaia les observait avec admiration, frissonnant devant leur aura de puissance, sans jamais s’approcher. Pour l’heure, les berges étaient désertes, mais cela ne la rassurait en rien. Elle crut distinguer un clapotis à quelques pas d’elle et courut sur la terre ferme, réprimant sa panique.

« Fleuve bien-aimé, protège-moi, murmura-t-elle en embrassant son amulette-ren en signe de protection.

— C’est rien du tout, se gaussa Merit, sans doute un poisson qui passait par là. »

Alaia la gratifia d’une moue courroucée. Elle tremblait de froid, nue sur la berge et ne se sentait pas d’humeur à écouter les moqueries de son aînée. Celle-ci la prit en pitié et lui tendit un drap pour se sécher. Une fois l’office accompli, Merit la scruta de la tête aux pieds avant d’énoncer son verdict.

« Beaucoup mieux. Il faut que je te dise : désormais, tu veilleras à te laver tous les jours.

— Quoi ? Pour quelle raison ?

— Ordre de Them. Il m’a demandé de veiller sur toi.

— N’importe quoi, protesta Alaia. Je vais pas risquer de me faire bouffer juste parce que Thémis le décrète, quand même ! »

Merit sourit et la prit dans ses bras. Alaia caressa l’idée de la repousser, mais renonça. La jeune femme possédait un don pour comprendre les angoisses de sa protégée. Là encore, elle devinait le vrai motif de son malaise.

« Tu grandis, petite sœur. Tu deviens femme, tu ne peux plus te comporter comme une enfant.

— Comme si les enfants vivaient comme moi…

— La plupart ne savent pas faire le quart de ce dont tu es capable. Quel est le problème dans le fait de te laver ? Ne me parle pas des crocodiles, je sais très bien que ce n’est pas ça.

— C’est que… Je sais très bien où finissent les femmes au service de la Confrérie. »

Merit la serra plus fort en riant.

« Tu ne finiras pas là-bas, Alaia. Regarde-moi, je suis toujours là, et pourtant je suis une femme !

— Mais toi, Niz te laisserait jamais finir dans une maison de plaisir. »

Merit relâcha son étreinte et saisit Alaia par le menton.

« Parce que tu crois que Thémis te laisserait partir, peut-être ? »

Un frisson glacé lui parcourut la colonne vertébrale. Maussade, Alaia se détourna de son aînée et referma ses bras autour de son torse.

« J’ai froid. On fait quoi maintenant ?

— On t’habille », répondit Merit sans plus de cérémonie.

Alaia ne connaissait personne de plus terre-à-terre que sa sœur d’adoption. Belle à croquer avec ses yeux fauves, sa masse de boucles sauvages et son teint sombre, elle n’économisait jamais un sourire et contemplait le monde avec un calme inébranlable. Une assurance dont Thémis ne semblait pas friand. Tous deux se détestaient cordialement et sans le soutien de Nizul, le bras droit du chef, la position de Merit aurait sans doute été moins enviable.

Loin de ces considérations, la jeune femme tira d’une besace une longue pièce de lin blanc, qu’elle exhiba fièrement devant Alaia. Il s’agissait d’une robe sans manches ni fioritures, mais propre et d’aspect neuf.

« Ferme la bouche, idiote ! se moqua la voleuse.

— Elle est…

— Blanche, tout à fait ! Comme la mienne, en fait. Enfile-la, elle est bel et bien pour toi. Oui : Thémis le sait et oui : tu pourras la garder. 

— Où tu l’as trouvée ? s’extasia Alaia en l’enfilant.

— Dès que ça sert ses intérêts, Them est capable de dégotter n’importe quoi.

— D’habitude, il se fiche bien de ma tenue.

— Tout change, je te l’ai dit. »

Merit lui noua une ceinture de corde autour des hanches pour ajuster la robe à la taille menue de sa cadette. Alaia fronça les sourcils. À côté de la silhouette plantureuse et des formes conquérantes de la jeune femme, elle se sentait inexistante et noyée dans les plis blancs de sa tenue.

« Ravissante ! Et ces cheveux, ajouta Merit en tortillant une longue mèche rousse humide. Un véritable incendie. Dommage qu’il faille l’éteindre.

— Comme toujours… soupira Alaia.

— Tu sais très bien pourquoi. »

Merit enroula un turban assorti à la robe autour de son crâne en une jolie coiffe qui masquait sa crinière. Et voilà, son seul attrait s’évanouissait sous un carcan de tissu ! Elle baissa la tête, frustrée.

« Ne boude pas. Profite de ces moments de tranquillité avant d’être une proie pour les hommes. Tu es encore si jeune !

— Dans ce cas, demanda une voix juvénile, pourquoi tu la mêles à tes affaires ? »

Alaia retrouva le moral en reconnaissant le ton bravache de Charid. Posté sur une butte, le garçon toisait la jeune femme avec son éternel regard de défi, les bras croisés sur son torse nu. Derrière lui, la silhouette plus frêle de Senon attendait dans son ombre. La proximité de ses camarades la rassura ; à eux trois, ils formaient un groupe de tire-laines intrépide et efficace qui sévissait dans les rues de Djedou. Alaia et Senon jouaient de leurs doigts agiles et Charid protégeait leurs arrières en cas de besoin. De deux ans leur aîné, il n’allait pas tarder à dépasser Thémis – pourtant déjà un homme – en taille et en musculature. S’il parvenait à museler sa langue trop vive, il deviendrait sans doute un jour un adjoint de choix pour le chef.

Merit lâcha un de ses petits rires moqueurs.

« Tiens donc, le joli Charid, toujours aux petits soins de sa dame. T’es venu te rincer l’œil, mon mignon ?

— J’t’ai posé une question.

— Je ne te dois rien. Demande à Thémis. »

Charid se rembrunit et regarda Alaia.

« T’es pas obligée de la suivre. Elle peut se débrouiller toute seule.

— Mais je me débrouillerai encore mieux avec elle. » Merit leva les yeux au ciel. « Reine des Cieux ! Arrête de dire des sottises, Charid. Je vous l’emprunte une journée pour lui faire découvrir une autre facette de la vie des Musaraignes. Demain, elle pourra de nouveau courir les rues avec vous si ça la chante. Avec l’estomac bien rempli, en prime ! »

Elle enlaça Alaia, qui ne put s’empêcher de humer l’odeur sucrée de sa peau.

« Ne t’inquiète pas pour moi, Charid. C’est juste un tour en ville, rien de compliqué. Senon et toi, vous ferez du bon boulot, même sans moi pour veiller sur vous.

— T’es sûre ?

— Puisque j’te le dis. Filez ! On se retrouve ce soir. »

Les deux garçons partirent en direction de la ville. Merit sourit et lui tapota l’épaule, visiblement satisfaite de la réponse. De toute façon, quel choix avait-elle ? Désobéir à Thémis… Seul Charid pouvait suggérer une telle folie. Comment pouvait-il à la fois être aussi brave et stupide ?

Pour finir les préparatifs, Merit sortit une boîte en bois remplie de fard, dont elle se badigeonna les paupières, penchée au-dessus de l’eau pour voir son reflet.

« Reine des Cieux, j’y vois rien ! Aide-moi. »

Alaia lui peignit les yeux en suivant ses instructions et lui tendit le pinceau.

« À mon tour ?

— Tu rêves, c’est hors de prix, ça ! Et puis on n’a plus le temps, en route ! »

Alaia contint un sourire et suivit son aînée sans un mot.

*

Elles rejoignirent un sentier bordé de buissons épineux qui les mena non loin de la porte de l’Aigle, l’accès principal à la cité de Djedou. Des colonnes de chariots et de voyageurs s’y pressaient, impatients de vendre leurs marchandises. Peret, le Renouveau, arrivait et avec lui la saison du commerce. Le port allait être investi par les navires venus de la Grande Verte depuis leurs lointains pays, créant cette ambiance si particulière qu’Alaia affectionnait tant. Elle adorait cette période de l’année où les langues s’entremêlaient dans un joyeux brouhaha. Les rues débordaient de monde et bien entendu, les bourses bien garnies abondaient, pour le plus grand bonheur des Musaraignes.

« Garde tes mains sages, la réprimanda Merit en lui pinçant le bras. On n’est pas là pour ça.

— Je regarde, c’est tout.

— Eux aussi nous regardent. »

Deux hommes en pagne rouge, coiffés du klaft règlementaire, surveillaient les allées et venues autour de la porte. L’amulette de l’aigle pendait à leur cou. La Medjaï… D’ordinaire, Alaia les évitait comme la souris fuit le chat. Les gardes de Djedou n’aimaient pas les parasites dans son genre. Elle retint son souffle, mais aucun des deux ne fit mine de les arrêter.

« Belle journée, mahili, » salua un medjayou, avant d’immobiliser le chariot qui les suivait. « Hé ! Montre-moi ce que tu transportes, toi ! »

Incrédule, Alaia observa Merit. Franchir les portes s’était révélé si facile.

« Et moi qui m’embête à trouver des voies détournées pour entrer ! 

— Apprends à faire des hommes tes amis, lui conseilla la voleuse. C’est très facile, tu verras. Il suffit de sourire bêtement en baissant les yeux à leur passage et le tour est joué. Évidemment, c’est plus facile avec une jolie robe et en étant propre. Surtout en ce moment.

— Ah bon ?

— Bien sûr. Avec les cérémonies ishtariennes qui approchent, il est normal de croiser des femmes en quête de bénédictions. Même des nomades des tribus du désert viendront au temple de Djedou rendre hommage à Ishtar. »

La cité s’offrait à elles, baignée de soleil et de bruit. Et de puanteur. Djedou accueillait ses visiteurs par la Ruche, son quartier le plus pauvre, bâti à flanc de colline. Un dédale de ruelles malodorantes aux maisons délabrées et au sol noirci par le limon charrié par le fleuve à chaque crue annuelle. Au fil du temps, les habitants les plus aisés s’étaient installés sur les hauteurs protégées par des digues, chassant les plus défavorisés loin d’eux. Ceci dit, la ville basse n’avait rien de morose. Les gens y riaient, y tenaient commerce, des familles entières y passaient leur vie sans rien trouver à y redire, à part se plaindre parfois à la Medjaï de l’insalubrité ambiante, sans résultat probant. De plus, on y fêtait chaque année l’arrivée de l’iqdou, la boue du Neilos, aux propriétés curatives reconnues.

« Et ton contact, il nous attend où ? s’enquit Alaia.

— Nous le trouverons au marché.

— Pourquoi on va vers l’Ancienne Porte, alors ? L’allée des Siffleurs est à l’opposé.

— Pas ce marché-là, petite souris.

— M’appelle pas comme ça, la rabroua Alaia. Et tu pourrais m’expliquer ce qu’on fait, j’aurais moins l’impression d’être idiote. »

Sans lui répondre, Merit l’entraîna au-delà de l’Ancienne Porte, frontière entre la ville basse et le reste de la cité. Sous le regard indifférent de deux medjayous, elles entamèrent l’ascension d’une longue côte bordée de maisons bien plus cossues que celles de la Ruche. Les gens y circulaient paisiblement, drapés dans des étoffes propres et chaussés de sandales en corde. Plus les jeunes filles montaient, plus la cité se révélait agréable, les murs blanchissaient sous des couches de chaux, des parfums subtils flattaient les narines des visiteurs et des rangées de palmiers jalonnaient la rue. Comme pour marquer l’ultime limite entre le monde des pauvres et celui des nantis, une gigantesque statue de Set sur un piédestal contemplait la ville sous son heaume à tête de chacal, sa lance brandie en avant dans un geste dominateur. Alaia frémit en passant près de l’idole du protecteur de Kemet. Des offrandes décoraient les pieds de la divinité, et maudit soit le sacrilège qui oserait y toucher.

« Parce qu’on va aux Coffres ? lâcha Alaia. Mais c’est bourré de medjayous et de gardes privés. Qui peut bien t’attendre dans un endroit aussi huppé ? »

Les Coffres d’Ouadjour rassemblaient la fine fleur des négociants Kemites et étrangers. On était loin de la crasse de la Ruche où s’échangeaient les aliments les plus douteux et les services les moins légaux. Sur cette grande place transitaient les étoffes les plus rares, des animaux exotiques, mais aussi depuis quelques années, des esclaves de choix pour les maisons riches de Djedou.

« Un serviteur d’une famille très en vue par ici. Il n’a pas très envie de s’aventurer dans la Ruche, alors c’est moi qui viens à sa rencontre.

— Toi ? Et Thémis, pourquoi il s’est pas déplacé lui-même ?

— Tu en poses des questions, aujourd’hui, soupira Merit.

— C’est louche que Thémis te confie quelque chose. Tout le monde sait que lui et toi, c’est pas l’amour fou. Alors ?

— Them mijote un gros coup. Je suis pas autorisée à trop en dire pour le moment. Nous avons… pris contact avec un serviteur d’une grande famille et il doit me remettre quelque chose d’important. Voilà, tu es contente ?

— Et moi, je suis là pour quoi faire, alors ? »

Alaia sourit à un groupe de marchands richement vêtus en baissant les yeux, comme le lui avait conseillé Merit. Sous ses pieds nus, de larges pavés balayés de frais remplaçaient la poussière des rues de la Ville Basse. Des vasques de plantes décoraient les allées et les murs de calcaire blanc brillaient au soleil. L’air sentait la lavande et les agrumes, pas la saleté ni la charogne qui empuantissaient les tréfonds de la Ruche. Non loin, derrière les habitations, on apercevait les obélisques qui marquaient l’accès au quartier des temples.

« Tu es là pour apprendre, répondit Merit, et pour me servir d’yeux.

— C’est-à-dire ? Je dois surveiller quoi ? La Medjaï ?

— C’est un peu plus compliqué, à la vérité… » Pour la première fois, Merit semblait embarrassée. « Malgré les apparences, la Confrérie surveille souvent cet endroit. Si jamais tu vois quelqu’un qui te semble louche, j’aimerais que tu me le signales.

— Aux dernières nouvelles, la Confrérie c’est nous », rétorqua Alaia en scrutant la voleuse sans aménité.

Elle ne put s’empêcher d’observer autour d’elle avec méfiance. Quelque chose sentait mauvais dans cette histoire. Les Musaraignes avaient beau n’être qu’un ramassis de tire-laines sans envergure, ils dépendaient de Confrères plus aguerris, eux-mêmes au service de leurs supérieurs. Pourquoi Thémis jouait-il à ça ?

« Écoute, je sais que ça peut te sembler étrange, mais ne t’inquiète pas. Fais ce que je te dis, c’est tout. Ce sera vite fini et tu pourras choisir ce que tu as envie de faire après. D’accord ?

— Ça doit être encore pire que ce que je crois », répondit Alaia d’un ton las.

Charid et Senon lui manquaient. En les sachant dans le coin, elle aurait abordé cette mission avec le cœur plus tranquille. Elle pouvait compter sur eux en cas de besoin, ce qui n’était pas du tout garanti avec Merit.

« Regarde comme c’est beau ! s’extasia cette dernière. Profite et détend-toi. »

De fait, les Coffres d’Ouadjour étalaient leurs richesses devant leurs yeux émerveillés. Où qu’Alaia regardât, tout n’était que couleurs magnifiques, des tentes chamarrées aux épices exposées dans des paniers d’osier. Des musiciens égayaient l’ambiance en jouant de la flûte et des cordes de leur baïnit pendant que sur des broches, de la viande grillait en répandant des parfums inédits aux narines de la jeune Musaraigne. Derrière cette marée chatoyante, un bâtiment rectangulaire trônait au fond de la grande place : la maison du Commerce. Là-bas se traitaient les contrats les plus importants et les litiges entre familles marchandes. Cet endroit devait regorger de trésors.

« Allons-nous rafraichir », décréta Merit en se dirigeant vers une tente plus spacieuse que les autres.

Sous l’étoffe verte, on avait installé des tabourets et des bancs autour de petites tables de bois. Quelques marchands discutaient gaiement pendant qu’un homme râblé leur servait de la bière dans des coupes en terre cuite. Plus loin, un garçon qui devait avoir l’âge de Merit attendait, le nez penché vers sa boisson. Sa jambe gauche s’agitait sans qu’il  le remarque sous sa tunique blanche à liseré rouge. Une amulette de cuivre accrochée à une corde en fleur-du-roi pendait sur son torse maigrichon, mais Alaia ne put en distinguer les détails car les doigts de son propriétaire jouaient nerveusement avec le pendentif.

Leur arrivée ne passa pas inaperçue. Merit savait indéniablement attirer l’attention grâce à son sourire. Alaia n’avait jamais rencontré de fille plus sûre d’elle. Elle-même, le feu aux joues, dut essuyer ses paumes moites sur sa robe ; d’habitude, elle ne frayait pas avec cette frange de la population.

Le jeune homme leva les yeux et pâlit. Il avala une gorgée de bière pour se donner contenance alors que Merit se laissait tomber sur le tabouret en face de lui. Indécise, Alaia hésita un instant, mais la voleuse lui désigna un banc à côté de leur table.

« Assied-toi petite sœur, ce ne sera pas long. »

Merit sourit à son vis-à-vis.

« Salut Perba. J’espère ne pas être en retard.

— Non… J’ai ce que tu veux.

— Parfait, montre-moi », minauda-t-elle en se levant pour s’installer sur les genoux du serviteur.

Alaia se tourna légèrement pour surveiller les alentours pendant que Perba faisait passer un parchemin plié à Merit. Là, ça devenait vraiment étrange : personne dans la bande ne savait lire. Qu’est-ce que Thémis pouvait bien espérer d’une feuille de fleur-du-roi ?

« On boit quelque chose ou on s’en va, dit le tenancier en s’approchant.

— Oh, mon ami ici présent va nous inviter, n’est-ce pas ? affirma Merit en dévoilant des dents remarquablement blanches.

— Euh, oui… Bien sûr. »

Perba fouilla dans sa maigre bourse et en tira deux deben qu’il posa sur la table. Le propriétaire observa les anneaux de cuivre et haussa les épaules.

« M’est avis que ton maître ne te paye pas pour inviter des filles de rien à boire, mon garçon.

— Ce sont mes affaires », rétorqua ce dernier en fuyant le regard de l’homme.

Le pauvre, songea Alaia. Qu’avait-il pu faire à Bastet pour que Thémis lui cherche des noises ? Comment un membre d’une maison marchande avait-il rencontré le chef des Musaraignes ?

« Et pour ce qui a été convenu ? s’enquit Merit sans se soucier du trouble de son interlocuteur.

— Ce n’est pas si simple, je dois en référer à l’intendant… C’est lui qui décide, pas moi.

— Oui, mais on sait tous à quel point le vieux t’apprécie, n’est-ce pas ? »

Perba rougit jusqu’à la racine de ses cheveux noirs. Alaia le sentait au bord des larmes. Elle reprit sa surveillance, troublée d’éprouver de la sympathie pour un inconnu. Peut-être parce que comme elle, il était l’esclave d’un homme qu’il semblait détester.

« Écoute, demain, nous t’enverrons Zeke. Tu le recommanderas avec ta meilleure volonté à ton intendant, comme ça tout le monde sera content. Thémis serait vraiment navré qu’il arrive quelque chose à ta pauvre mère. Une veuve, perdue dans la Ruche, qui sait ce qui pourrait lui arriver ?

— Vous êtes des ordures… marmonna Perba entre ses dents.

— Tu sais, ça me fait pas plaisir de te dire ça. Tu es un bon fils, qui donne de sa personne pour nourrir les siens. Je respecte ça. Fais ce qu’on te demande et je garantis sa sécurité. »

Alaia secoua la tête. Les menaces, les grands discours, c’était vraiment du Them tout craché. Perba ne savait pas dans quel guêpier il se laissait embarquer…

« Par ici, maître. Tu trouveras de quoi te désaltérer.

— Dans ce taudis ? Soit, c’est bien parce que j’ai les chevilles qui enflent… Quelle fournaise ! »

Deux personnes se présentèrent devant la maison de bière. D’abord, un homme à l’allure costaude qui promenait sa silhouette trapue et musclée avec assurance. Des sangles de cuir se croisaient sur son torse et un glaive de bronze pendait à sa ceinture. Son crâne rasé luisait de sueur au soleil. Derrière lui, occupé à agiter un éventail, un type énorme râlait d’une voix aigre tout en respirant plus fort qu’un bœuf essoufflé. La perruque qui protégeait sa tête était magnifique, tout comme sa longue toge de lin vert, taillée sur mesure pour contenir son ample bedaine. Comme Perba, il arborait une amulette autour du cou, mais en or et non en cuivre. Les symboles différaient, mais qui que fût cet homme, il appartenait aussi à une maison.

Aussitôt, le tenancier se fendit d’une courbette.

« Maître Khem, quel honneur de t’accueillir dans mon modeste établissement !

— Modeste, oui, répondit le nouveau venu d’une voix chevrotante. Si la chaleur ne menaçait pas de m’étouffer, jamais je ne m’y serais arrêté. »

Son garde du corps poussa un tabouret sur lequel maître Khem s’effondra dans un grincement de bois. Une forte odeur de transpiration mêlée à du parfum capiteux envahit l’espace. Alaia réprima son dégoût et fit mine d’ignorer les arrivants. Pourtant, son regard revenait sans cesse sur la ceinture de cuir du porc, à laquelle pendait une bourse aussi dodue que sa panse.

Sitôt servi en bière, maître Khem observa l’assistance avec un mépris non dissimulé. Perba, quant à lui, semblait sur le point de s’évanouir.

« Tiens donc, nota Khem, un employé du seigneur Lemphis, ici. Si je prenais un de mes coursiers en flagrant délit de paresse, je le ferais fouetter pour lui faire passer l’envie de gaspiller son temps avec des filles. »

Perba chassa Merit de ses genoux avec colère. Envoyée au sol, la voleuse amortit sa chute avec grâce et rajusta sa robe sur ses cuisses.

« Charmant.

— J’ai du travail ! Laisse-moi en paix. »

Il fila en évitant le regard plein de morgue de Khem. Alaia aidait sa consœur à se relever quand celle-ci lui chuchota à l’oreille :

« Le gros Khem est l’intendant de la maison Kleios. C’est un imbécile et une brute. Ne restons pas dans le coin. Je dois ramener le parchemin à Thémis.

— Alors, jeunes filles, on se prépare pour la fête du Renouveau ? »

La mention des célébrations d’Ishtar fit rougir Alaia. Elle n’avait jamais assisté aux processions, mais on parlait de rites orgiaques un peu partout en ville.

« Tu te méprends, mahil, corrigea Merit, nous ne sommes pas des ishtariennes.

— À te voir, vautrée sur les genoux de ce pouilleux, on aurait pu le croire, rétorqua Khem en s’éventant. Si tu cherches un protecteur digne de ce nom, je te suggère d’être plus sélective. »

Il se fendit d’un sourire qui atténua un instant l’épaisseur de son goitre. Puis, comme si en face de lui se trouvait une demeurée, il tapota ses genoux avec impatience. Debout derrière lui, le garde du corps leva les yeux au ciel.

C’était bien leur veine, déplora Alaia. Un serviteur prétentieux persuadé de posséder du pouvoir sur les autres. Merit redressa le menton, contourna les tables et s’apprêta à quitter la tente.

« Tu oses ? rugit Maitre Khem. Efrem, ramène-moi cette bâtarde Koushite ! »

Le garde saisit Merit par le poignet et l’arrêta.

« Maître Khem s’adresse à toi, ma fille.

— Et moi, je suis occupée. Ma sœur et moi devons partir. »

Efrem ramena la voleuse vers son patron. Celui-ci transpirait de fureur, son visage écarlate contrastait étrangement avec le vert de sa tenue.

« Personne ne m’ignore, petite traînée. Alors comme ça, ce freluquet a droit à tes attentions et pas moi ? Tu te crois assez belle pour me dédaigner, c’est ça ?

— Pardonne-moi, répondit Merit avec une peur réelle dans la voix. Je ne voulais pas t’embarrasser ni t’humilier… Tu peux sans doute avoir toutes les femmes que tu veux.

— Je me fiche de tes excuses. Efrem, apprend l’humilité à cette garce.

— Pardon, maître ?

— Casse-lui le nez. D’un coup de poing, comme tu sais le faire.

— Maître, c’est une fille…

— Je t’en prie, pitié… implora Merit en se débattant.

— Pas de ça chez moi, intervint le tenancier avec fermeté. Les contentieux se règlent ailleurs. »

Alaia observa l’assistance, les poings serrés. Personne n’interviendrait-il pour aider Merit face à cette brute ? Khem fronça les sourcils, fit signe à Efrem et se leva.

« Crois-moi, je ne souhaite pas m’attarder dans ton bouge, lâcha l’homme. Allons-y, ne la laisse pas partir. »

Le garde traîna Merit en larmes hors de la tente. Khem leur emboîta le pas en s’éventant. Ils ne parcoururent guère de chemin : Efrem poussa sa captive au fond d’une allée et la plaqua contre un mur.

« À moi ! cria Merit

— Personne ne viendra, se moqua Khem, ils me connaissent tous. »

Alaia disposait de peu de temps pour agir. Elle s’élança vers le gros type aussi fort qu’elle le put. Il poussa un glapissement, s’empêtra dans les plis de sa toge et chuta, entraînant son assaillante dans la foulée. Surpris, Efrem lâcha Merit et se tourna face au danger.

« Je t’avais oubliée, toi ! » pesta-t-il.

Alaia se redressa pour fuir, mais la grosse main de Khem emprisonna sa cheville. Elle retomba sur les pavés, où Efrem la maîtrisa rapidement.

« L’autre catin ? Tu es venue à la rescousse de ton amie, hein, haleta Khem en se redressant. J’espère que tu es contente, parce qu’elle t’a laissée à ton sort. »

Alaia chercha Merit du regard, mais le gros porc disait vrai : la voleuse était partie en l’abandonnant derrière elle. Khem abattit une main vengeresse sur sa pommette et la saisit par son turban pour la redresser, ce qui libéra ses cheveux sur ses épaules. Il interrompit son geste, une lueur nouvelle dans les yeux.

« Oh, regarde ça Efrem ! Une décherchéni… Je vais peut-être y trouver mon compte finalement.

— Maitre ?

— Des cheveux de sang, expliqua-t-il en humant les boucles d’Alaia. Et belle en plus de ça ! Dire que j’ai failli ne pas le voir. Gloire à Set ! Le temple me comblera de bienfaits. »

Alaia déglutit. Thémis l’avait prévenue : ne pas se faire voir, ne pas être remarquée pour cette maudite crinière. Elle avait envisagé de la raser, mais le chef refusait, craignant la colère d’Ishtar. Les cheveux rouges étaient sa marque, celle de l’épouse de Set. Les prêtres du chacal donnaient cher pour le sacrifice d’une décherchéni.

« Seigneur, je t’en supplie, pas ça ! implora-t-elle en s’accrochant à la ceinture de son bourreau. Je voulais juste protéger mon amie. Je ne suis rien, je ne vaux rien ! »

— Efrem, emmenons cette enfant au quartier des temples, mais avant, rajuste sa coiffe. Je ne voudrais pas que tout le monde voie ma trouvaille. »

Le garde renoua le turban alors qu’Alaia restait à genoux, les mains crispées autour de la ceinture de Khem. Bastet, un peu de chance, je t’en prie.

Un sifflement d’air retentit et Khem poussa un cri strident en portant les doigts à son front : un projectile venait de le heurter. Alaia écarquilla les yeux, vit le sang sur le visage de l’intendant et tourna la tête dans la direction du tireur. Charid ne cherchait pas à se cacher. Il gratifia le garde d’un geste particulièrement obscène avant de filer. Efrem allait le suivre quand il entendit la plainte de son maître.

« Je suis blessé ! Dieux, je me vide de mon sang ! »

L’homme hésita : la prisonnière valait cher, mais son maître était blessé. Alaia ne lui laissa pas le loisir de décider, elle courut vers le fond de la rue et s’enfuit aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Au loin, elle entendit les beuglements de maître Khem :

« Cette garce m’a dépouillé ! Retrouve-la ! »

La panique allait secouer les augustes Coffres d’Ouadjour, mais Alaia s’en moquait. Elle avait failli mourir parce que Merit l’avait abandonnée entre les mains d’une brute sanguinaire. Sans l’aide de Charid – que Bastet soit louée ! – elle serait en route pour le temple de Set dans l’indifférence générale. Elle pressa plus fort la bourse de l’intendant contre elle. Au moins, elle y avait trouvé une compensation.

La rumeur se répandait vite : des voleurs avaient agressé un honnête serviteur d’une maison marchande. Elle devait rejoindre la Ruche au plus vite. Il y serait plus facile de disparaître. Elle escalada un mur sans même y penser et observa depuis les hauteurs l’itinéraire le plus rapide. Passer par les toits et les terrasses était ancré dans ses réflexes. Et au moins, elle ne risquait pas d’y rencontrer la Medjaï.

*

Il lui fallut tout de même près d’une heure pour rejoindre le repaire que son petit groupe avait choisi au cœur de la Ruche : la maison de la vieille Kalia, une ancienne, sourde comme un pot et à moitié aveugle, qui ne montait plus jamais sur sa terrasse. À bout de souffle, elle se laissa tomber contre un mur ensoleillé et massa son visage endolori. La tension disparut, les larmes abondèrent dans ses yeux. Elle se sentit prise de tremblements incontrôlables et enfouit sa tête entre ses genoux. Les sanglots la soulagèrent au point de lui faire oublier le temps.

« Alaia ? Ça va ? »

On la secouait.

« Alaia parle-moi ! »

C’était la voix de Charid.

Elle redressa la tête pour le trouver agenouillé en face d’elle, rongé d’inquiétude. Elle ne put s’empêcher d’observer les marques de grêle sur sa joue gauche et son menton et les effleura du bout des doigts. Le contact de la peau de son ami l’apaisa. En réponse, Charid repoussa quelques boucles derrière son oreille et vit sa pommette enflée et écorchée. Son visage se ferma, il se leva en silence et fit les cent pas, les bras croisés.

Senon prit sa place et frotta les mains d’Alaia avec gentillesse.

« Dans quel merdier t’es allée te fourrer ? »

Les mots glissèrent tous seuls. Alaia ressentait le besoin de se confier à ses compagnons. Elle leur raconta tout, du parchemin étrange à la défection de Merit, jusqu’aux menaces de Khem qui voulait l’offrir à la dague des setites.

« La garce, elle t’a lâchée alors que tu l’as secourue. Elle est bien comme Them, celle-là, marmonna Charid. Ils vont m’entendre, je te le dis.

— Tu ne diras rien du tout ! T’as rien à voir là-dedans, c’est entre elle et moi. » Alaia renifla. « Je vous remercie, tous les deux. Comment avez-vous su ? »

— Ce grand benêt a insisté pour qu’on vous suive, qu’est-ce que tu crois ? Bref, on a rien foutu de la journée, on va entendre la fouine ce soir. Dis donc, ça enfle, c’est pas joli à voir. 

— Par la Mère de tous les chats, je ne veux pas finir défigurée à vie par ce gros porc !

— On n’a pas de quoi soigner ça au terrier, fit remarquer Senon. Comment on va faire ?

— Il faut trouver un rebouteux, il nous filera des herbes ou quelque chose, réfléchit Charid. Le Mède pourrait nous aider ! Vous savez, l’herboriste, Khazid ! »

Alaia secoua la tête, les lèvres pincées.

« Pas question. C’est un empoisonneur, pas un guérisseur. Il est akhou, j’en suis sûre. Non, je vais aller au dispensaire voir les prêtres.

— Ah ! Et comment tu comptes les payer ?

— Je paierai rien du tout. Ce type me doit un dédommagement, répondit-elle en montrant la bourse de Khem. Je la lui ai prise quand tu l’as caillassé. Je paye mes soins et on partagera le reste. Vous l’avez bien mérité.

— Par Bastet, tu ne perds jamais ton temps. » Charid sourit et l’étreignit. « Je ne laisserai plus jamais personne te traiter comme ça, tu m’entends.

— Je te crois », mentit-elle.

Combien de fois avait-il prononcé cette phrase ? Des dizaines, voire des centaines ? Au moins, cela avait le mérite de la réconforter.

*

Au cœur de la ruche, on trouvait peu de membres du clergé. Les seuls à y officier étaient des prêtres de Thoth, adeptes de la médecine. Depuis les grandes épidémies qui avaient ravagé le Ventre de la Vache, de Djedou à Fayat, une vingtaine d’années plus tôt, les sounous, ou guérisseurs, veillaient à la salubrité publique jusque dans les bas-fonds des villes. Leurs soins requéraient toutefois des offrandes hors de portée d’Alaia, qui ne possédait rien.

Jusqu’à aujourd’hui.

Pour la première fois, elle pénétra dans le modeste dispensaire. Elle sentait les herbes et les encens, son sol et ses murs étaient propres. Un autel accueillait les visiteurs, avec une statue du dieu à tête d’ibis, les mains tendues, paumes levées. Alaia ouvrit la bourse et sa bouche suivit le même mouvement : elle découvrait de la monnaie dont elle ignorait l’existence. Des pièces en bronze ornées d’un char conduit par un guerrier à la haute coiffe, d’autres en céramique, gravées de quartiers. Elle laissa tomber une roue de bronze devant la statue. Le tintement du métal fit venir un homme hâlé au crâne nu, vêtu de blanc. Il haussa un sourcil en observant sa patiente puis la mena dans une salle fraîche.

« Je vois, ça enfle, mais ce n’est pas très grave.

— Je vais garder une cicatrice ? » s’inquiéta Alaia.

L’homme posa ses doigts sur la pommette et toucha doucement la plaie. Alaia se tendit. C’était douloureux, mais plus par le souvenir de la journée que par la blessure elle-même. Le sounou fronça les sourcils et ferma les yeux. Il semblait concentré, mais quand il rouvrit les paupières, un soupçon de perplexité se lisait dans ses prunelles noires.

« Quoi ? s’inquiéta-t-elle. Un problème ?

— Pas vraiment. Juste une sensation étrange autour de ton djet… »

Alaia hocha la tête sans comprendre le moindre mot de son interlocuteur. Rien d’étonnant à cela, les prêtres aimaient s’entourer de mystère.

Le guérisseur passa un baume au doux parfum sur la pommette enflée et s’essuya les mains.

« Voilà, rien de tel que l’aloès et le miel pour éviter les infections et apaiser le feu d’une blessure. Comment t’es-tu fait cela ?

— Une mauvaise chute, répondit Alaia.

— Je vois. Tu peux partir mais prend garde où tu mets les pieds. Les dieux te regardent, décherchéni. »

Alaia dévisagea le sounou et reçut un simple salut bienveillant en retour. Perturbée, elle quitta le dispensaire pour retrouver ses camarades, non pas à la porte principale, mais près d’un affaissement de la muraille à l’est de la ville, qui leur permettait de se faufiler en toute discrétion en dehors de Djedou. Elle contempla sa robe neuve désormais tachée de son sang et de terre avec désolation. Thémis serait contrarié, pour sûr…

Idiote ! La robe sera le cadet de ses soucis. Prépare-toi à tâter de la Fleur-du-roi !


10 thoughts on “Le Cycle du Dieu Noir – saison 1 | Les enfants de Djedou.2”

  1. J’adore toujours autant. Ce n’est que maintenant qu’on peut relire ces aventures régulièrement que je ressens encore plus comment ton histoire m’avait manquée 😛 (Et le miel, ca marche vraiment, même encore de nos jours ^^)

    1. Et moi je suis tellement heureuse de te retrouver ici, si tu savais ! <3 et oui, le miel a l'air plutôt efficace et reconnu depuis fort longtemps pour ça ! En vrai je l'ai appris dans une émission de survie, de mémoire ^^

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